Chapitre 8
Trois semaines passent dans un tourbillon de passion et de découvertes.
Matthieu et moi trouvons notre rythme. Nos matinées commencent souvent chez lui, avec des petits-déjeuners élaborés qu'il insiste pour préparer. Nos soirées se terminent invariablement dans le lit de l'un ou de l'autre, nos corps enchevêtrés, incapables de rester séparés.
Mais ce n'est pas que du sexe. C'est aussi des longues conversations à trois heures du matin. Des fous rires pour des bêtises. Des silences confortables où nous existons simplement ensemble.
Je découvre ses petites manies : comment il range ses couteaux par taille parfaite, sa façon obsessionnelle de goûter chaque plat exactement trois fois avant de le servir, son habitude de fredonner en cuisinant.
Et lui découvre les miennes : ma façon de lire la fin des livres en premier, mon addiction au café glacé même en hiver, comment je réorganise compulsivement mes applications par couleur.
C'est domestique et intense à la fois. Terrifiant et merveilleux.
Mais il y a aussi des complications.
Un jeudi soir, Chloé insiste finalement pour rencontrer l'homme qui a transformé sa meilleure amie en une créature rayonnante et perpétuellement distraite.
— Tu ne parles que de lui, dit-elle au téléphone. Il est temps que je vérifie qu'il est à la hauteur.
— Chloé, tu l'as déjà vu en photos...
— Les photos mentent. Je veux le voir en personne. Jauger ses intentions. M'assurer qu'il est digne de toi.
Je ris, mais j'accepte. Samedi soir. Dîner chez Matthieu.
Quand je lui en parle, il a l'air... nerveux ?
— Ta meilleure amie, répète-t-il en passant une main dans ses cheveux. C'est une grosse étape.
— Tu as peur de Chloé ? Le grand chef trois étoiles a peur d'une responsable marketing de un mètre soixante ?
— Elle compte pour toi. Son opinion compte. Donc oui, je suis nerveux.
Quelque chose se réchauffe dans ma poitrine à cette admission.
— Elle va t'adorer. Comment pourrait-elle ne pas ?
Il m'attire contre lui, ses mains glissant sous mon chemisier.
— Continue comme ça et on ne sortira jamais de ce lit.
— Ce serait si terrible ?
Son sourire devient prédateur.
— Terrible ? Non. Mais j'ai un restaurant à gérer et toi un travail. Même si j'aimerais te garder ici, nue, à ma disposition.
— Possessif.
— Avec toi ? Absolument.
Le samedi arrive, et Matthieu est dans tous ses états. Il a changé le menu trois fois, réorganisé son salon deux fois, et vérifie obsessionnellement que tout est parfait.
— Matthieu, je dis doucement en posant mes mains sur ses épaules. Respire. Ce n'est que Chloé.
— Ce n'est pas *que* Chloé. C'est ton cercle intime. Si elle ne m'aime pas...
— Elle t'aimera. Et même si ce n'était pas le cas, ça ne changerait rien entre nous.
Il me regarde, et je vois la vulnérabilité dans ses yeux.
— Vraiment ?
— Vraiment. Mais fais-moi confiance, elle va t'adorer.
La sonnette retentit, et Matthieu se raidit comme s'il se préparait à une bataille. J'ouvre la porte, et Chloé se tient là avec un sourire radieux et une bouteille de vin. Mais elle n'est pas seule.
À côté d'elle se tient un homme grand et séduisant, cheveux blonds, sourire charmeur.
— Surprise ! chantonne Chloé. J'ai amené un plus un. Léa, Matthieu, voici Alexandre. Alex, voici ma meilleure amie et son nouveau mec mystère.
Matthieu s'avance avec un sourire poli, tendant la main.
— Enchanté, Alexandre. Bienvenue.
Mais je vois la tension dans ses épaules. Il n'aime pas les surprises.
Nous nous installons au salon, et Chloé monopolise immédiatement la conversation, posant à Matthieu mille questions sur le restaurant, sa carrière, sa vie. Il répond avec grâce, mais je sens son malaise.
Alexandre, pendant ce temps, ne cesse de me regarder. Pas de façon déplacée, mais avec un intérêt évident qui fait visiblement grincer des dents Matthieu.
— Alors Léa, dit Alex pendant que Matthieu est à la cuisine. Chloé m'a beaucoup parlé de vous. Elle dit que vous êtes brillante en marketing.
— Elle exagère.
— Je ne pense pas. J'ai justement une opportunité qui pourrait vous intéresser. Mon entreprise cherche un directeur marketing. Le salaire est excellent, les avantages aussi.
— Oh, je ne cherche pas vraiment...
— Réfléchissez-y au moins. Voici ma carte.
Il me tend une carte de visite, et c'est à ce moment que Matthieu revient avec des amuse-bouches. Son regard se durcit en voyant Alexandre penché vers moi.
— Le dîner est presque prêt, annonce-t-il d'un ton un peu trop sec.
Le repas qui suit est délicieux, comme toujours. Matthieu s'est surpassé. Mais l'atmosphère est étrange, tendue. Alexandre continue de monopoliser mon attention, me posant des questions sur mon travail, mes ambitions. Chloé encourage la conversation, ne remarquant apparemment pas la mâchoire crispée de Matthieu.
— Ce saumon est incroyable, commente Alex. Vous êtes vraiment doué, Matthieu.
— Merci.
Le mot est poli mais glacial.
— Léa a de la chance d'avoir un homme qui cuisine comme ça. Mon ex ne savait même pas faire bouillir de l'eau.
Il rit, et Chloé se joint à lui. Mais Matthieu reste de marbre.
Après le dessert, Chloé et Alexandre s'excusent pour fumer sur le balcon, nous laissant seuls.
— Qu'est-ce qui ne va pas ? je demande immédiatement.
— Rien.
— Matthieu...
— Qui est-ce, ce type ? Et pourquoi te drague-t-il ouvertement sous mon toit ?
— Il ne me drague pas. Il est juste amical.
— Amical ? Il n'a pas arrêté de te regarder de toute la soirée. Et cette histoire d'offre d'emploi ? S'il te plaît.
Je cligne des yeux, surprise par la véhémence de sa réaction.
— Tu es jaloux.
— Évidemment que je suis jaloux ! Un type canon débarque chez moi, te fait des yeux doux, et t'offre le job de tes rêves. Qu'est-ce que tu attends de moi ?
— Que tu me fasses confiance.
Le silence qui suit est lourd. Matthieu passe une main sur son visage, soudain épuisé.
— Tu as raison. Pardon. C'est juste... tu es la meilleure chose qui me soit arrivée. L'idée de te perdre me terrifie.
Je m'approche de lui, prenant son visage entre mes mains.
— Tu ne me perdras pas. Pas à cause d'Alexandre ou de qui que ce soit d'autre. Je suis avec toi parce que je le veux. Parce que tu me rends heureuse.
Il m'embrasse, profondément, désespérément, comme pour se rassurer.
— Je t'aime, murmure-t-il contre mes lèvres.
Mon cœur s'arrête.
— Quoi ?
Il recule légèrement, ses yeux plantés dans les miens.
— Je t'aime, Léa. Je sais que c'est rapide. Je sais que ça fait peur. Mais c'est la vérité. Je t'aime. Je crois que je t'aime depuis le moment où je t'ai vue à ta fenêtre.
Les larmes montent à mes yeux.
— Matthieu...
— Tu n'as pas à répondre. Pas maintenant. Je voulais juste que tu saches. Que tu comprennes pourquoi je deviens fou à l'idée que quelqu'un d'autre pourrait...
Je l'interromps en l'embrassant, versant toute mon émotion dans ce b****r.
— Moi aussi, je murmure quand nous nous séparons enfin. Je t'aime aussi. C'est fou et terrifiant et trop rapide, mais c'est vrai. Je t'aime.
Son sourire illumine tout son visage. Il me soulève, me faisant tournoyer, et je ris à travers mes larmes.
— Dis-le encore, ordonne-t-il.
— Je t'aime.
— Encore.
— Je t'aime, Matthieu Beaumont. Complètement. Éperdument.
Il m'embrasse à nouveau, et c'est différent cette fois. C'est une promesse. Un engagement.
La porte du balcon s'ouvre, et Chloé et Alexandre reviennent. Chloé nous voit, enlacés, et son sourire devient rayonnant.
— Enfin ! s'exclame-t-elle. Je pensais que vous ne le diriez jamais !
Plus tard, après le départ de Chloé et Alexandre, Matthieu et moi nous retrouvons dans son lit, nos corps nus enchevêtrés.
— Alors, verdict ? je demande. Chloé a passé le test ?
— Elle est géniale. Un peu intense, mais elle t'aime clairement.
— Et Alexandre ?
Sa mâchoire se crispe.
— Il te voulait.
— Matthieu...
— Non, laisse-moi finir. Il te voulait, mais il a aussi compris très vite que tu n'étais pas intéressée. La façon dont tu me regardais... tout le monde pouvait voir que tu étais à moi.
— Possessif, je murmure en traçant des cercles sur son torse.
— Avec toi ? Toujours. Tu es à moi, Léa Dubois. Mon cœur, mon obsession, mon tout.
— Et toi, tu es à moi.
— Corps et âme.
Il se positionne au-dessus de moi, ses yeux sombres brûlant d'intensité.
— Laisse-moi te le prouver. Encore et encore.
Et il le fait, nous perdant dans le plaisir jusqu'à ce que l'aube pointe à l'horizon.