𝑃𝑜𝑖𝑛𝑡 𝑑𝑒 𝑣𝑢𝑒 𝑑𝑒 𝑆𝑎𝑓𝑖𝑎...
𝟤𝟥 𝐴𝑣𝑟𝑖𝑙 𝟤𝟢24, 19h00.
Orphelinat de Rochefourchat
« - Demain est un grand jour ! » Se jette sur moi la petite Iris en s'exclamant de joie.
« - Tu n'as pas oubliée ? » Je ricane en la serrant contre moi.
« - Comment je pourrai oublier ton anniversaire ? » Elle relève la tête pour connecter nos regards.
« - J'ai hâte de passer cette journée avec toi, petite sœur. » Je la câline en lui faisant plein de bisous.
« - Et moi donc. » Elle rit joyeusement.
Alors qu'Iris et moi sautons de joie par rapport à ce qui nous attend demain, l'une de mes harceleuses de me bouscule. Iris le remarque et je la sens se détacher.
« - Sale peste, excuse-toi. » Démarre ma petite sœur.
« - Toujours besoin qu'on la défende. » Souffle Clara en lâchant un ricanement hautain.
Je ne veux pas rentrer dans la provocation, ça ne sert à rien. Je ne veux pas m'abaisser à son comportement. Dieu se chargera d'elle le moment venu. Je retiens Iris et lui fait signe de ne pas rentrer dans son jeu. La petite Iris m'écoute et on s'en va.
« - Tu veux manger quoi comme gâteau demain ? » Mon amie change de sujet.
« - J'hésite entre un gâteau au chocolat et un fraisier. » Je lui partage n'ayant toujours pas fais mon choix.
« - On peut toujours manger les deux. » Iris me lance un petit clin d'oeil en me proposant cette possibilité.
Nous rions en rejoignant la cours. Nous devons aider les autres filles à retirer les mauvaises herbes. Il faut laisser place aux nouvelles fleurs de fleurir pour avoir un magnifique jardin.
Pendant que je retire les mauvaises herbes avec la petite Iris qui les met dans le panier à Mauvaises Herbes. Je fais une introspection sur ma vie. Je suis née dans cet orphelinat. J'ai grandi ici. Je n'ai jamais été en contact avec l'extérieur.
Certaines filles ont déjà parlé de garçons, mais je ne sais pas à quoi ressemble un Garçon. Je ne saurais pas vraiment comment je pourrai décrire un Garçon, d'après mes camarades, ils nous ressemblent mais pas vraiment. Elles disaient qu'ils avaient des membres assez différents des notre.
J'en ai déduit qu'ils étaient forcément doté d'un bras ou une jambe en plus. Les filles disent d'eux, qu'ils sont forts et grands. Quand elles disent qu'ils sont grands, ils doivent sûrement atteindre facilement les trois mètres. Elles ont bien précisé qu'ils sont tous très grands.
De ce que je sais, ils ont des yeux comme nous, une bouche, un nez, des cheveux et même des cheveux sur le visage. Au début, je pensais qu'elles parlaient des sourcils et des cils, mais pas du tout. Ils ont des vrais cheveux sur le visage. Je trouve ça très étonnant. Je me demande à quoi peut leurs servir ces cheveux sur le visage.
Ça doit sûrement être fait pour protéger leur peau du soleil. Iris et moi en avons déduit ainsi.
Pauline avait aussi parlé d'un membre magique. Elle disait que par moment il était tout moue puis tout d'un coup tout dur et tout grand. Je n'ai pas vraiment compris de quelle membre elle parlait. Elle a précisé que plein de filles aimaient ce membre en question car d'après elle ce membre est magique.
Je sais que les filles aiment l'argent, c'est ce que la gouvernante ne cesse de nous répéter. Les garçons aiment les femmes et les femmes aiment l'argent. Donc, si on fait bien le calcul, ce membre doit sûrement créer de l'argent.
« - A quoi est-ce que tu penses ? » Iris me fait revenir sur Terre avec cette question.
« - Euh... à rien... Je pensais à ma vie. » Je ne lui partage pas toutes mes interrogations. Je n'ai pas envie que les autres filles sachent à quoi je pense. Elles vont encore se moquer de moi, car je ne comprenais pas de quel membre elles parlaient.
« - Travaillons vite et ensuite nous irons à la bibliothèque, nous avons reçu de nouvelles ouvrages. » Elle me motive toute excitée.
...
La journée est passée tellement vite. Iris m'a fait un beau dessin. Elle est comme ma petite sœur biologique. J'ai toujours vécu ici, je n'ai jamais mis les pieds à l'extérieur. Mon plus grand souhait, est de quitter cet orphelinat.
La gouvernante m'a toujours dit d'attendre mon vingtième anniversaire. Encore quelques heures avant ma toute première sortie. Les filles ont déjà quitté l'orphelinat. Moi, je n'ai jamais eu le droit. Je n'ai jamais compris pourquoi on ne m'a jamais laissé sortir.
« - Encore quelques minutes et je pourrai souffler mes bougies. » Je murmure en jetant un coup d'oeil vers l'horloge. « - Vingt-trois heures cinquante... » Je me concentre une nouvelle fois sur la pleine Lune. « - Une magnifique Lune pour mon anniversaire. » Je souris légèrement.
Je ne saurais pas vraiment où aller demain. Il se trouve que notre couvent/ orphelinat est situé dans un coin perdu du Sud de la France. Rochefourchat est un petit village qui ne recense qu'un seul habitant. Notre couvent n'est pas enregistré auprès de l'état. Donc, un habitant, vingt-cinq jeunes femmes, dix religieuses et notre gouvernante qui est aussi la directrice de l'établissement.
Je reviens à moi et d'un geste incontrôlé je fais tomber le roman que j'ai emprunté à la bibliothèque. Je me penche et le ramasse. Ce romand retrace l'histoire romantique d'un jeune soldat et d'une jeune femme amoureux. Ils se courtisaient en s'envoyant des lettres d'amour.
J'espère qu'un jour, moi aussi, j'aurais la chance de connaître l'amour. Qu'une personne m'aimera sans compter, que je serai tout pour cette personne. Qu'on soit ensemble même après la mort.
« - Assez rêvassé comme ça. » Je me lève et me dirige vers ma chambre.
Iris et moi partageons la même chambre. Nous avons dix ans de différence et elle est aussi la plus jeune orpheline du couvent. Elle nous a rejoint il y'a moins de trois mois. Elle a tragiquement perdu ses parents dans un incendie dit criminel.
J'avance dans la pénombre. J'accélère le pas car l'obscurité m'a toujours effrayé. Je pense que je ne m'y habituerai jamais. À quelques pas de ma chambre, je ralentis mon rythme de marche. Quelque chose cloche ici, je n'entends aucun bruit. C'est impossible qu'il n'y ait aucun bruit dans un couvent logeant que des jeunes femmes.
Je n'entends pas les chuchotements de Laurie et Clotilde, ni les ricanement de Clara et Amandine et encore moins les avertissement de la directrice par rapport au bruit.
Mon sang se glace d'un coup en sentant une présence inconnue derrière moi. Tétanisée de peur, j'essaye de comprendre ce qu'il se passe actuellement au sein de cet établissement. Sans effectuer aucun mouvent à cause de ma paralysie, je suis le rayon de lune des yeux. Mon regard tombe sur une flaque sombre et épaisse.
Du Sang... ?
Mon coeur s'affole au point que je ne le sens plus battre. Je n'arrive pas à effectuer ne serait-ce qu'un seul et minable mouvement alors que je sens encore cette présence derrière moi.
Elle est tout autant immobile que moi. J'ai très bien compris qu'elle se joue de moi. Qu'elle n'attend qu'une minime réaction de ma part pour s'en prendre à moi. Ce monstre doit se délecter de ma peur. Je dois être un jeu de pure plaisir à ses yeux.
« - Ai-je le droit à une dernière prière... s'il vous plaît. » Je demande la voix tremblante alors que l'eau me monte aux yeux.
« - C'est si gentiment demandé. »