Les dernières menaces de Kaï-Lani ne m’avaient pas tant intimidé que ça, bien qu’elle ait réussi à me faire atrocement peur. Son absence depuis quelques jours me procurait un répit bienvenu, même si un silence pesant m’intriguait davantage.
Assis sur mon lit, mes pensées allant vers le bien être de mes parents, mon regard fini par se perdre sur l’immensité turquoise de l’océan, et je ne puis m’empêcher de repenser au bijou de Kaï-Lani. Un flot de questions se bousculait dans mon esprit.
« Mais c’est quoi ces foutues histoires de sirènes, de bijou et d’amitié bizarre ? » M’étais-je demandé intérieurement.
Après ça, je me suis levé et j’ai pris le bijou là où je l’avais caché. Furieux, je me suis dirigé vers la plage et je suis entré dans l’océan. J’ai nagé jusqu’à une certaine profondeur et j’ai crié de toutes mes forces :
- DILANE : KAÏ-LANI, JE T’AI DIT QUE JE NE VOULAIS PAS DE TA f****e AMITIÉ ! ALORS, POUR L’AMOUR DE DIEU, FOU-MOI LA PAIX ! FOU-MOI LA PAIX !
Je ne sais pas d’où me venait cette confiance après ce qui s’était passé quelques jours auparavant, mais cette fois-ci, j’étais allé beaucoup trop loin.
J’ai lancé le bijou, qui n’est pas allé bien loin. Je le regardais flotter à la surface de l’eau, puis, tout à coup, il a semblé plonger.
Alors, je suis sortie de l’eau. Des riverains, témoins de ma scène de colère avec la sirène, étaient ébahis. En remontant vers la maison, je suis passé près de l’un d’eux qui n’a pas manqué de me dire :
« Mon petit, ce que tu viens de faire là, tu n’aurais pas dû. Tu risques d'amèrement le regretter. »
Ce n’était pas la première fois que l’on me mettait en garde. Ses paroles me firent paniquer et je m’arrêtai net, regardant l’océan comme si je voulais y retourner pour récupérer le bijou et échapper aux représailles de Kaï-Lani.
Mais sans lui répondre, je suis rentré à la maison et me suis couché, ignorant que je venais de défier Kaï-Lani en entrant dans l’océan et en jetant le bijou. J’étais allé vraiment, mais alors vraiment trop loin.
Depuis mon retour de la plage, je ne cessais d’imaginer la suite des événements. J’évitais de me retrouver seul, et d'ailleurs cette nuit-là, je comptais la passée avec Junior dans sa chambre.
Le soir venu, je décide de prendre un bain avant de commencer à étudier. Me retrouvant seul dans la douche, je n’avais plus aucune crainte. Ou plutôt, en l'espace d'un moment, j'avais oublié Kaï-Lani. Tout ce qui m’importait et occupait mon esprit était la situation de mes parents. Même si je faisais tout pour éviter d’y penser trop, de peur de me laisser submerger par la tristesse.
J’ouvre la douche et l’eau commence à couler sur moi. Froide, elle me permet d’évacuer un peu le stress de cette journée.
J’étais concentré sur mon bain lorsque l’eau s’est soudainement arrêtée de couler. À ce moment-là, j’ai entendu le bruit d’une grosse vague, suivi d’un terrible cri aigu, un sifflement de sirène qui m’a presque transpercé les tympans, même en me bouchant les oreilles.
Je ne savais pas si c’était du savon qui me piquait les yeux, car je ne pouvais pas les ouvrir. Après quelques minutes dans cette situation, j’ai commencé à entendre le bruit de l’eau qui coulait à nouveau.
Je m’étais éloigné de la douche sans m’en rendre compte. Je m’en suis donc rapproché pour rincer mon visage, car je n’arrivais toujours pas à ouvrir les yeux.
J’ai fini de rincer mes yeux et je commence à peine à les ouvrir que tout à coup, une terrible fraîcheur envahit la salle de bain. J’ai l’impression d’être en plein hiver, nu. De la glace se forme même sur les murs. Je veux me précipiter vers la porte pour sortir de là, car, je commence à ressentir une présence avec moi dans la salle de bain.
Mon instinct me hurle de m’enfuir.
J’obéis à mon instinct et me dirige vers la porte, non sans difficulté. Le sol est devenu extrêmement glissant. J’atteins enfin la porte et m’apprête à sortir, mais bien sûr, elle est verrouillée. Je me retourne à la recherche d’une solution pour fuir, mais je tombe nez à nez avec Kaï-Lani. Sa fureur est telle que de la vapeur se dégage de son corps. Son regard me transperce.
Elle ne me laisse même pas le temps de placer le moindre mot, ni de parler que je me retrouve déjà aplatit contre le mur, le dos fracassé.
Je ne sais pas comment, mais je sens juste mes pieds décoller du sol et mon corps être projeté en arrière jusqu’à la collision avec le mur. Je veux parler, mais mes cordes vocales semblent bloquées. Puis, je tombe. Je reste au sol, mais je sens encore mon corps se lever, toucher le plafond puis retomber lourdement.
Malgré la douleur, je relève vite la tête pour la chercher, mais elle a disparu. Mon corps a tellement été brutalisé que je saigne du nez. Je m’assois et recule jusqu’à me mettre dos au mur. Je regarde partout, mais elle est toujours introuvable.
A force de la chercher, je commence à l’entrevoir dans la vapeur glaciale qui envahit la salle de bain, mais aussitôt, je reçois un énorme coup.
Là, je suis en train de me faire copieusement tabasser.
Coups, gifles, claques, balancé à gauche et à droite. Je subissais un déluge de violence, comme si une dizaine de personnes s’acharnaient sur moi. Incapable de me défendre, je vivais le pire moment de souffrance de ma vie. Personne dans la maison n’était au courant de ce que je subissais, malgré le vacarme assourdissant.
Combien de temps cela a-t-il duré ? Je ne sais pas. Tout s’est arrêté aussi soudainement que ça avait commencé. Je suis resté à même le sol quelques minutes, abasourdi, avant de réaliser qu’elle en avait fini avec moi.
Je me lève avec peine et m’assois. Je remarque d’abord que tout est redevenu normal dans la salle de bain. L’eau coule toujours, comme si rien ne s’était passé.
Je saigne un peu de partout, j’ai des bleus et des bosses. Je ne peux pas retourner dans ma chambre comme ça. En plus du sang dans la douche. Je chauffe de l’eau que je me rince avec et après avec tout le mal du monde, je nettoie la salle de bain du mieux que je peux.
Puis je sors de la salle de bain et rejoins ma chambre avec difficulté. Par chance, personne ne croise mon chemin alors que je longe péniblement le couloir. J’entre et me dirige vers mon lit. Au moment de me coucher, je vois le bijou toujours posé là.
Je n’ai même plus le courage d’y toucher. Je m’allonge simplement à côté, le plus loin possible de cet objet.
Le message est clair, limpide : il n’y a pas besoin d’un dessin pour le comprendre.