Chapter 9

453 Mots
IX L’épée de Tom PouceNous avons oublié de dire que Pouce avait une épée ; cette épée était faite de la moitié d’une petite aiguille à tricoter que sa marraine avait fait aiguiser et damasquiner à son intention, prévoyant bien qu’étant faible comme il l’était, il aurait souvent à se mettre en défense. Tom ne quittait jamais cette épée ; il couchait même avec elle, car il avait des ennemis auxquels des enfants d’une taille ordinaire sont rarement exposés. Une puce était pour lui un animal véritablement féroce, une araignée était un monstre redoutable, et quand il lui arrivait de rencontrer l’une ou l’autre, le pauvre Tom n’en était pas toujours quitte pour une piqûre, et tout ce qu’il pouvait faire, c’était de tenir en respect son ennemi, jusqu’à ce que sa bonne mère vînt à son secours. Un jour que Tom, après toute une matinée passée à sarcler son petit jardin, à ratisser les allées, à arroser une plate-b***e de pâquerettes qu’il venait de semer, et à faire la guerre aux insectes, se reposait sur le bord d’un frais ruisseau, sous une feuille qui le couvrait presque tout entier comme un immense parasol, il se sentit tout d’un coup piqué à la main ; il se leva, plein de colère, et n’apercevant autour de lui qu’un papillon de l’espèce qu’on nomme amiral, il crut que c’était là l’ennemi qui avait lâchement profité de son sommeil pour venir le blesser. Ayant donc dégainé, il leva sa formidable épée sur le malheureux papillon : c’en était fait du bel insecte, quand Tom, dont la colère commençait à se calmer, réfléchit qu’un papillon n’ayant point de dard, ce n’était point le papillon qui avait pu le piquer, et qu’il allait peut-être faire périr un innocent à la place d’un coupable. Ayant donc fait de plus actives recherches, regardé autour de lui, en bas, et en haut, et passé successivement en revue tous les buissons, il découvrit, bourdonnant dans une épaisse touffe d’herbes, trois guêpes monstrueuses. Si c’eût été des abeilles, Tom leur aurait peut-être pardonné ; car enfin, si les abeilles piquent, en revanche elles sont bonnes à quelque chose, et le miel qu’elles fabriquent est bien fait pour plaider en leur faveur. Mais des guêpes, des êtres inutiles et malfaisants, c’était débarrasser la terre d’un fléau. Tom les attaqua bravement, et les ayant vaincues toutes trois, l’une après l’autre, et mises à mort, il les emporta chez lui comme un trophée de sa victoire. Ce que nous en disons, c’est pour prouver que Tom était brave, et que dans son petit cœur il y avait un grand courage. La taille ne fait pas le héros, et il y a eu de par le monde de fort grands hommes qui n’avaient pas plus de quatre ou cinq pieds ; on a vu très peu de tambours-majors devenir colonels, et pour tout dire, l’histoire de David et de Goliath est une vieille histoire qui prouve de reste ce que je viens d’avancer.
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