Je prends place près de lui et il commence à me narrer cette histoire.
- ONCLE : Bon, ton père devait avoir dans les 14 ans, puisque moi, j'en avais 17. C’était ici même à Kribi. Ton père et moi aimions la pêche. D’ailleurs, notre père était lui-même pêcheur. Nous étions donc sortis un matin très tôt, aux environs de 4 h du matin, pour aller pêcher sur notre pirogue, offerte par notre père, ton grand-père, paix à son âme. C’était la marée haute. Nous étions en train de lancer nos filets et puis, d’un coup, je n’ai pas compris comment, ni même à quel moment, mais j'ai juste entendu un cri, le cri de ton père. À peine, je m’étais retourné que je voyais déjà sa main entrer dans l’eau, et par la suite, plus rien.
- DILANE : Comment ça, plus rien ?
- ONCLE : Plus rien, c’est-à-dire… Une fois qu’il était entré, il n’est plus ressorti… Comme le ferait quelqu’un qui luttait contre la noyade. L’océan était plutôt devenu calme, avec juste le bruit des vagues. Alors, j’ai rapidement ramé jusqu’à la plage, puis j’ai couru jusqu’à la maison pour réveiller mon père qui était encore endormi.
Flashback :
- PAPA ? PAPA ? Papa… Il est tombé dans l’eau !
- Hein ?! Quoi ?? Qui ça ? Qui est tombé dans l’eau ?
- François ! On était en train de pêcher après, il est tombé.
- ONCLE : Notre père s’était rapidement levé et nous étions sortis en courant direction l’océan, mais pendant que nous étions en train d’y aller, on a vu ton père en train de revenir. Il nous a traversés sans rien dire et est allé dans sa chambre se coucher. Dans la même journée, nous n’avions pas su à quel moment il était sorti de la maison, mais ce sont des voisins qui, cette fois, ont accouru pour venir à la maison prévenir que ton père venait encore d’entrer dans l’océan.
Dilane reste sans rien dire et écoute très attentivement l’histoire que son oncle lui raconte
- ONCLE : Cette fois, mon père et un de ses frères, qui était venu ce jour à la maison, s’étaient précipités à la plage. Ils ont tous les deux plongés et quelques minutes plus tard, ils ressortaient de l’eau avec ton père, inconscient. C’est depuis ce jour qu’il n’a plus jamais approché l’océan. Les jours qui ont suivi cet événement, il avait même souvent du mal à boire de l’eau ou à se laver. Ton grand-père a dû l’amener chez un tradipraticien pour qu’il recommence à boire au moins. Quelques années plus tard, il a rencontré ta mère et dès qu’ils ont pu, ils ont quitté Kribi pour ne jamais y revenir.
- DILANE : Mais, papa a fait comment pour survivre ? Il ne vous a rien dit ?
- ONCLE : Rien du tout… Ton grand-père ne lui a jamais rien demandé et toi non plus, tu ne vas pas le faire. Tu as compris ?
- DILANE : Oui, tonton.
- ONCLE : Maintenant, va manger et n’oublie pas que tu dois réviser.
Deux autres jours s’étaient écoulés. Toutes ces nuits-là, j’avais dormi avec Junior dans sa chambre. Ces jours-là ont été tranquilles, sans que je ne remarque aucun signe de présence de ma visiteuse, même pas le moindre signe bizarre ou étrange.
Ces émotions étant passées, je décide d’oublier. Je n’en parle plus d’ailleurs, car je me dis qu’en parler pourrait réveiller ces souvenirs et faire même revenir cette chose.
Alors, après ces nuits passées à dormir dans la chambre de Junior, je décide de passer cette nuit dans la mienne. Je ne ressens plus aucune peur, et même l’eau, qui me donnait quelques frissons chaque fois que j’en voyais près de moi, ne me fait plus rien. Ma peur a soit diminué, soit disparu, l’un ou l’autre. Mais ce soir, je vais dormir dans ma chambre.
Il faisait un peu chaud cette nuit, alors je décide de prendre un bain avant d’aller au lit. Je suis sous la douche, sans arrière-pensées. J’ai les yeux fermés lorsque je passe le savon et l’eau pour me nettoyer.
Les gouttes d’eau qui tombent sur mon dos me donnent l’impression que quelqu’un me caresse doucement. Je ne m’en inquiète pas, car je veux croire que ce n’est qu’une sensation normale.
Lorsque j’ouvre les yeux, j’ai l’impression de voir quelqu’un devant moi. Je recule, glisse et je manque même de tomber, mais je réussis à garder l’équilibre. Je regarde encore et revois la même chose : l’eau qui coule du tube dessine distinctement une silhouette de femme.
Je pousse un cri et sors aussitôt de la douche.
Je suis nu dans le couloir. Marie-Louise sort de sa chambre, me voit et rentre précipitamment. Je me rends compte de ma nudité et utilise mes mains pour dissimuler mes parties intimes. Mon oncle débarque ensuite, torse nu et en short.
- ONCLE : Dilane, qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi tu as crié ? Et qu’est-ce que tu fais nu dans le couloir ? Tu vas bien ?
- DILANE : Non, ça ne va pas… Je crois… Non, j’ai vu quelque chose dans la douche. C’était la silhouette d’une femme, dessiné dans l’eau qui coulait.
Il entre dans la douche, vérifie puis ressort avec ma serviette. Il n'avait pas fallu beaucoup de temps à mon oncle pour comprendre ce qui se passait et ce qu'il fallait faire. Sans me poser de question, il me dit :
- ONCLE : Viens, Dilane.
Il m’accompagne jusqu’à ma chambre, regarde dans tous les recoins, puis se dirige vers la fenêtre qu’il ferme soigneusement. Il tire les rideaux et les fixe avec une épingle.
- ONCLE : Couche-toi, Dilane. Tu dors maintenant. Ne t’en fais plus.
Mon oncle m’avait rassuré cette nuit-là. Je me couche donc dans ma chambre. Même si je venais de vivre cet épisode dans la salle de bain, grâce à mon oncle, j’étais rassuré d’une certaine manière.
Quelque chose me disait que désormais, je pouvais dormir tranquille et donc je n’aurai plus rien à craindre. Mais ce que je ne savais pas encore, c'était que lorsque ces créatures ont le regard sur vous, elle ne vous lâche plus. Alors, elle n’avait pas encore dit son dernier mot et comptait bien trouver un moyen pour revenir dans ma chambre.