la chaleur sous la peau

764 Mots
Il y a des jours où le corps comprend avant l’esprit. Mikael s’en rendit compte un matin banal, en enfilant son manteau trop vite, quand ses doigts tremblèrent sans raison apparente. Il s’arrêta. Respira. Écouta. Ce n’était pas de la peur. C’était l’attente. Depuis plusieurs jours, Aleksi était là sans être là. Un message bref. Une apparition furtive. Un regard qui s’attardait une seconde de trop. Comme dans la vraie vie, quand rien n’est déclaré mais que tout est déjà engagé. Ils se retrouvèrent par hasard — ou presque — dans une librairie du centre. Un lieu chaud, feutré, saturé d’odeurs de papier et de café. Mikael tournait une page quand il sentit une présence trop familière derrière lui. — Tu lis encore debout, dit la voix basse. Il n’eut pas besoin de se retourner. — Et toi, tu surveilles toujours les endroits où je pourrais être ? Aleksi sourit. Mikael le devina plus qu’il ne le vit. — Je passais par là. Mensonge poli. Accepté. Ils se retrouvèrent côte à côte, feignant l’intérêt pour des ouvrages qu’ils ne regardaient pas vraiment. Leurs épaules se frôlèrent. Un contact infime. Mais Mikael sentit immédiatement la chaleur passer à travers le tissu. Il ne s’écarta pas. Aleksi non plus. Le silence entre eux n’était plus prudent. Il était chargé de choses non dites, de gestes interrompus, de nuits trop longues à repenser à un b****r. — Tu sembles fatigué, murmura Aleksi. — Je dors mal. — Moi aussi. Une confession simple. Presque intime. Ils sortirent ensemble, sans l’avoir décidé. Dehors, l’air froid les frappa, mais la proximité les protégeait presque. Ils marchèrent un moment sans parler. Comme deux personnes qui savent exactement où elles vont, même si elles refusent de le nommer. Ils s’arrêtèrent sous un porche, à l’abri du vent. Aleksi se tourna vers Mikael. — On fait semblant encore longtemps ? Mikael leva les yeux vers lui. Il y avait dans son regard une fatigue douce. Celle de quelqu’un qui a trop résisté. — Je ne sais pas faire semblant, répondit-il. Aleksi leva lentement la main. Cette fois, il ne s’arrêta pas à mi-chemin. Il posa ses doigts contre la nuque de Mikael. Un geste simple. Naturel. Comme s’il l’avait déjà fait cent fois. Mikael ferma les yeux. La chaleur fut immédiate. Vive. Réelle. — Aleksi… — Dis-moi d’arrêter. Il ne le dit pas. Mikael posa sa main contre le poignet d’Aleksi. Pas pour l’écarter. Pour sentir. Pour vérifier que c’était vrai. Leurs fronts se touchèrent. Leurs souffles se mêlèrent. Le monde extérieur sembla reculer. Aleksi se pencha. Le b****r fut lent, profond, sans précipitation. Pas une prise. Une rencontre. Mikael répondit, presque surpris par sa propre audace. Il y eut un soupir. Un léger frisson. Des lèvres qui se cherchaient sans se dévorer. Quand ils se séparèrent, leurs visages restèrent proches. — C’est dangereux, murmura Mikael. — Je sais. Aleksi glissa son pouce le long de la mâchoire de Mikael. Un geste tendre, presque maladroit pour quelqu’un d’habitude si sûr de lui. — Mais c’est vrai. Ils s’embrassèrent encore. Plus court. Plus brûlant. Puis Aleksi se força à reculer. Mikael protesta à peine — un souffle, une main qui s’attarde une seconde de trop sur son manteau. — Pas ici, dit Aleksi. Pas comme ça. Cette retenue, étrange et nouvelle, fit battre le cœur de Mikael plus fort encore que le b****r. Ils se séparèrent à contrecœur. Le soir, chacun retrouva son monde. Aleksi, les salons feutrés, les conversations contrôlées, les regards qui évaluent. Mikael, un dîner entre amis, des rires, des questions déguisées. — Tu as l’air différent, lui dit quelqu’un. — Plus présent. Mikael sourit sans répondre. Sur les réseaux, les images continuaient de circuler. Des vies mises en scène. Des moments choisis. Aleksi regarda distraitement, puis s’arrêta sur une photo postée par un ami de Mikael. Rien de compromettant. Juste un sourire. Mais il le reconnut immédiatement. Son téléphone vibra. Ce matin… Il hésita, puis écrivit : Je n’arrête pas d’y penser. La réponse arriva vite. Moi non plus. Deux phrases. Suffisantes. Plus tard dans la nuit, Aleksi resta longtemps éveillé. Il repensa à la chaleur sous ses doigts, à la façon dont Mikael avait répondu sans se perdre. Ce n’était pas une conquête. C’était autre chose. Quelque chose qui lui échappait. Merde, pensa-t-il. Je m’attache. Et à des kilomètres de là, Mikael se retourna dans son lit, le cœur encore brûlant, conscient d’une vérité simple et terrifiante : Ce n’était plus seulement du désir. C’était déjà un lien. Et les liens, dans le monde d’Aleksi, avaient toujours un prix.
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