Il connaissait cette voix, il connaissait trop bien cette voix.
Héléna !
Son départ, il le savait inévitable pour lui. Il savait parfaitement ce que cela impliquait. Au début, il avait prit son départ comme quelque chose de bien avec Tica avec lui en ne le laissant pas seul.
Mais maintenant elle n'était plus là. Elle était partie pour réaliser ses propres plans. A ce moment-là Alérium s'était rendu compte que son bout de chemin avec elle était depuis le début déjà prédéterminé à se séparer.
Mais n'en n'était-il pas de même pour lui ? Bien que son histoire soit différente de celle de Yamatica, il avait, lui aussi, son but.
Celui de se venger de ceux qu'ils l'avaient tué et pour cela ils devaient alors tuer des Dieux aussi. Qui serait prêt à faire ça sans aucune hésitation ?
Même les plus fous des fous ne voudraient pas même le moindre du monde essayer de tuer un Dieu. Alors Alérium ne voulait impliquer personne.
Mais il était tombé amoureux d'une femme. Comment cela ne pouvait-il pas le laisser dans une situation compliquée. Il avait voulu quitter la secte sans dire au revoir à personne et encore moins de tomber sur elle.
« Héléna je... . »
« Ne dit rien. »
Alérium se tut.
En vérité, il avait déjà eu à faire face à ce genre de scène. Lorsqu'il était, dans son ancienne vie, devenu un expert déjà reconnu, il avait été bien évidement invité par plusieurs groupes sur le continent de Hood.
Pour lui qui était encore jeune et totalement inconscient du véritable monde de la culture ce genre d'aubaine ne pouvait pas se louper. Pourtant à cette époque, il était aussi avec Séria sa première femme.
Bien qu'il ait réussi à la convaincre de le suivre et qu'elle n'affiche qu'un sourire pour son mari, Alérium savait bien que ce n'était pas ce qu'elle voulait. Au final, il fut le premier à regretter sa décision.
Il fut tellement obnubilé par toutes ces puissances que le temps passa rapidement et alors qu'il s'améliorait encore sa femme ne pouvait suivre son rythme de génie.
Comme avec ses parents, il avait perdu un temps précieux à apprécier le moment présent. Mais le temps ne pouvait se gagner.
Il avait tellement voulu refaire machine arrière. S'il n'avait pas été si bête, il aurait pu l'aider bien plus et même s'il aurait mit des décennies de plus à devenir plus fort, il aurait certainement pu aider sa femme à passer le goulot qui lui a prit sa vie.
C'était un poids qu'il avait gardé sur lui de nombreuses années.
Maintenant bien que ce soit différent au fond, un choix cornélien se présentait mais c'était surtout sur ses sentiments.
Le choix le plus simple était de partir mais alors qu'en était-il de leur pseudo relation ?
Devait-il se déclarer une bonne fois pour toutes ou alors enfuir ses sentiments grandissants. Pour réaliser son but, il devra se mettre à dos des montagnes d'experts et aucunement il ne voulait l'impliquer.
C'était peut-être difficile à accepter mais il n'avait pas le choix.
« Héléna... . »
« Qui es-tu ? »
La question d'Héléna perturba l'ancien Dieu. Un idiot pourrait ne pas comprendre le sens de la question mais cela sonnait différemment aux oreilles d'Alérium.
Qu'a-t-elle réussi à comprendre ?
Il n'était pas dupe. Une vitesse de progression folle, une force dépassant de loin les autres et tout ça sans passé. Même un cultivateur peu futé sentirait qu'il y avait anguille sous roche.
Face à elle, il ne voulait pas mentir mais il ne pouvait pas non plus révéler la vérité.
Le tonnerre gronda à nouveau et les premières gouttes de pluie ont commencé à tomber alors qu'Alérium souleva sa tête pour rencontrer celle de la femme.
Dans un ciel sombre, deux personnes se tenaient l'une devant l'autre. Si la première cherchait à cacher ses secrets, la seconde, elle voulait au contraire les apprendre.
Quand Alérium vit le regard d'Héléna, il tituba. C'était ce même regard que Séria avait. Un regard rempli d'une confiance en l'autre.
Comment peut-elle me faire toujours autant confiance !
Alérium ne comprenait pas comment Héléna réfléchissait. Pourtant ce n'était pas si compliqué. C'était une femme simple. Pourquoi irait-elle crier sur l'autre pour des secrets ? Pourquoi lui en voudrait-elle alors qu'elle ne connaissait pas la nature de ses secrets ?
Tout ce qu'elle voulait était la vérité de la part d'Alérium.
« Héléna je ne peux pas. »
« Mais... . »
Elle semblait blessée par la réponse d'Alérium.
« C'est trop dangereux ! »
C'était surtout pour ça qu'il ne voulait pas parler et en aucun cas car il ne pouvait pas. Alérium détourna la tête. Il savait qu'il l'avait déçu avec cette réponse et pourtant un rire cristallin entra dans ses oreilles.
Il découvrit la femme en train de rire une main devant la bouche.
« Héléna ? »
« Il y avait donc une raison à ton silence. Je ne cherche pas à te tirer les vers du nez. Tant que je peux avoir une réponse sincère cela me suffit. »
Sans le savoir Alérium avait donné une part de la vérité. C'était en effet bien trop dangereux de la mettre au courant. Réalisant cela Alérium fixa la femme.
« C'est vrai, c'est trop dangereux et je n'ai pas envie que tu sois impliqué là-dedans. J'ai quelque chose à faire et je risque de me faire beaucoup d'ennemi. »
« A quel point ? »
Alérium se tut. Comment pouvait-il dire facilement que ses ennemis étaient des Dieux ?
« Au-delà de ce que tu peux imaginer. »
« Zalaen, es-tu sûr de toi ? »
« Oui. »
Il aurait préféré plaisanter sur tout mais rien que le fait de penser à ce qu'elle pourrait subir était comme un coup de couteau dans son cœur.
« S'il t'arrive quelque chose, je ne pourrais le supporter... . »
« Zalaen... . »
Il rit doucement. « Je ne m'appelle pas ainsi, répondit-il. »
Héléna élargit les yeux.
« Je vois. Dans ce cas peux-tu au moins me dire ton vrai prénom ? »
Alérium garda le silence. Il ne voulait pas mentir et lui dire le maximum de chose mais dire son prénom était comme balancer une bombe sur elle.
D'une, s'il disait le Grand Dieu Alérium il pensait même qu'elle pourrait faire un choc émotionnel et sa deuxième option était théoriquement l'identité de son propre fils qu'il avait décidé de porter. Sachant qu'il n'en avait pas.
Aucun des deux choix était possible à dire.
« Je crains que ce soit tout aussi dangereux que de te le dire. »
« Vraiment ? »
La femme semblait un peu déçue mais elle comprenait. L'homme qu'elle aimait n'était plus le simple cultivateur talentueux mais une personne embarquée dans des histoires qu'elle aurait du mal à cerner.
Alors que la pluie se mettait tomber mouillant les robes des deux qui se tenaient là se regardant l'un l'autre dans un silence difficile à décrire Héléna ferma les yeux inspirant fortement.
« Je comprends. J'imagine que tu ne peux pas m'emmener non plus. Alors va et fait ce que tu dois faire. »
La femme fit un sourire rempli d'un amour qui ne se cachait plus mais il y avait aussi de la tristesse. Alérium sentit son cœur trembler.
Ce sourire était trop similaire à celui de Séria. Il savait ce que voulait dire ce sourire.
C'était l'acceptation.
Si Séria avait accepté de venir avec lui alors Héléna avait accepté de l'attendre. C'était peut-être différent mais pour Alérium le ressentit était le même. Il n'était pas heureux de voir un tel sourire au contraire c'était comme voir l'étincelle d'un amour vivant se retenir et attendre.
Qui voulait attendre ? Qui voulait que son amour ne soit pas partagé ? Qui voulait voir celui qu'il aimait partir ?
Devant ses dents blanches et ses yeux bleus glacés, Alérium devait prendre une décision.
Partir comme ça et laisser leurs amours sur la route du destin ou bien... .
« Héléna !! »
Alérium saisit la femme par les épaules et lui planta un b****r sans qu'elle puisse réagir.
Il était amoureux et alors ? Ce n'était plus le cultivateur crédule de son ancienne vie ! Maintenant il voulait faire ce qu'il désirait que ce soit pour la culture ou l'amour.
Personne ne lui disait de renoncer à cette femme splendide. Et s'il avait des ennemis, si un seul toucherait à un cheveu de la personne qu'il aimait il irait personnellement l'emmener aux enfers et lui faire découvrir la définition du mot regret.
Dans tous les cas, il devait être plus fort pour protéger les personnes importantes à ces yeux. Sans une motivation suffisante il ne pourrait peut-être pas y arriver à temps.
Ses lèvres contre les siennes étaient comme une réponse à tous ces problèmes. Son cœur s'adoucit et il sentit qu'il avait prit la bonne décision. S'il était parti comme ça, il aurait pu avoir des regrets mais pu maintenant.
Son esprit était totalement vide et lucide. Il voulait que ce moment dure pour toujours.
Sous la pluie qui tombait un homme et une femme se déclaraient un amour mutuel. Personne ne savait si ces deux là pourront un jour profiter de cet amour sous un arbre durant une belle journée chaude.
Alors qu'Alérium allait décoller ses lèvres de celles d'Héléna elle prit à son tour la tête d'Alérium et l'empêcha de reculer.
Surprit Alérium ouvrit les yeux et découvrit une larme sous l'œil de la femme.
Elle pleure ?
L'émotion était humaine mais pour autant l'humain ne pouvait tout contrôler. Alérium lui-même était amoureux et même s'il savait que son but l'empêchait d'avoir forcément des amis ou même une femme il ne pouvait s'en séparer.
Héléna était à ce moment une femme heureuse. Elle savait quand même qu'elle allait devoir se séparer aussi de lui et pourtant elle était heureuse.
« Je ne veux rien promettre pour le moment. L'avenir nous donnera la réponse, dit-elle. »
« Le monde est rempli de mystère. Si c'est notre destin alors nous nous retrouverons. »
L'amour était un sentiment simple et compliqué et pour un cultivateur ce n'était pas forcément gage d'une belle vie. A leurs âges, ils étaient encore loin d'avoir épuisé leurs potentiels pour profiter du reste de leurs vies.
Ils voulaient tous les deux devenir plus fort pour justement se revoir un jour et dire ses trois mots qu'ils n'ont pas pu prononcer à ce moment.
Alors que leurs lèvres allaient se décoller, quelque chose d'étrange se passait dans le corps d'Alérium.