Épisode 2 :Saphir

2655 Mots
- Regarde, s****e ! hurle-t-il. - Nooooooon ! je crie, désespérée. - Si tu ne regardes pas, je vais te forcer à le faire. Et crois-moi, je ne vais pas être tendre. Je refuse d'ouvrir les yeux. - Ouvre tes putains d'yeux, s****e ! crie-t-il, sa voix cruelle se mêlant à la pluie torrentielle. Je ravale ma salive, le cœur battant à tout rompre, et m'exécute, sentant le bout du flingue sur ma joue. - Tire ! ordonne-t-il à l'un de ses larbins, debout près de l'homme attaché à genoux par terre. La balle atteint sa cible, explosant le crâne de l'homme et faisant jaillir du sang de sa cervelle. Le liquide écarlate éclabousse les vêtements de tous ceux qui se tiennent autour. Des gouttelettes de sang maculent les vestes et les chemises, créant des tâches sombres et irrégulières sur les tissus. Certains reçoivent des projections sur le visage, le sang chaud coulant lentement le long de leurs joues. Le spectacle macabre transforme la scène en un tableau de violence brutale, chaque éclaboussure témoignant de la sauvagerie de l'acte. Je détourne de nouveau le regard, mais Lev me force à regarder en tenant fermement mon menton. — C'est ce qui arrive à ceux qui ne paient pas leur dette ! rugit-il avant de rire à gorge déployée. «Putain de psychopathe !» — Lev ! hurle Youri, arrivant de l'autre côté sous un parapluie noir, qu'il laisse tomber pour donner aussitôt un coup de poing à son frère, qui vacille, la lèvre ouverte et saignant abondamment. — Tu as complètement perdu la tête ! Qui t'a donné cet ordre, bordel ? Sa voix grave résonne comme l'orage qui gronde en même temps. - Tu as dis qu'il faut prendre des iniciative ! Ce fils de p**e devait mourire et ta petite princesse devais comprendre le message, de coup d'une seul pirre, frère ! Youri Serre la machoir et les poings. - Tu ne touche plus à cette fille, tu ne fais plus rien sans me demander la permission au préalable, si non je jure... je jure de te renvoyer au fin fond de la Russie. - Tu me fais peur ! Ironise-t-il les deux main sur la bouche. - Tu ne sais pas ce qui t'attends à la maison petit frère, tu as grandi ici petit con, et tu ne sais rien de ce qu'est la vrai bratva ! - Tu as dit qu'il faut prendre des initiatives ! Ce fils de p**e devait mourir, et ta petite princesse devait comprendre le message. Deux coups d'une seule pierre, frère ! Youri serre la mâchoire et les poings. - Tu ne touches plus à cette fille. Tu ne fais plus rien sans me demander la permission au préalable, sinon, je jure de te renvoyer au fin fond de la Russie. - Tu me fais peur ! ironise-t-il, les deux mains sur la bouche. - Tu ne sais pas ce qui t'attend à la maison, petit frère. Tu as grandi ici, petit con, et tu ne sais rien de ce qu'est la vraie bratva ! Je sens un terrible vertige et une envie irrépressible de vomir. Mon corps se plie en deux, et je sens que mon âme est prête à s'échapper de ce corps, comme pour se libérer d'un fardeau devenu trop lourd à porter. - p****n de merde... J'entends la voix de Youri près de mon oreille, ses mains se posant sur mes épaules juste à temps pour m'empêcher de tomber la tête la première dans la boue. Ses bras s'enroulent sous mon corps, me soutenant pour me maintenir à flot. Ma vue s'embrume petit à petit, mais je peux encore sentir l'enivrant parfum de son après-rasage envahir mes poumons. - Hé, Saphir, reste avec moi... - N...non. - Je suis épuisée... Un voile noir tombe enfin sur mes yeux, et je sens mes lèvres esquisser un sourire de soulagement. Mes paupières lourdes peinent à se soulever, mais une lumière forte et étrangement agréable m'y force. Je suis allongée dans un lit confortable, enveloppée de draps qui m'entourent comme un nuage moelleux. Enfin, je suppose qu'un nuage doit avoir cette texture et procurer cette sensation. Les rideaux sont tirés, laissant entrer une abondante lumière naturelle. - C'est quoi ce bordel... je marmonne. Le souvenir de la veille me revient peu à peu tandis que je m'assieds. L'homme gisant dans son sang, la pluie, la boue et les visages moqueurs. Un mal de crâne martèle dans ma tête, m'empêchant de réfléchir clairement. Mais je dois trouver une issue, ces gens sont de vrais psychopathes, des criminels de la pire espèce. Je me lève doucement, constatant que je suis en sous-vêtements. Tant pis, je ne vais pas perdre de temps à chercher mes fringues. Je tente d'ouvrir la porte, mais évidemment, elle est fermée à clé. - Sérieusement, Saphir, tu t'attendais à quoi ? je dis en levant les yeux au ciel, exaspérée par ma propre stupidité. Je regarde un peu partout dans la chambre, et une porte dissimulée dans le mur, légèrement entreouverte, attire mon attention. Voilà ma solution, ou du moins un début. Je la pousse doucement, juste assez pour laisser passer mon corps. Cette chambre ressemble beaucoup à celle où j'étais, sauf que le lit est d'un style simple et les draps sont noirs et bleu royal. Le décor est sobre, avec des meubles en bois sombre et des touches masculines : une chaise en cuir près d'un bureau ordonné, quelques livres empilés sur une étagère, et une grande armoire en bois massif. L'atmosphère y est plus austère, avec des rideaux épais et sombres qui contrastent avec la lumière qui inonde la pièce voisine. Une montre-bracelet et un portefeuille en cuir traînent sur la table de chevet, ajoutant une note personnelle à cette chambre d'homme. Sur la table basse de ce qui semble être un petit salon, une petite boîte est posée, et près de la boîte, un flingue, un vrai. Mes yeux s'écarquillent et un frisson parcourt mon échine comme si quelqu'un avait ouvert les fenêtres pour laisser entrer le vent glacial de cette fin d'octobre. Je prends cette arme dans ma main, le froid du métal accentuant mon angoisse. Néanmoins, une sensation de pouvoir s'invite aussitôt, saisissante, enivrante. "Je pourrais sortir d'ici grâce à cette chose !" Mon cœur accélère ses battements sous l'euphorie de cette idée absurde. Mais pour exécuter ce plan dangereux, j'ai besoin de rassembler mon courage et de cesser de trembler. - Tu as trouvé la porte, dit la voix grave de Youri, me figeant sur place. Il a l'air déçu. Je me retourne et pointe l'arme dans sa direction. Un sourire se dessine sur son visage. Il vient visiblement de prendre une douche, et une simple serviette cache la partie basse de son corps. Ses cheveux mouillés collent à son front, des gouttes d'eau glissant le long de ses épaules musclées. Sa poitrine, large et puissante, se soulève à chaque respiration, et ses yeux, perçants et inébranlables, ne quittent pas les miens. Un tatouage complexe, symbole de la bratva, s'étale sur son bras droit, ajoutant à son allure menaçante. - Tu penses vraiment pouvoir t'échapper avec ça ? Son ton est calme, presque amusé, mais je perçois une ombre de défi dans son regard. - C'est très dangereux, tu sais. - Je sais. Je dois me contenir pour cacher les tremblements dans ma voix. Il avance de quelques pas dans ma direction. - Cesse... Il fronce les sourcils. - D'avancer, dis-je, menaçante. - Je peux au moins récupérer ma chemise. Il montre le lit avec un ton si calme qu'il en devient exaspérant. En plus de la peur, je suis désormais en colère. Comment est-ce possible de ressentir un mélange aussi étrange de sentiments ? - Non, en fait, je pense que je suis plus à l'aise ainsi. Il laisse tomber sa chemise et avance dangereusement vers moi. - Arrête-toi, je vais tirer. Il n'écoute rien et colle son abdomen bien dessiné à l'arme. Je sens rapidement son souffle sur mon front. - Il manque quelque chose. Je lève les yeux vers lui. Sa main s'enroule sur le poignet de la main qui tient l'arme, me soulevant presque du sol. Il serre si fort que je lâche l'arme qui tombe par terre avec un bruit sourd. Son emprise est implacable, son regard perçant. Sa proximité me fait sentir vulnérable et le parfum de son après-rasage emplit mes narines, ajoutant à mon désarroi. - Tu crois vraiment que tu peux t'en sortir comme ça ? Sa voix est basse, presque un murmure, mais chaque mot résonne avec une autorité écrasante. Je lutte pour me libérer, mais il est beaucoup plus fort. Ses muscles se contractent sous la peau humide, ses yeux ne lâchant pas les miens. Je ressens la chaleur de son corps, contrastant avec le froid de l'arme à mes pieds. - Tu as du courage, Saphir, mais tu es encore loin de comprendre à quel point ce jeu est dangereux. Il relâche un peu la pression sur mon poignet, mais reste tout près, suffisamment pour que je sente son souffle. Je respire profondément, essayant de calmer les battements affolés de mon cœur. - Maintenant, nous allons discuter. Et cette fois, tu écouteras. - D'abord, tu es distraite, trop distraite... Son souffle chaud près de mon oreille est une torture, une agréable torture. Mon bas-ventre frémit et le bout de mes seins me brûle. "Pourquoi, bon sang ?" - Il manquait le chargeur, princesse ! Il me relâche, ramasse l'arme et y enfonce le chargeur avec une facilité déconcertante. Je tombe par terre, à genoux, exténuée, mes cheveux traînant sur le parquet en bois. - Désolé pour ce que Lev t'a infligé la veille. Il pose ses mains sur mes bras pour m'aider à me relever. Telle une poupée de chiffon, je me laisse faire. - Je... - Écoute attentivement, Saphir. Si tu acceptes de faire un deal avec moi, je te laisse rentrer chez toi. Je lève le regard, curieuse. - Nous allons signer un contrat. Tu seras une sorte d'employée. Tu dois garantir de nous aider à attraper ton père et je garantis que tu seras libre à la fin de cette histoire. - Qu'est-ce qui me garantit que tu tiendras parole ? - Je sais ce que tu penses de nous, la mafia c'est mal ! dit-il sarcastiquement. - Bien sûr que c'est mal. Vous tenez plus du crime organisé que des enfants de chœur. - Si tu savais... Enfin bref. Ma parole vaut de l'or, tu n'as rien à craindre, personne n'osera t'approcher. - Même pas ton frère ? - Même pas cet abruti. Mais pour cela, nous devons officialiser cet accord. Tu deviendras ainsi une partenaire et non un pion. - Si je dis oui, je pourrai rentrer chez moi ? - Tu resteras le temps d'écrire le contrat et de le faire approuver par mon avocat. - Cela prendra combien de temps ? - Une semaine. - Une semaine ? Je vais rater mes cours et nous sommes presque à la fin du mois. Je dois mettre de côté pour... Je m'arrête net. "p****n, cette histoire doit être le dernier de mes soucis, pourtant je ne peux pas rater le prochain paiement." - Pour ? - Rien. Ok, je le découvrirai rapidement de toute façon. - C'est un crédit personnel que je dois rembourser, rien d'important. J'essaie de noyer le poisson, mais cet homme n'est pas dupe, ses yeux perçants ne semblent pas convaincus. - Prends une douche ici ou dans ta chambre. Je dois partir. Surtout, ne tente rien de stupide, Saphir. Tu sais, mes hommes n'aiment pas qu'on les menace. Nous sommes faits de la même étoffe. J'attends qu'il quitte la chambre pour retourner dans la mienne. Une douche s'impose : des éclats de boue de la veille persistent encore sur mon corps et je sens légèrement sous les bras. - Il a dû être dégoûté lorsqu'il m'a presque collée contre son torse. L'évocation de ce moment me fait frissonner, provoquant une tension indésirable dans mon intimité. Je glisse ma main entre mes cuisses, espérant me soulager, mais je n'y arrive pas. J'imagine que l'eau chaude coulant sur mes épaules est cet homme au corps d'Apollon qui me serre contre son torse divinement musclé et sublimement tatoué. Mais la réalité me martèle de nouveau le cerveau, et je redescends rapidement sur terre. - Je perds complètement la boule. Il est hors de question que j'aie ce genre de pensées. Cet homme est un criminel et un p****n de kidnappeur par-dessus le marché. Je prends une profonde inspiration et me dépêche de quitter la salle de bain. Alors que je m'assieds au bord du lit, j'aperçois plusieurs sacs en papier rigide et des cartons de chaussures, que des marques de luxe. Il a apparemment pris la peine de m'offrir des vêtements et des sous-vêtements qui feraient rougir n'importe quelle femme. Des couleurs que j'aime en plus : du noir, du bordeaux et beaucoup de bleu royal. - J'adore, mais je ne suis pas censée adorer ! Bordel ! Je me laisse retomber sur le lit, honteuse. Ma tête se tourne instinctivement vers la porte communicante avec sa chambre. Je suppose qu'il peut entrer ici comme bon lui semble, et je n'ai pas le droit de dire un mot. Je me change rapidement. Un pull en cachemire marron clair et une jupe en satin crème attirent mon attention. J'assortis le tout à des bottes marron foncé. Je me contemple dans l'un des grands miroirs de la pièce, étrangement fière de moi. C'est peut-être la première fois que je réussis à assortir des vêtements sans me prendre la tête et finir par tout balancer pour enfiler n'importe quoi. Je soulève ensuite mon pull pour contempler le joli soutien-gorge noir tout en dentelle qui donne une sublime forme à mes seins. - Qu'est-ce qui m'arrive, bordel ?! Je sens mes joues s'empourprer. Est-ce cet homme et cette proximité indécente qu'il m'impose, ou suis-je devenue complètement aliénée au point de croire qu'il puisse s'intéresser à une pauvre fille comme moi ? Je relâche le tissu et retourne m'allonger dans le lit. Les idées noires s'enchaînent aussitôt, ce cerveau qui avait cessé de tergiverser ces deux derniers jours recommence à m'enfoncer dans mes putains de soucis des cinq derniers mois. Ilyas a certainement cherché à me joindre, ce fils de p**e a dû de nouveau envoyer un de ses messages w******p pour me faire du chantage. - Pas de portable, pas de soucis. Ma mère doit aussi se demander où je suis passée, ou pas. Le sommeil finit par m'assommer, me plongeant dans des cauchemars étranges les uns après les autres. Mais je finis par me réveiller, le ventre tiraillé par la faim. Je n'ai rien mangé depuis mon réveil, pourtant la table dans le petit salon de la chambre est chargée de viennoiseries et de gâteaux de toutes sortes, ainsi que du café désormais froid. - Peu importe, je crève de faim. Je suis prête à manger n'importe quoi pour me remplir le bide. Je m'approche de la table, attrapant un croissant et une pâtisserie, les engloutissant sans même y penser. Le goût sucré et la texture moelleuse apaisent mon estomac affamé, mais ne parviennent pas à calmer la tempête qui tourbillonne dans mon esprit. Chaque bouchée est à la fois un soulagement et un rappel de la situation merdique dans laquelle je me trouve. Je me sers une tasse de café, même s'il est froid. La caféine peut peut-être m'aider à clarifier mes pensées. En m'asseyant à la table, je regarde les vêtements de luxe éparpillés sur le lit, me demandant combien de temps je vais devoir jouer ce jeu dangereux. - Une semaine, murmuré-je pour moi-même, en prenant une autre gorgée de café. Je dois tenir une semaine. Avec un soupir, je me redresse, déterminée à garder la tête haute malgré les circonstances.
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