Du train ils débarquèrent dans la capitale, Fama et sa jeune femme Mariam, la veuve du
défunt Lacina. Le matin était couleur petit mil et moite, un matin de sous-bois après une
nuit d’orage. Ils récupérèrent les bagages ; toutes les calebasses de Mariam avaient été
piétinées, écrasées. Un taxi les emporta (pour la première fois elle posait les fesses sur le
coussin d’une voiture) et les déposa, Mariam chez des amis, Fama devant la porte ouest de
la concession.
Salimata, en allégresse, courut à la rencontre et salua Fama. Dans l’après-midi un
palabre fut convoqué et assis. Mariam vint, on la présenta à Salimata : « Voilà ta coépouse,
considère-la comme une petite sœur ; les gens du village l’ont envoyée pour t’aider dans
ton grand et magnifique travail accompli au service du mari Fama. »
Salimata avait salué avec joie la coépouse et expliqué avec grand cœur et esprit qu’une
famille avec une seule femme était comme un escabeau à un pied, ou un homme à une
jambe ; ça ne tient qu’en appuyant sur un étranger. Il ne fallait pas la croire, car ces
tendresse et sagesse durèrent exactement neuf jours.
Fama et ses deux femmes occupaient la petite pièce avec un seul lit de bambou, un seul
« tara ». La femme (celle à qui appartenait la nuit) montait à côté du mari, l’autre se
recroquevillait sur une natte au pied du tara. Mais Salimata pour être féconde (on se le
rappelle) ne sautait au lit qu’après avoir longuement prié, brûlé des feuilles, s’être enduite
de beurre et avoir dansé, dansé jusqu’à en perdre le souffle et la raison. Sorcelleries,
prières et danses étaient gênées. Mariam gênait et elle était moqueuse comme une mouche
et, disait-on, féconde comme une souris. À chaque réveil, Salimata regardait le ventre de
la coépouse, et le ventre semblait pousser. Oui, il poussait ! Salimata devint jalouse, puis
folle et un matin elle explosa, injuria. Les deux co-épouses comme deux poules
s’assaillirent, s’agrippèrent l’une au pagne de l’autre. Mariam voulait coûte que coûte
tomber le pagne de Salimata afin que chacun vît « la matrice ratatinée d’une stérile » et
Salimata dévêtir Mariam afin que tout le monde reconnût « la chose pourrie et
incommensurable d’une p****n ». On les sépara. Les injures fusèrent toute la journée,
même la nuit, une nuit qui appartenait à Mariam. Après les prières, on éteignit et on se
coucha. Mais malheureusement le tara grinçait. Avez-vous déjà couché sur un tara ? Il
grince, geint comme si vous rouliez dans les feuilles mortes d’un sous-bois en plein
harmattan.
Donc, dans les ténèbres, quand Mariam et Fama couchèrent, le tara grinça, Salimata
hurla : « Le grincement m’endiable ! », trépigna, se précipita et les rejoignit au lit. Il
s’ensuivit une lutte dans les ténèbres, combat de silures dans les fanges. On alluma.
Salimata se précipita dehors, revint en pointant un coutelas et en hurlant : « Je suis
endiablée ! endiablée ! Le grincement m’endiable ! » Mariam se réfugia derrière le tara.
Fama et les voisins accourus maîtrisèrent la possédée. Les deux femmes durent coucher le
reste de la nuit à même le plancher, chacune sur une natte. Il en fut toujours ainsi les nuitssuivantes car Salimata ne voulait pas, ne pouvait pas monter, même après des exercices.
Fama la crispait, l’effrayait et surtout le tara grinçait ; et le grincement déchirait les
oreilles, brûlait les yeux, piquait son esprit. Et quand la nuit appartenait à Mariam, il y
avait toujours le même grincement du tara qui l’endiablait à hurler, à courir chercher le
couteau, à vouloir tuer.
Fama aurait pu dans la journée, lorsque Salimata allait au marché, pousser Mariam
dans le tara. Il ne le fit pas ; la coutume l’interdisait. Et Fama, que l’on connaissait
toujours si ardent, devint, dans cette affaire de mésentente entre les femmes, un attentiste.
Il prétendait que la situation ressemblait à un taurillon sans corne ni queue ; il ne savait
pas comment la prendre, comment la terrasser. Tout ce qui se passait entre Mariam et
Salimata avait été pourtant bien prévisible ; on ne rassemble pas des oiseaux quand on
craint le bruit des ailes. Et les soucis qui chauffaient Fama avaient été bien mérités ; ils
étaient l’essaim de mouches qui forcément harcèle celui qui a réuni un troupeau de
crapauds.
D’ailleurs à bien faire le tour des choses, son ménage ressemblait à un vase simplement
penché ; il n’avait pas encore versé son contenu. Il y avait de l’espoir. Où a-t-on vu un trou
rempli de ficelles ne présentant pas un seul bout pour tout tirer ? Nulle part. Mais il fallait
chercher le bout avec patience, avec persistance. C’est en criant plusieurs fois tous les
soirs aux chèvres : « Entre ! entre ! entre ! » qu’elles finissent par rentrer. Fama ne voulait
même pas crier les « entre ! entre ! ». Il pensait que tout allait finir par s’arranger. « Même
la guêpe maçonne et le crapaud finissent par se tolérer quand on les enferme dans une
même case, et pourquoi pas Mariam et Salimata ? » disait-il. Il ne fallait pas s’en
préoccuper, mais s’éloigner de la maison le plus longtemps possible dans la journée,
n’écouter personne, ignorer les querelles, les cris et les explications. Et la situation en Côte
des Ébènes offrait à Fama les moyens de suivre cette règle de sagesse.
Le pays couvait une insurrection. Et nuit et jour Fama courait de palabre en palabre.
Les bruits les plus invraisemblables et les plus contradictoires se chuchotaient d’oreille à
oreille. On parlait de complots, de grèves, d’assassinats politiques. Fama exultait. Il
rendait visite à ses anciens amis politiques, ses compagnons de l’époque anticolonialiste.
Ceux-ci ne dissimulaient plus leurs soucis, ils avaient tous peur. Fama aimait les entendre
dire que tout pouvait tomber sur le pays d’un instant à l’autre : les incendies, le désordre,
la famine et la mort. Et au fond Fama souhaitait tout cela à la fois. Et d’ailleurs, après
réflexion, il lui parut impossible que tous ces malheurs ne tombassent pas, qu’ils ne
vinssent pas balayer les pouvoirs des illégitimes et des fils d’esclaves.
Oui, tout tomberait inévitable, pour la raison simple que les républiques des soleils des
Indépendances n’avaient pas prévu d’institutions comme les fétiches ou les sorciers pour
parer les malheurs.
Dans toute l’Afrique d’avant les soleils des Indépendances, les malheurs du village se
prévenaient par des sacrifices. On se souciait de deviner, de dévoiler l’avenir. Trompeur,
qui dit que l’avenir reste dissimulé comme un fauve tapi dans le fourré. Rien n’arrive sanss’annoncer : la pluie avertit par les vents, les ombres et les éclairs, la terre qu’elle va
frapper ; la mort par les rêves, l’homme qui doit finir.
Les Malinkés du Horodougou le savaient bien, ils pratiquaient la divination, et pas
uniquement avec les méthodes prescrites par Allah. Parce que musulmans dans le cœur,
dans les ablutions, le fétiche koma leur devait être interdit. Mais le fétiche prédisait plus
loin que le Coran ; aussi passaient-ils la loi d’Allah, et chaque harmattan, le koma dansait
sur la place publique pour dévoiler l’avenir et indiquer les sacrifices. Et quel village
malinké n’avait pas ses propres devins ? Togo-bala, capitale de tout le Horodougou,
entretenait deux oracles : une hyène et un serpent boa.
La plus âgée des hyènes des montagnes du Horodougou — on l’appelait
respectueusement « l’Ancienne » — hurlait rarement dans les nuits de Togobala. Tout le
village : femmes, hommes et enfants, reconnaissait la raucité et l’aphonie de son
hurlement, et dès que l’Ancienne donnait (elle commençait généralement avant le coucher
du soleil), tout se taisait, même les chiens. Les vieux du village comptaient sur les doigts
les hououm ! L’hyène partait de la montagne, descendait, s’approchait et s’approchait,
entrait dans le village par le nord, du côté du fromager, passait concessions et cases et
s’arrêtait au pied du baobab, là, hurlait, hurlait, fouillait le sol, se vitulait et se taisait. On
lui égorgeait une chèvre ou un chien. L’Ancienne le happait et disparaissait dans la nuit
silencieuse. La vie et les bruits du village repartaient. Les vieux du village, Balla en tête,
se réunissaient, interprétaient le message, décidaient les offrandes et les sacrifices.
Et le serpent ! Aussi âgé que l’Ancienne, aussi gros que le cou d’un taurillon, vingt pas
de longueur, on l’appelait « le Révérend du marigot ». Du marigot, parce que les matins et
les soirs frais, il se réchauffait en travers de la piste du marigot. Les passants le saluaient et
l’enjambaient. Les ménagères l’utilisaient comme séchoir, les enfants comme siège.
Souvent il se promenait derrière les cases, mais jamais, nuit ou jour, harmattan ou
hivernage, il ne passait les portes du village, sauf quand il avait un message, un avenir
malheureux à dévoiler, un grand sacrifice à indiquer. Alors le serpent partait du marigot,
droit sur Togobala, filait comme un orage, les herbes se couchaient sous son passage, il
franchissait les portes du village, contournait cases et concessions, faisait le tour du
baobab et se levait tout essoufflé, tout bavant dans le creux de l’arbre. La nouvelle
parcourait le village et le tam-tam retentissait.
Fama se souvenait encore de l’entrée du Révérend, un vendredi de l’hivernage 1919.
On lui jeta un coq aux pattes liées, le Révérend le dédaigna ; un bouc, il l’assomma,
l’enlaça, le serra, l’étouffa, l’enduisit de bave et l’avala jusqu’aux cornes. Pendant trois
jours le boa digéra le bouc, trois jours pendant lesquels les sacrifices fumèrent.
Et les résultats furent heureux, car trois lunes après arriva la calamité annoncée.
L’effroyable épidémie de peste connue dans toute l’Afrique sous le nom de grande
maladie du grand vent. Cette épidémie dévasta le Horodougou, tua les hommes et les
bêtes, dévasta plusieurs villages. À Togobala, il y eut des morts et des enterrements ; mais
le village survécut et cela grâce aux devins, grâce au boa, grâce aux sacrifices et dans la
volonté du Miséricordieux.
Où voyait-on le koma, l’hyène, le serpent ou le devin de la république des Ébènes ?
Nulle part. Il demeurait bien connu que les dirigeants des soleils des Indépendancesconsultaient très souvent le marabout, le sorcier, le devin ; mais pour qui le faisaient-ils et
pourquoi ? Fama pouvait répondre, il le savait : ce n’était jamais pour la communauté,
jamais pour le pays, ils consultaient toujours les sorciers pour eux-mêmes, pour affermir
leur pouvoir, augmenter leur force, jeter un mauvais sort à leur ennemi. Et les malheurs
annoncés devaient arriver sûrement, ils se déclencheraient une de ces nuits et souffleraient
sans l’adoucissement et l’obstacle que seuls les bons sacrifices peuvent produire ou
dresser.
Et les événements parurent, les premiers jours, donner raison à Fama. Des slogans
antigouvernementaux apparurent sur les murs de la capitale. Des ordres de grève
circulaient. Une nuit une bombe éclata, des incendies s’allumèrent dans des poudrières
environnantes. Avec ou sans sacrifice, avec ou sans hyène, le régime entreprit de conjurer
le sort.
Le président et le parti unique réprimèrent. Deux ministres, deux députés et trois
conseillers furent ceinturés en pleine rue, conduits à l’aérodrome, jetés dans des avions et
expulsés. Un conseil de ministres extraordinaire fut convoqué, délibéra tout l’après-midi et
se termina par un grand festin à l’issue duquel quatre ministres furent appréhendés sur le
perron du palais, ceinturés, menottés, et conduits en prison.
Tout cela constituait des cris d’alarme que Fama aurait dû entendre ; il aurait dû retirer
ses mains et pieds de la politique pour s’occuper des palabres de ses femmes. La politique
n’a ni yeux, ni oreilles, ni cœur ; en politique le vrai et le mensonge portent le même
pagne, le juste et l’injuste marchent de pair, le bien et le mal s’achètent ou se vendent au
même prix. Fama continua pourtant à marcher de palabre en palabre, à courir saluer, la
nuit, tel député, tel ministre, tel conseiller.
Un jour ce fut un d’abord, un autre jour deux, et enfin trois anciens amis de Fama
disparurent, sûrement appréhendés dans la nuit. Fama subodorait les premières fumées de
l’incendie qui le menaçait, il pouvait s’enfuir. « Mais un Doumbouya, un vrai, ne donne
pas le dos au danger », se vanta-t-il. Il ne vit même pas que ceux qu’on ceinturait ou qui
disparaissaient dans les nuits n’étaient pas du même cercle de tam-tams que lui. Ils
s’étaient tous enrichis avec l’indépendance, roulaient en voiture, dépensaient des billets de
banque comme des feuilles mortes ramassées par terre, possédaient parfois quatre ou cinq
femmes qui sympathisaient comme des brebis et faisaient des enfants comme des souris.
Fama persistait et criait dans les palabres qu’il n’aurait de cesse tant que ses anciens amis
ne seraient pas libérés. Le cougal a été pris au piège, quelles raisons a le francolin de se
jeter et rouler à terre en disant qu’il ne passera pas la nuit ? À trop se mettre en peine pour
d’autres, le malheur qui n’était pas nôtre nous frappe. Fama n’avait pas voulu entendre le
tonnerre, il avait l’orage et la foudre.
Une nuit, alors qu’il sortait de la villa d’un ministre avec son ami Bakary, tous deux
furent assaillis, terrassés, ceinturés, bousculés jusqu’à la Présidence où on les poussa dans
les caves. Fama y trouva tous ceux qu’il cherchait. Comme eux, il était arrêté. Il devait
subir dans les caves du palais les premiers interrogatoires.Combien de nuits y passa-t-il ? Il ne le savait pas. Dans les caves les plafonniers
restaient constamment allumés et on ignorait quand venait le matin et quand commençait
le soir ; on y subissait la torture, on y respirait la puanteur ; le ventre y sifflait la faim ; la
mort de temps en temps y retentissait et parfois aussi les éclats de rire ivres des geôliers
vidant des bouteilles d’alcool. Grâce aux mânes des aïeux et par la volonté du Tout-
Puissant, Fama a survécu.
Une nuit, on le tira des caves avec d’autres codétenus, on les poussa dans des camions ;
au petit matin ils arrivèrent aux grilles d’un camp où ils furent internés.
Comment s’appelait ce camp ? Il ne possédait pas de nom, puisque les geôliers eux-
mêmes ne le savaient pas. Et c’était bien ainsi. Les choses qui ne peuvent pas être dites ne
méritent pas de noms et ce camp ne saura jamais être dit.
D’abord on y perdait la notion de la durée. Un matin, on comptait qu’on y avait vécu
depuis des années ; le soir on trouvait qu’on y était arrivé depuis des semaines seulement.
Et cela parce qu’on y débarquait, toujours presque mourant, l’esprit rempli de cauchemars,
les yeux clos, les oreilles sourdes. Puis on y passait des jours plus longs que des mois, et
des saisons plus courtes que des semaines. En pleine nuit le soleil éclatait ; en plein jour la
lune apparaissait. On ne réussissait pas à dormir la nuit, et toute la journée on titubait, ivre
de sommeil.
En outre, Fama n’a jamais su dans quelle région de la république des Ébènes le camp
était situé.
Il lui parut d’abord que c’était en savane, dans les lointaines et sauvages montagnes du
Hougon, parce que des monts empêchaient d’y voir les levers et les couchers du soleil.
Mais ce n’était pas en savane : les saisons étaient celles de la zone forestière, l’harmattan
bref avec d’insignifiants incendies illuminant les horizons pendant deux ou trois nuits.
L’hivernage était celui de la forêt ; il tombait interminable et lourd ; les vents, les orages et
les tonnerres occupaient continuellement les nuits et les jours, s’enrageaient, s’entre-
déchiraient, et perpétuellement l’univers restait embrasé. Mais quand il constata que la
flore et la faune étaient en partie celles de la côte, Fama pensa que le camp avait été
construit dans une île ou presqu’île au milieu des lagunes. Car les mouches tsé-tsé et les
moustiques harcelaient sans cesse ; et l’air moite des lagunes pénétrait dans le corps par
les trous de leurs piqûres et les détenus se gonflaient comme si chacun était atteint par un
double éléphantiasis et un triple béribéri. Dans les eaux stagnantes environnantes
nageaient et coassaient de lourds crapauds aux couleurs vives, et parfois, des nénuphars,
émergeaient des crocodiles géants qui venaient se fracasser et se suicider sur les clôtures
quand les gardes ne les abattaient pas. Les soirs, Fama hésitait. Ce n’était pas en zone
lagunaire, parce qu’on y entendait le bubulement des oiseaux de la savane, le jappement
des singes, le rugissement des lions et le silence qui suit et respecte ce rugissement dans le
profond de la nuit.
Ce camp était la nuit et la mort, la mort et la nuit.
Tout s’y exécutait la nuit : le ravitaillement, les départs, les arrivées, les enterrementsUne nuit, on appela Fama et on le fit monter avec quelques autres détenus dans un
camion ; au petit matin, ils s’arrêtèrent devant une caserne bâtie à l’entrée d’une ville. Là,
on voyait la vie, on entendait le matin. Ils débarquèrent et on conduisit Fama dans une
cellule où étaient couchés deux autres détenus. Ceux-ci lui apprirent qu’il venait d’arriver
dans la caserne de Mayako où s’instruisait l’affaire et où aurait lieu le jugement. Les juges
d’instruction étaient sur place et à l’œuvre. Le lendemain matin au plus tard Fama devrait
être entendu.
Louange à Allah ! Fama ainsi avait échappé définitivement au camp sans nom : il
devenait un accusé avec un dossier, un qui serait jugé, il cessait d’être détenu en vertu de
la loi sur la détention préventive. Les jugés et condamnés savent la durée de leur peine, et
à l’issue, avec quelque chance ils peuvent s’en sortir ; mais les détenus préventivement,
presque jamais. Seul le président peut libérer ces derniers et un président des soleils des
Indépendances n’a jamais le temps.
Effectivement, le lendemain matin des gardes se présentèrent ; le juge d’instruction
mandait Fama. Tout était donc vrai !
La villa des juges était à l’est de la caserne, Fama et les gardes passèrent baraquements
et baraquements, évitèrent une villa, traversèrent la cour d’armes et un jardin.
Fama se surprit ravi. Et il y avait de quoi. Le matin était patate douce. Le soleil avait
été ensorcelé par les nuages, puisqu’un seul bout de duvet de nuage l’avait pacifié. Le vent
soufflait faible comme s’il naissait tout près aux berges des lacs qu’on pouvait apercevoir
de la caserne. Et le chant et le vol des oiseaux remplissaient tout l’espace ; querelleurs, ils
volaient des cocotiers aux plantations de caféiers et s’abattaient en b****s dans les
jardins : pluvians, chevaliers, courlis, vanneaux.