Aujourd’hui, on tue le cochon chez Consuelo. L’atmosphère est étrange. Avant la guerre, le jour de la « matança del porc » était un jour de fête. Toute la famille, amis et voisins se réunissaient : on réaffirmait les liens d’affection, on montrait que, pauvreté ou pas, on essayait de s’en sortir. C’était l’occasion d’un repas pantagruélique dont on sortait l’estomac au bord des lèvres parce qu’on n’avait pas souvent l’occasion de manger autant de viande. Maria se souvient que, lorsqu’elle était petite, on l’envoyait, avec d’autres enfants, apporter un peu de viande aux amis ou aux parents qui n’avaient pu se déplacer : lard, boudin, pot-au-feu… Et durant plusieurs semaines on ne manquait pas de viande puisque chacun, à son tour, « tuait le cochon » et qu’on pratiquait l’échange. Mais ce


