Le soir, les garçons avaient fait profil bas. Surtout ne pas regarder le père. Baisser les yeux avec humilité, en esclaves soumis. Les corvées s’étaient muées en punition et les deux frères recopiaient les « règles de vie en société » que le père leur avait dicté, 500 fois pour le grand, 400 pour le petit, « parce qu’il est juste d’en donner plus à l’aîné », avait-il expliqué. Juste ? Quelle justice ? Uniquement le sadisme d’un père emporté dans un délire de pouvoir. Mais qu’est-ce qui avait pu à ce point énerver le père et faire rire les deux garçons ? L’oncle, tout simplement. Les consignes avaient été claires. « On se tient droit sur sa chaise, sans dire un mot, comme si on n’existait pas ». Il faut dire que cet oncle était une sorte d’icône familiale. Résistant, patron de la chambre d


