Installées dans leurs fauteuils préférés, de part et d’autre de la cheminée, sirotant une liqueur de framboises concoctée en été par Marine, les deux femmes, comme à leur habitude, bavardent. Elles sont côte à côte, l’une semblable à une déesse tutélaire, tournant vers le feu son visage serein, l’autre vive et volontaire, les yeux pleins de surprise et d’émerveillement. - Maman, interroge-t-elle, il y a combien de temps que nous n’avons pas de nouvelles de mon père ? - Directement ? Eh bien, il est parti en 1992, cela fait donc seize ans. Tu étais toute petite, poursuit-elle d’un ton rêveur…. - Tu es triste ? demande Irène. - Non. Pour moi, c’est un épisode clos. Et elle enchaîne : « Il est peut-être temps que je te raconte. » Elle se carre dans le vieux fauteuil grinçant et commence


