Chapitre I : Partie 8

1429 Mots
Le silence du désert Chapitre I : Ma fleur Partie huit Jade -*Je t'écoutes Hassan.* -*Pourquoi tu t'obstines à vouloir récupérer Jennah ?* Pourquoi ? Il est vraiment en train de me poser la question ? -*Pourquoi ? dis-je en riant nerveusement, c'est ma fille !* -*Elle n'est pas en otage.* -*Et t'appelle ça comment toi ? Ah non j'ai mieux ! Comment t'appelles un père qui emmène sa fille de force, loin de sa mère dans un endroit dangereux et qui, en plus de ça, se remarie avec sa belle-soeur ?* -*Tu mélanges tout.* -*Moi j'appelle ça un gros c*****d !* -*Contrôle tes mots Jade !* -*Me contrôler ? Déjà ne me dit pas ce que je dois faire.* -*Voilà pourquoi j'ai voulu changer de vie.* -*Et pourquoi ?* -*Tu n'as pas un bon rôle de femme, Elsa elle l'a.* -*Fallait pas te marrier avec moi alors, j'en ai plus rien à foutre fais tes propres gosses avec cette s****e et emmène les où tu voudras, je veux juste Jennah moi.* -*Mais je t'aimais, et je t'aime encore.* -*Arrête Hassan, si tu m'aimais vraiment tu serais jamais partis avec Jennah, tu m'aurais jamais fais autant de mal. Tous les jours je pleure Hassan, je pleure parce que ma fille me manque et que je sais qu'elle vit un calvaire. Je pleure parce que j'ai aimé un sale fou qui aujourd'hui est marié avec ma soeur, qui a envoyé des gens chez moi pour me terroriser. Si tu m'aimais, ces larmes ne couleraient même pas !* Sans que je m'en rende compte, ma gorge était en train de se nouer, une boule se forme dans mon ventre et les larmes coulent à flot. Mais qu'est-ce que ça me faisait du bien de tout déballer au fautif de tout ce mal-être, je me sentais vidée. -*Je suis désolé.* -*Tes excuses tu peux te les mettre là où je pense.* -*Comme je t'ai dis, Jennah n'est pas en otage. Dans la religion il y a ce qu'on appelle la hijra. C'est l'obligation pour tout m******n de ne pas vivre dans un pays non-m******n. Alors j'ai pris ma fille pour la hijra.* -*Ah parce que tu te crois encore m******n ? Tuer des innocents parce qu'ils sont mécréants ce n'est pas être un m******n, c'est être un meurtrier. Mais toi t'as rien compris à l'islam, tu crois que c'est bien ce que tu fais ? C'est tout contraire aux principes.* -*T'es aveuglée par ce bas monde Jade, que Dieu te guide, ça en devient inquiétant.* Ça me rend folle genre pour lui c'est moi le problème. -*Mais alors là c'est la meilleure, maintenant c'est moi qu'il faut guider ?* -*T'es bornée.* -*Je veux parler à Jennah.* -*Si tu me promet de ne pas venir.* -*Je te promet rien du tout, passe moi ma fille et c'est tout.* Un silence s'installe pendant quelques secondes. Il semblait réfléchir mais il a finalement passé le téléphone à Jennah. -*Allô ?* Mes larmes redoublent à l'entente de sa petite voix brisée. Depuis huit mois, huit long mois je n'ai eu aucune nouvelle de ma fille. Huit mois passés à m'arracher les cheveux. Et là, rien que d'entendre sa voix ça m'a réchauffé le cœur. Je plaque ma main contre ma bouche et éloigne le téléphone pour éviter qu'elle m'entende pleurer. -*Papa c'est qui ?* -*Ma petite fleur...* -*Maman ?* -*Ça va ma puce ?* -*Maman ? Pourquoi tu viens pas ? Tu me manque maman je veux te voir.* -*Toi aussi mon coeur tu me manques, t'inquiète pas d'accord ? Tu vas bien ?* -*Pas beaucoup.* -*Il fait quoi papa ?* -*La prière.* -*Éloigne-toi un peu et chuchote.* -*C'est bon, dit-elle en chuchotant* -*Papa te fais du mal ?* -*Non mais ses copains ils sont méchants !* -*Pourquoi ?* -*Ils sont trop moches !* -*Qu'est-ce qu'ils te font ?* -*Ils me frappent.* -*Papa il sait ça ?* -*Non, et je peux pas le dire sinon il vont me frapper.* -*Et tata Elsa ?* -*Elle a dit qu'on va venir te voir.* -*Quand ?* -*Je sais pas.* -*Tu vas à l'école ?* -*Oui.* -*T'apprend quoi ?* -*Le Coran.* -*Ma puce, faut pas croire ce qu'ils te disent d'accord ? C'est des menteurs.* -*Oui, tata Elsa elle m'a dit.* -*Écoute ma fleur. Essaye de toujours rester avec papa pour pas qu'ils te frappent.* -*Mais papa il est toujours dehors, il joue au pistolet avec ses copains.* Ma poitrine se serre, c'est horrible ce que je ressens là. -*Reste avec Elsa alors.* -*Ils la frappent elle aussi.* -*C'est pas vrai, marmonais-je.* -*Maman je veux rentrer à la maison.* -*Je te dis un secret mais tu dois le dire à personne, même pas à papa.* -*Oui je te jure.* -*Promis ?* -*Promis.* -*Je vais venir te chercher mais tu dois le dire à personne sinon ils vont essayer de t'éloigner de moi.* -*Je vais le dire à personne maman, c'est un secret.* -*T'es ma fleur d'accord ? T'es courageuse.* -*Papa a dit que les fleurs ça meurent.* -*Pas toi, t'es une fleur spéciale, une fleur éternelle.* -*Papa a finit la prière.* -*Écoute moi bien chérie, je vais essayer de venir vite pour l'instant essaye de rester avec papa et surtout dis à personne le secret.* -*Viens vite maman...j'ai peur...* L'appel se coupe après sa phrase. Hassan a dû reprendre le téléphone. Je suis juste abassourdie par tout ce qu'elle m'a révélé. Mes larmes ne cessent de couler. Je viens de m'en rendre compte de tout le mal que ma fille subit, du mal qu'elle supporte au quotidien. Hassan pense faire le bon choix, il pense qu'elle  va bien mais pas du tout. J'ai trop réfléchis alors aujourd'hui j'arrête de me poser des putains de questions qui ne servent à rien. Je me lève et prend une grande valise. Cet appel a éveillé en moi comme des signaux d'alarmes. Je met tout ce dont j'ai besoin sans prendre la peine de les plier. Je la remplie essentiellement de jilbeb*, niqab*, burqa*. Je n'aurais pas besoin de plus là-bas vu les conditions. [...] Cette fois-ci, j'ai décidé de faire mon footing en fin d'après-midi, un peu avant la tombée de la nuit. Dans les alentours de 17h30, je suis sortis de chez moi en direction du parc. Les écouteurs aux oreilles, je faisais mon parcours habituel et après quelques étirements, je repris le chemin de la maison. J'étais essouflée mais surtout épuisée. Tout ce que je voulais c'était prendre une douche et hiberner un bon nombre de jours. Je sors les clés de ma poche pour ouvrir la porte du bâtiment mais tout à coup, une forte masse me tombe dessus. Mes clés tombent au sol et moi de même. Un homme, vêtu de noir vient à mes pieds pendant que mes bras sont toujours prisonniers d'une autre personne. -Lachez moi ! m'écriais-je Mon coeur battait à une vitesse fulgurante, on pouvait apercevoir ma poitrine remonter et descendre rapidement, au rythme de ma respiration saccadée. Je me sentis légère comme une plume quand ces deux personnes me portèrent pour aller dans un endroit un peu plus sombre, à l'abris des regards. Les deux hommes me lachèrent, telle une moins que rien ce qui m'arracha un cri strident. -Arrête de crier ! -Laissez moi partir ! À L'AIDE ! L'homme s'approcha dangereusement de moi, je pouvais découvrir un couteau dans sa main droite qu'il me mit sous la gorge pour me faire taire. -Maintenant tu m'écoutes ! -... -J'aime mieux ça. -... -Abandonne, lache l'affaire avec ta fille ça sert à rien, tu la reverra jamais. -Vous pouvez pas dire à une mère d'abandonner son unique enfant. -Et pourtant c'est ce que tu vas faire. Manal va rester en Syrie et si il le faut, elle mourira en tant que martyre. -Manal ? -Ta fille ! J'ai pas tout mon temps, contente toi de faire ce que je dis chère Samia. De la part de Hassan. -Sam... Sans que je m'y attende, il enfonce légèrement son couteau dans ma jambe et le retire rapidement. Il l'a enfoncé tout doucement et je n'ai pu m'empêcher de crier dans sa main qui couvrait ma bouche. -Souviens toi de ça. C'est les seuls mots qu'il me dit avant de prendre la fuite avec son ami qui était resté en retrait tout au long de cette "discussion". Je pose ma main durement sur ma bouche pour m'empêcher de crier. Les larmes me montent aux yeux, bordel ce que j'ai mal. T'es en danger Jade Tous ses avertissements me reviennent en tête mais je crois que c'est trop tard maintenant, trop tard pour faire marche arrière. J'étais tellement têtue que je ne voyais même pas dans quelle genre de m***e je me mettais. J'ai compris que ce n'était pas un jeu. "Manal" , "Samia", sûrement pour préserver notre sécurité que Hassan a dit qu'on se nommait comme ça. À partir de ce soir là, deux choix se sont présentés à moi. Soit j'abandonne ma fille et essaye de refaire ma vie. Soit je continue à me battre, quitte à me faire tuer en cours de route. Alors j'ai continué à me battre... jilbeb : vêtement large et ample couvrant tout le corps sauf les mains, le visage et les pieds niqab : voile intégral recouvrant toutes les parties du corps sauf les yeux burqa : voile intégral recouvrant toutes les parties du corps
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