Chapitre 4 : La Rencontre

1061 Mots
Espérance Le soir arriva plus vite que prévu. J'avais tenté de repousser l'idée de ce dîner, de trouver une excuse, de me convaincre que je n'étais pas obligée de suivre cette étrange invitation. Mais chaque tentative semblait vaine. Le papier qu'il m'avait donné reposait toujours sur mon bureau, à côté de mon carnet, comme un rappel incessant, un avertissement silencieux que je ne pouvais ignorer. À huit heures précises, alors que je me tenais devant le miroir, je me rendis compte que je n'avais pas le choix. Ce dîner n'était pas une simple invitation, c'était une étape, une porte que je devais franchir. Mais ce qui me perturbait le plus, c'était la raison pour laquelle je sentais une inexplicable nécessité d’y aller. Chaque fibre de mon être me hurlait de fuir, et pourtant, je ne bougeais pas. Je choisissais une robe noire simple mais élégante, celle que je gardais pour des occasions spéciales, bien que cette occasion ne le fût pas vraiment. Mon regard se posa un instant sur mon reflet dans le miroir. Mon visage, marqué par l'angoisse, contrastait avec la tranquillité apparente de mes traits. Qu’est-ce qu’il voulait vraiment ? Je ne me permis pas de réfléchir plus longtemps. Le temps pressait. --- Le restaurant qu'il m’avait indiqué se trouvait dans un quartier chic de la ville, à l’écart des rues animées, au bout d’une ruelle discrète. Il était tout ce que je n’aurais jamais imaginé : moderne, élégant, avec une atmosphère feutrée et intime. Dès que je franchis la porte, l’air sembla se charger de promesses et de secrets. Les lumières tamisées et les rideaux de velours créaient un cocon où l’intimité semblait être la seule règle. Je n’eus même pas besoin de chercher. Brett était déjà là, installé à une table dans un coin tranquille, presque invisible, mais où il pouvait observer chaque mouvement autour de lui. Dès qu’il m'aperçut, ses yeux se posèrent sur moi avec cette même intensité presque dérangeante. Je m’avançai lentement, mon cœur battant la chamade. Son regard, comme la première fois, semblait percer mon âme. Et bien que j’essayai de me convaincre que je ne voulais pas être là, une étrange attraction persistait en moi, comme une force invisible qui me poussait à avancer. — "Bonsoir, Espérance," dit-il simplement lorsqu’on se retrouva face à face. Il se leva alors pour me faire une place. Un geste galant, mais avec une froideur contrôlée, comme si tout cela faisait partie d’un plan qu’il avait déjà en tête. Je m’assis sans dire un mot, trop troublée pour réagir. Le serveur arriva presque immédiatement, et Brett commanda un vin rouge sans même me consulter, comme s’il connaissait déjà mes goûts, mes préférences. — "Vous avez trouvé l’endroit facilement ?" demanda-t-il d’une voix calme, presque douce. Je hochai la tête, essayant de garder mon calme. — "C’est… très joli ici," répondis-je, tentant de paraître normale, mais je savais bien que la réalité était bien plus complexe. Je me sentais comme une intruse dans un monde qui n’était pas le mien. Brett sourit légèrement, et son regard devint encore plus perçant. Il semblait savourer chaque instant de cette rencontre. — "Je suis content que ça vous plaise." Il marqua une pause, ses yeux ne quittant pas les miens. "Ce soir, je vous explique tout, Espérance." Il n’avait pas l’air de demander mon avis, mais quelque chose dans son ton suggérait qu’il savait que, tôt ou tard, je l'écouterais. Il attendit un moment, juste assez pour que le silence entre nous devienne lourd, presque palpable. — "Je suis ici pour vous, Espérance," dit-il enfin, la voix plus basse. "Pas pour vous effrayer, ni vous manipuler. Vous êtes bien plus que ce que vous croyez." Je détournai brièvement le regard, mais je ne pouvais pas échapper à son emprise. "Qu’est-ce que vous voulez dire ?", demandai-je, ma voix presque inaudible, tremblante d'incertitude. Brett posa son verre avec une lenteur presque surnaturelle, puis s’appuya légèrement sur la table, se penchant vers moi. — "Vous n’êtes pas une simple libraire, Espérance. Vous n’êtes pas simplement un pion dans un jeu que vous ne comprenez pas. Vous êtes quelqu’un d’essentiel." Je le regardai, complètement perdue. "Essentiel à quoi ?" Il laissa échapper un petit rire, mais ce rire ne correspondait pas à l’homme qu’il semblait être. C’était un rire qui cachait un secret, une vérité qu’il ne pouvait pas encore révéler entièrement. — "Essentiel pour l’avenir, Espérance. Le vôtre. Le mien. Et celui de bien d’autres." Je me sentais de plus en plus déstabilisée. Je voulais quitter cette table, partir en courant, mais une force invisible me retenait. Une curiosité irrésistible. Qu’avait-il à me dire ? Pourquoi m’avait-il choisie ? Le vin arriva alors, et Brett prit son verre, le levant doucement, comme s’il attendait un geste de ma part. Je n’eus d’autre choix que de lever le mien également, bien que je ne comprenne toujours pas les raisons de cet échange. — "Santé," dit-il simplement, avant de boire. Je suivis le geste, le regard toujours rivé sur lui, cherchant à déchiffrer quelque chose dans ses yeux. Mais il n'y avait rien. Il était impénétrable, comme une mer calme en apparence, mais dont la profondeur cachait des secrets terrifiants. Le dîner se déroula dans un silence presque solennel. Nous mangeâmes, mais les mots furent peu nombreux. Brett ne semblait pas pressé. Il laissait la tension s’accumuler, construisant un mur invisible entre nous, un mur que seule la vérité pourrait briser. Quand le repas fut terminé, Brett s’attarda encore un moment sur sa chaise, son regard contemplatif. Puis il se leva lentement, et sans un mot, se dirigea vers la porte. Je me levai à mon tour, prête à le suivre. Je savais qu’il était temps, que quelque chose allait se produire, que cette soirée ne pouvait pas finir ainsi. Il m’adressa un dernier regard, comme si tout était déjà écrit. Puis, il se tourna vers moi et murmura : — "Ce n’est que le début, Espérance. Vous avez fait un premier pas. Mais vous n’avez pas encore vu ce qui vous attend." Et, avant que je n’aie pu répondre, il sortit du restaurant, me laissant là, avec plus de questions que de réponses. Mais une chose était certaine : il n’allait pas me laisser partir. Il m’avait déjà marquée. Et le pire, c’était que je ne savais pas encore si je le voulais.
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