Les torchères de l’Ange Xavier Hanotte Toujours ce regret me poursuivra, je le sais. Un regret d’autant plus vif que, fût-ce dans l’aveuglement et l’erreur, je l’aurai frôlé, j’aurai humé son parfum d’enfance aussitôt évanoui dans la chaleur étouffante du désert proche. Les images du film défilent et je m’en repais. Les sièges tailladés du petit cinéma de Clover Street me collent aux cuisses mais je n’en ai cure. Dehors il pleut et, à gros bouillons, les gouttières vomissent leur bile dans les caniveaux. Papa est là mais je suis loin. Il y a foule sur l’écran. D’un moutonnement tressautant de casques à l’avant-plan émerge la tourelle d’un char et le buste d’un tankiste en béret noir. Une floraison anarchique de drapeaux orange, rouges, bleus et blancs tremble sur la pellicule surexposée


