XCII Ces mers où se tenait le Primauguet étaient presque toujours du même bleu de lapis ; c’était la région des alizés et du beau temps qui ne finit pas. Quelquefois, pour aller d’un groupe d’îles à un autre, il nous fallait franchir l’équateur, passer par les grandes immobilités, les splendeurs mornes. Et, après, quand l’alizé vivifiant reprenait dans un hémisphère ou dans l’autre, quand le Primauguet réveillé se remettait à courir, alors on sentait mieux, par contraste, le charme d’aller vite, le charme d’être sur cette grande chose inclinée, frémissante, qui semblait vivre et qui vous obéissait, alerte et souple, en filant toujours. Quand nous courions vers l’est, c’était au plus près du vent, dans ces régions d’alizés ; alors le Primauguet se lançait contre les lames régulières et


