L’élixir du révérend père Gaucher « Buvez ceci, mon voisin ; vous m’en direz des nouvelles. » Et, goutte à goutte, avec le soin minutieux d’un lapidaire comptant des perles, le curé de Graveson me versa deux doigts d’une liqueur verte, dorée, chaude, étincelante, exquise... J’en eus l’estomac tout ensoleillé. « C’est l’élixir du père Gaucher, la joie et la santé de notre Provence, me fit le brave homme d’un air triomphant ; on le fabrique au couvent des prémontrés, à deux lieues de votre moulin... N’est-ce pas que cela vaut bien toutes les chartreuses du monde ?... Et si vous saviez comme elle est amusante, l’histoire de cet élixir ! Ecoutez plutôt... » Alors, tout naïvement, sans y entendre malice, dans cette salle à manger de presbytère, si candide et si calme avec son chemin de croi


