Chapitre 1

594 Mots
Ewokpe regardait la télé quand son mari arriva. Il la salua distraitement tout en ne cessant de desserrer le col de sa cravate. Il chercha un verre qu’il rempli au trois quart d’une boisson forte oubliée depuis longtemps dans le buffet qui majestueusement occupait une partie du salon. Ewokpe éteignit la télé et regarda profondément son mari qui buvait silencieusement son cognac.  J’ai quelque chose d’important à t’annoncer. Je suis enceinte ajouta t-elle sans le quitter du regard. Il leva alors le visage de son verre et se rendit compte qu’il avait même honte de la regarder. Il laissa automatiquement ses paupières tomber lourdement. Il voulait qu’elle souffre sans vraiment savoir pourquoi. Ne devrait-il pas crier de joie à l’annonce de ce petit être qui va naître et qui l’appellerait papa?  Tognawo se réjouissait de l’idée qu’un minuscule être issue de lui viendrait au monde grandira et portera son nom. Mais il faisait un effort surhumain pour ne pas extérioriser cette joie. Ewokpe n’avait surtout pas le droit de tomber enceinte ou du moins pas maintenant que leur amour courait au déclin. Il restait là immobile à la regarder de ses yeux menaçants pleins de reproches. Le mépris pour cette femme qu’il soupçonne le tromper prend le dessus sur son grand amour. Tognawo voulait surtout ne plus penser aux soupçons qu’il a de l’infidélité de sa femme. Pourquoi détruire au nom de la sauvegarde ? Pourquoi ne pas chercher à comprendre quand il est encore tant ? Ce qui souvent détruit une relation, est l’absence de discussion. Cela, Tognawo le savait mais il n’avait malheureusement aucune envie de se lancer dans une discussion avec sa femme pour en arriver à une dispute alors, il préférait taire ses inquiétudes.   Ewokpe souffrait profondément de la géhenne qu’engendre son mari. Cependant de sa caressante voix elle demanda.  - Tu ne dis rien ?   - Je réfléchis, répondit-il en buvant le reste de l’alcool contenu dans son verre.  Ce qui l’exaspère encore le plus est cette belle voix qu’elle avait et qui avait le don de désarmer un guerrier. L’on aurait pu à l’entendre parler croire qu’elle fredonne un refrain ; une note écrite pour endormir les bébés. Cette voix, Tognawo se demande s’il pourrait un jour s’en passer.   - Tu n’es pas content que je sois enceinte ? Nous allons avoir un enfant.   - Que veux-tu ? Que je me pende pour t’exprimer ma joie ? Mais si que je suis content. Je suis même hyper content. Maintenant ne m’embarrasse plus.  - Pourquoi cette dureté Tognawo ?   - Dur ! tu trouve que je suis dur avec toi ? quand je suis fatigué et que je demande à me reposer un peu ?   - Mais...  - Tu m’emmerde Ewokpe !  Elle se leva et se précipita dans sa chambre d’où le bruit d’un sanglot mal étouffé s’éleva. Dans sa précipitation, ses cheveux d’ébène se libérèrent de leur prison qui leur faisait former un merveilleux chignon pour enfin se répandre sur son épaule. Tognawo détourna la tête plus pour échapper à ce merveilleux spectacle des cheveux de sa femme que pour cacher les grosses gouttes de larmes qui lui venaient aussi dans les yeux. Toute cette souffrance volontaire qu’il s'impose lui devient intolérable mais à la seule idée que sa femme le trompe avec son pire ennemie, le courage lui revient pour faire d’elle la plus malheureuse de toutes les épouses de la terre. Alors le passé ressurgissait dans sa tête comme sur un écran géant et le film de sa vie recommençait comme toujours à se dérouler.
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