Mort

1164 Mots
Le chemin qui menait à la résidence des visiteurs se trouvait sur la bordure ouest du territoire, la plus proche du village de la meute. Néanmoins, 20 minutes de marche nous attendait d'autant que le petit groupe ne semblait pas décidé à changer de forme afin que nous puissions courir. Le petit chemin était bordé par la forêt et non éclairé, ce qui en soit n'était pas vraiment un problème pour des loups-garous. Ma fourrure noire d'encre me rendait difficilement visible dans cet environnement, je tâchais donc d'avancer à un rythme confortable pour des bipèdes. Alors que nous marchions en silence depuis quelques minutes, une voix bourrue m'interpella. "C'est donc toi la grande Fureur, la louve qui sème la terreur partout où elle passe. Et bien, je t'imaginais bien plus imposante. J'ai toujours cru que t'étais un mâle en fait !" Je me figeai soudain, leur tournant le dos afin de me retenir d'égorger l'abruti qui venait de m'adresser la parole. Néanmoins, je ne pus retenir un grondement menaçant. Avant même que je puisse agir, une voix chaude et agréable s'éleva. Malgré sa douceur, elle était ferme et sans appel. "Tu ne peux vraiment pas t'empêcher de provoquer tout le monde Clyde. On est ici en tant qu'invité et tu vas réussir à nous déclencher une bagarre… Et clairement personne n'a envie de te voir te faire humilier. - Oh c'est bon, je plaisante ! Qu'est-ce que tu peux être rabat-joie ! Je suis sûre que Fureur le sait aussi… pas vrai ?" Levant mentalement les yeux au ciel, je repris ma route et tous se détendirent avant de reprendre leur chemin. "Tu vois ! Je te l'avais dit ! - Clyde..." J'entendis l'Alpha glousser doucement à la réponse de son Oméga. Ils sont vraiment étrange dans cette meute. Un tel comportement de l'un des nôtres aurait été sévèrement réprimandé. Peut-être ne tenait-il pas à laver leur linge sale en public ? L'ambiance semblait pourtant détendue entre eux. Je ne pouvais pas en dire de même de ma louve qui ne tenait pas en place dans mon esprit. Exaspérée, je la grondai mentalement. "Tu veux bien te calmer, tu vas finir pas me donner le tournis. - Désolée, je n'y peux rien j'ai une drôle d'impression dont je n'arrive pas à me débarrasser. - Qu'est-ce qui se passe ? Tu sens un danger ? - Un danger ? Non, enfin je ne crois pas. Peut-être que… - Peut-être que quoi ? - Non rien laisse tomber, je dois me tromper. Ne t'inquiètes pas." Sur ces mots, elle se tut et essaya de se calmer. Je savais que lorsqu'elle se fermait comme ça rien ne servait d'insister. Elle se manifesterait plus tard si c'est vraiment important. En attendant, légèrement alertée par son comportement je tendis tous mes sens vers le trio. Isaac, le troublant et serein Alpha à la carrure impressionnante et aux traits étrangement familiers, Clyde, le Gamma idiot qui était plutôt provocateur pour un loup ayant un statut de défenseur, et enfin l'Oméga dont j'ignorai encore le nom, son aura douce qui me donnait l'impression de prendre un bon bain chaud. Parfaitement agaçant. Comment un mâle pouvait-il assumer un tel rôle ? Se tenir en retrait être tout sucre, tout miel et supporter les humeurs de tout le monde ? Il fallait vraiment être masochiste pour vouloir vivre ainsi. "Parce que c'est vrai que vivre comme nous le faisons, c'est pas du tout du masochisme !" Je retroussai légèrement les babines en réaction à la pique de ma louve. Elle marquait un point, mais c'était une question de survie et non un choix. Ruminant ses propos, je me rendis à peine compte que nous étions arrivés. M'asseyant devant l'entrée, je leur fis signe du museau d'entrer. L'Oméga passa devant moi les yeux fixés au sol, son odeur fraîche comme une forêt de pin vint me chatouiller les narines avec délice. Puis, suivit Clyde qui me fit un petit clin d'œil. En réponse je claquai la mâchoire à moitié agacée, à moitié amusée. Enfin, vint le tour de l'Alpha. Il s'arrêta devant moi et me regarda droit dans les yeux. Je lui rendis son regard sans fléchir. Son air intrigué était revenu et j'avais senti le poids de son regard tout le long de la route qui nous menait ici. "Merci de nous avoir guidé jusqu'ici, j'espère que nous aurons le plaisir de nous croiser à nouveau pendant notre séjour. Nous commencerons dès demain nos recherches afin de ne pas vous importuner trop longtemps." L'espace d'un instant, j'ai cru qu'il allait ajouter quelque chose, mais finalement il resta silencieux. Je baissai poliment la tête et après avoir répondu d'un hochement de tête, entra sans attendre dans le bâtiment. Je restais un instant aux alentours afin de m'assurer qu'ils ne ressortent pas à peine aurai-je le dos tourné. Bien sûr il y avait des patrouilles partout sur le territoire de la meute, mais bon peut-être devrais-je assigner l'une d'entre-elles à la surveillance de nos invités par mesure de prudence. Je ne tenais pas à les voir fouiner le soir dans le village. Soudain, je me rappelai que j'étais attendue à l'arène dans dix minutes. Je m'élance vers le village telle une ombre, repoussant mes interrogations dans un coin de mon esprit. La mort n'attend pas. La soirée allait être baignée de sang et de larmes. Je devais affronter trois jeunes loups ce soir. Deux femelles et un mâle. Alors que le mâle et l'une des femelles avaient été rapidement vaincus, la seconde louve était un peu plus coriace. Les deux minutes étaient bientôt attentes. Sa fourrure grise était, par endroit, détrempée par le sang et ses pattes tremblaient sous son poids, mais elle tenait bon. J'appréciai sa fougue et sa détermination. Elle allait y arriver, plus que quelques secondes. Nos corps s'entrechoquèrent violemment et d'un coup puissant lui brisait a patte. Elle hurla et en retour me mordit l'épaule au sang avant de reculer. Bonne petite. Elle se prépara à un nouvel assaut quand la cloche retentit. C'était terminé, elle avait réussi l'épreuve. Grâce à notre lien de meute je la félicitais. "Comment t'appelles-tu petite ? - Chelsea. - Et bien, Chelsea, bienvenue dans la cour des grands. Ne les laisse pas te dévorer toute crue. - Qu'ils essaient !" Je lui fis un signe de tête amusé, voilà une nouvelle recrue intéressante. Mon approbation reçue, elle s'effondra alors à bout de souffle sur le sol, attendant que les docteurs de la meute viennent l'examiner. Du coin de l'œil, j'aperçus les deux corps des loups que j'avais exécutés ce soir, tout juste cachés sous des draps et sentis un énième morceau de mon âme se déchirer. Et de sept pour cette semaine. Mon amusement vite retombé, je quittais ce théâtre macabre pour m'enfoncer dans la forêt. C'est alors que je le vis m'observer une expression attristée sur le visage. Et merde… Je savais que j'aurai dû faire poster des gardes…
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