{Et de un. Je t'aurais prévenu}
Je ne comprends pas. Le destinateur s'est il trompée ou, est ce que ce serait l'autre connard de ce matin ? Je me pose des questions sur cet individu.
Finalement, je décide de couper court à toute réflexion, prends quelques bouteilles dans ma réserve personnelle et bois comme jamais. Vu que j'ai déjà dix-huit ans, il m'est possible de m'approvisionner autant que je le veux. C'est l'un des avantages d'être majeur. On a droit à ce qui est réservé aux adultes. Je fais descendre des l****s d'alcool dans ma gorge sans me soucier de quoi que ce soit.
Demain, je ne vais nul part alors autant en profiter.
Mon esprit est embrumé petit à petit et je sombre dans le néant, oubliant mes soucis de cette journée. Un nouveau monde m'ouvre petit à petit ses portes. Je me sens si bien...
****
Durant toute la semaine, je me suis saoulé comme jamais, tel un puit sans fond. Je ne pourrais même pas compter le nombre de bouteilles qui sont passées par ma bouche. Mes parents, selon moi, ne doivent pas être au courant de mon amour pour l'alcool. De toute façon, je ne pense pas qu'ils en feraient cas s'ils venaient, par magie, à s'en apercevoir, car je sais que Camilla ne dira rien –elle sait ce que je vis et comprend qu'elle ne doit pas se mêler de mes affaires– et se contentera juste d'observer.
Mes géniteurs s'en fichent de moi. La seule personne qui me reste, c'est notre femme de ménage qui, elle au moins, se préoccupe un peu de ma situation. J'aurais aimé lui rendre cette affection, mais je m'en sens un peu incapable. Va savoir pourquoi.
Je n'avais pas reçu de coup de fil étrange durant tous ces jours ; ce qui confirme qu'il ne s'agissait que de conneries émanant d'un abruti voulant juste s'amuser avec mes nerfs. Si seulement je savais qui s'était pour le lui faire payer. Je peux être v*****t quand je le veux alors, il vaut mieux ne pas me chercher. Bref, les jours ont défilé de façon monotone et je n'allais pas m'en plaindre.
Aussi drôle que cela puisse paraître, je n'ai pas bu une quantité astronomique d’alcool aujourd’hui. On pourrait même dire que je suis sobre, car, pour la seconde fois cette semaine, j’ai préféré aller me détendre ici plutôt que de me saouler la gueule. Mon reflet devant le miroir du lavabo ce matin m’avait fait réaliser à quel point je m’étais détérioré ; même la mort avait meilleure mine. Mes anticernes n’y feraient rien. J’avais imaginé les regards que les élèves poseraient au moins pour une fois sur moi et ce qu’ils signifieront. Au lieu d’une affection particulière, ce serait du dégoût que je verrai dans leurs yeux. C’était clair. A cet instant, je m’étais alors dit pour une fois qu’il aurait été mieux que je sois ignoré.
De plus, nous sommes dimanche, le dernier jour de la semaine et celui précédent lundi, un jour de torture. Je déteste les lundis, comme la plupart des gens, je suppose. Je n’ai aucune envie de mettre pied au Léonard, mais pas le choix. Sécher les cours n’est pas une option. Et dire que je vais devoir passer par cette porte, passer à l’endroit où le corps de cette fille gisait, repenser à la vision cauchemardesque que j’avais eu sous les yeux. Il me faudra plus que du courage.
Je fais en sorte d’oublier ces pensées et me concentre sur les mouvements des vagues et le bleu féerique de la mer s’étendant à l’horizon, mes fesses sur le sable de Fairy . J’ai fait de mon mieux pour rester à l’écart des baigneurs. Je ne veux pas voir leurs regards se poser sur moi avec plein de questions dans la tête. J’ai fait de mon mieux pour rester à l’écart des baigneurs. Le soleil et le spectacle merveilleux que j’ai sous les yeux me détendent et ça me fait un bien fou.
« Il faut que je vienne ici plus souvent ».
Je ferme les yeux, savourant le souffle délicat du vent et la chaleur réconfortante de l'astre au-dessus de ma tête. Mon téléphone dans l'une de mes mains, j'écoute Ghost of you des 5SOS diffusé dans mes écouteurs. Soudain, quelque chose touche mon pied-droit. J'ouvre les yeux en sursautant légèrement et retire les écouteurs, pensant à une petite bête venue m'a narguer avant de voir une balle près de moi. Je le fixe avec curiosité. A qui est ce que cet objet peu bien appartenir ? J'essaie de fouiller la plage des yeux pour voir si quelqu'un ne se dirige pas dans ma direction.
— Pardon.
C'est une petite voix sortie de nul part. J'ai failli avoir une crise cardiaque. Une fillette avec un teint de nigérienne, qui doit avoir huit ans, je dirais vient prendre la balle qui semble être la sienne.
D'où sort elle ? Je ne l'avais pas remarquée.
— Ce n'est rien. lui dis-je .
Elle me sourit, ce qui me met du baume au cœur. On me sourit rarement, encore moins d'une manière si sincère. J'en fais de même. Cette petite est drôlement mignonne avec ses couettes et son joli maillot rose bonbon. J'aurais aimé avoir une petite sœur ou un petit frère. Au moins, je ne me sentirais pas aussi seul et vide.
— Dis. Tu ne veux pas jouer avec nous ? me demande t-elle en pointant un groupe non loin de nous.
Sa question me surprend un peu. Je la regarde comme si elle vient de pousser des cornes. Elle me demande à moi, un inconnu avec une tête à en faire fuir même Gripsou, de venir jouer avec ses amis et elle ? J'en suis un peu bouleversé. C'est la première fois qu'on me fait cette proposition. Petit, j'étais souvent malade et restais enfermé avec la baby-sitter. En primaire, mes malaises répétés avaient vite fait fuir les amis. Personne ne voulait d'un faible.