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Rouen, vendredi 10 h 41
PIERRE LEBLANC visualisait sur son iPad la scène de crime que John Marcoule venait de mettre sur l’Intranet de la PJ. Cynthia, renfrognée, conduisait lentement, jetant alternativement un coup d’œil sur la tablette électronique et sur Leblanc. Il savait que les questions sur sa présence la tourmentaient. Il en jouait sans vergogne. Son statut particulier au sein de la Police Criminelle le rendait différent. Sa réputation, les bruits qui couraient à son sujet, le laissaient de marbre. C’était la partie la plus amusante de son boulot. Il grimaça quand la vidéo zooma sur le cadavre. La saturation des couleurs rendait la calcination des chairs plus brutale que la réalité. Il ne manquait que l’odeur. Les zébrures de l’incendie transformaient le salon en une caverne satanique. L’absence de son et la lenteur exaspérante du défilement étaient macabres, d’un voyeurisme s*****e. Pas beau à voir. Il releva aussitôt les sourcils lorsque la chaise et l’arme entrèrent dans son champ de vision. Il se pencha en avant, tourna l’écran, très intrigué. Une barre de perplexité barra son front. Il appuya sur pause, recula de quelques secondes et repassa l’enregistrement. Puis, il agrandit la scène et sauvegarda plusieurs éléments en images numériques.
– Vous avez remarqué quelque chose de bizarre ? demanda-t-elle.
– La disposition de la chaise, et l’arme, ce fusil de chasse, enfoncé entre les barreaux, avec des rayures, comme si on avait voulu le coincer pour parfaire la mise en scène.
– Quelle mise en scène ?
– Comme pour accentuer le côté macabre, pour nous emmerder ? Non… ?
La question était surprenante, voire déroutante.
– Vous croyez ?
– Pour flinguer un politicien en pleine ville et en plein après-midi, il faut être fou, alors, un geste de plus ou de moins…
– Peut-être, mais je n’y crois pas. Tout cela m’a l’air parfaitement maîtrisé.
– D’accord avec vous sur ce point, acquiesça Leblanc.
– Pour moi, insista Cynthia, le tueur nous a envoyé un message très clair. Il maîtrisait la situation de bout en bout. C’est un meurtre parfaitement organisé. Je me demande qui pouvait bien lui en vouloir à ce point.