IV
Pourquoi Tom Pouce s’appelait Tom PouceIl fallut lui donner un nom. Pour ne pas laisser son œuvre imparfaite, la reine des fées voulut être sa marraine ; elle vola donc vers la cabane où reposait son nouveau protégé, et le nomma de son premier nom Tommy, dont on fit Tom par abréviation, et du second, Pouce, en raison de la petitesse de sa taille et en mémoire du souhait de sa mère.
Après l’avoir nommé, elle le doua de tous les dons précieux qui faisaient que les enfants nés au temps des fées n’avaient qu’à le vouloir pour être des enfants accomplis ; malheureusement, alors comme aujourd’hui, ils ne le voulaient pas toujours.
Pendant la cérémonie, d’autres fées, sur son ordre, lui préparèrent une toilette appropriée à sa taille. La chose fut bientôt faite ; pour chemise, il eut (on l’assure, du moins) une toile d’araignée, et pour habit les deux ailes d’un brillant scarabée, qui consentit à s’en défaire quand il sut à qui on les destinait ; on découpa ses culottes dans une cosse de pois, ses bas dans la pelure d’une pomme ; ses souliers furent faits avec une peau de souris tannée, le poil en dedans ; pour coiffure enfin, d’une feuille de chêne, on lui arrangea une jolie casquette qui lui allait à ravir, et, par-dessus tout cela, on lui passa une petite jaquette que sa marraine lui avait fait filer par le plus habile de ses vers à soie.
Le reste de son trousseau se composait de deux jolies cravates qui étaient si délicates, qu’elles auraient passé à travers le trou d’une aiguille, de quatre mouchoirs brodés à tous les coins, et d’un ravissant petit bonnet de coton.
La reine des fées lui fit en outre des cadeaux magnifiques qu’elle tira d’une cassette que son nain avait toujours sous le bras, et en cela, toute reine des fées qu’elle était, j’oserai dire qu’elle pouvait bien avoir tort, car elle risquait de donner à Tommy, qui était pauvre, le goût des richesses, un des goûts les plus dangereux qu’on puisse avoir quand on n’a rien pour le satisfaire. Toujours est-il qu’elle lui donna, pour remplacer le sabot dans lequel elle l’avait trouvé couché, un berceau fait avec une coquille d’œuf qui provenait de cette poule qui ne pondait que des œufs d’or. Les rideaux étaient tissus de fils de soie entremêlés de fils d’argent, et parsemés d’étoiles de diamants qui dessinaient, en caractères lisibles, l’histoire de tous les enfants célèbres depuis le commencement du monde.
Des mies et des berceuses étaient occupées du soir au matin, et du matin au soir, à bercer le petit Pouce, et des colibris perchés sur le baldaquin faisaient entendre, pour l’endormir, des chansons dont voici à peu près le sens :
DO DOL’ENFANT DO,L’ENFANT DORMIRATANTÔT.Mais celles-ci avaient beau bercer, et ceux-là avaient beau chanter, le petit Tom, que toutes ces cérémonies impatientaient, ne dormait guère dans son riche berceau ; et, ce qui prouva bien qu’il devait être un jour un garçon de sens, c’est qu’il semblait préférer le sabot dans lequel on l’avait mis avant l’arrivée de la fée sa marraine, et qu’il ne s’endormait guère que quand on l’y couchait. Il s’ensuivit que petit à petit le beau berceau fut relégué dans une armoire où il resta comme une curiosité.
Quant aux berceuses, voyant qu’elles n’avaient plus rien à bercer, elles s’en allèrent ; et quant aux colibris, ils disparurent à la grande satisfaction du père et de la mère de Tommy, dont les goûts simples s’accommodaient mal de ces colifichets.
Ce fut donc dans son sabot que Tom grandit, ou plutôt qu’il ne grandit pas. Mais si sa taille resta la même, son intelligence fut si précoce, que ses parents ne souhaitèrent jamais qu’il fût plus grand.
Sa mère guida ses premiers pas, et elle le fit avec tant d’habileté, que bientôt Tom put marcher tout seul, et qu’il n’usa pas beaucoup de lisières.