En se couchant ce soir-là dans sa chambre sur les remparts d’Elne, Irène rêve. Au cœur de la nuit, quand le silence s’est épaissi, il lui semble entendre la mer qui bat, annonciatrice des pluies d’automne. « Demain, décide-t-elle, j’irai à Argelès voir la plage où s’étendait, il y a presque soixante-dix ans, le camp de réfugiés. » Il fait gris et froid sur la plage en ce mois d’octobre. Les rues de la station balnéaire sont vides, les boutiques et la plupart des maisons, fermées. La nature reprend ses droits. Irène se déchausse. Le sable humide est doux sous ses pieds. Le vent glacial qui souffle de la mer a des senteurs de sel. Les couleurs de l’eau, des montagnes et du ciel sont en perpétuel changement, dans des nuances de gris, tantôt presque vert, tantôt bleu, mauve ou noir… Cette pl


