N’importe quelle autre femme aurait pu être dissuadée ou découragée, mais Amelia n’était pas arrivée si près du but pour abandonner maintenant. Elle comptait bien assumer sa suggestion et laisser la balle dans le camp de Lucas.
— Plonger avec des palmes et un tuba. Si on va faire une randonnée vers le côté nord de l’île, tu verras que l’eau et les poissons sont incroyables. Si on a de la chance, on pourra voir des tortues de mer, aussi. On n’a pas besoin de s’éloigner beaucoup de la plage.
Il fit ce truc avec sa langue et sa lèvre inférieure qui la rendait folle.
— Ouais. Cool. Bonne idée. Quelle heure ?
Amelia voulait passer toute la journée avec lui, et le soleil taperait trop fort en milieu de journée pour rester trop longtemps dans l’eau.
— Il vaut mieux y aller le matin, si tu arrives à sortir du lit. 9 heures ?
Pile poil à cet instant, son téléphone sonna. Par habitude, elle l’avait emporté avec elle sur la terrasse. Elle jeta un coup d’œil à l’écran et sut qu’elle devait décrocher. Elle ne voulait pas interrompre sa soirée avec Lucas, mais c’était l’un de ses candidats pour Market Deal, quelqu’un avec qui elle échangeait depuis quelques jours.
— Tu vas devoir m’excuser. Il faut que je décroche. Tu peux partir, si tu veux. On se voit demain matin.
Elle se leva de sa chaise longue et appuya sur le bouton pour répondre.
— Allô ? Stephen ?
— Mes plus respectueuses salutations à votre endroit, mademoiselle Stewart. Je suis tellement content de vous avoir, répondit Stephen Gray.
— Moi aussi. J’étais impatiente de discuter avec vous.
Amelia rentra dans la maison, mais un détail l’empêcha d’aller plus loin : la main de Lucas sur son épaule. Elle se figea, mais juste parce que ce simple contact noya ses pensées. Le pouvoir qu’il avait sur elle était immense. Si quelque chose finissait par se passer entre eux, elle risquait de se consumer.
— Hé. Je me disais qu’on passait une bonne soirée, dit Lucas en fusillant son téléphone du regard. Mais là j’ai l’impression que tu me jettes pour quelqu’un d’autre.
Amelia replaqua le téléphone sur son oreille.
— Stephen, vous pouvez attendre une minute ? Il faut que je m’occupe d’un truc.
— Bien sûr, répondit Stephen.
— Je te remercie. Je promets que ça ne prendra qu’une minute.
Elle appuya sur le bouton « mute » sur l’écran.
— On était entrain de passer une soirée sympa, sauf que toutes les bonnes choses ont une fin, n’est-ce pas ?
Elle n’avait aucune envie de repousser Lucas, en revanche cet appel était extrêmement important. Pas juste pour elle. Joyce comptait sur elle.
— C’est vrai, mais c’est toi qui disais à ton frère combien il est important de se détendre pendant ton séjour ici. J’ai complètement éteint mon téléphone. Il est dans mon bungalow.
— C’est pour le travail, d’accord ?
Cependant elle réalisa tout d’un coup que ce n’était pas simplement le travail. C’était pour Market Deal, et Lucas ne la pardonnerait probablement jamais s’il découvrait qu’elle travaillait pour eux. Elle n’avait pas eu trop de mal à justifier la décision de faire affaire avec MD quand Lucas se trouvait à l’autre bout du pays. Après tout, cela faisait quinze ans que Thompson Young était parti avec l’argent, et les cadres actuels de l’entreprise n’étaient pas comme lui. Mais, maintenant qu’elle et Lucas n’étaient qu’à quelques centimètres l’un de l’autre et que son esprit était envahi de souvenirs depuis qu’elle l’avait revu, elle comprenait à quel point il pourrait se sentir trahi s’il découvrait la vérité.
— Il est 21 h 30.
— J’en ai bien conscience. Mes coups de fil pro tombent à des heures inhabituelles, parfois. Je suis désolée, mais il faut vraiment que je prenne celui-là. Alors tu peux rester ou partir, mais je dois te laisser quelques minutes.
Lucas fit un oui de la tête, mais n’avait pas l’air dans son assiette.
— Cool. Je vais ranger la cuisine pendant que tu discutes.
Mince. Amelia savait qu’elle ne pourrait pas parler à Stephen si Lucas se trouvait dans la même pièce, et elle prenait le risque qu’il la rejoigne si elle retournait sur la terrasse.
— Parfait. Je vais prendre l’appel dans ma chambre.
Sans donner d’autres explications, elle s’esquiva dans sa chambre et ferma la porte.
— Stephen. Je suis vraiment désolée.
— Pas de problème, mademoiselle Stewart.
— S’il vous plaît. Appelez-moi Amelia.
— D’accord, Amelia. J’ai arrangé mon emploi du temps pour être de retour à Rentals pour un entretien la semaine prochaine. Je rentrerai la veille.
Amelia aimait le côté organisé de Stephen.
— Parfait. Et vous êtes sûr que l’idée de travailler pour cette entreprise en particulier ne vous dérange pas ?
Elle avait de grand doute sur le fait que Lucas écoute à sa porte, mais elle espérait vivement qu’il ne le faisait pas. Elle n’avait pas l’intention de blesser Lucas quand elle avait accepté l’accord avec MD. Elle essayait juste de sauver sa boîte.
— En effet. Je connais leur histoire. C’est assez fou, tout ce qui s’est passé avec la famille Young, et bien entendu je n’aime pas du tout le fait que Thompson Young ait ruiné tant de familles. Mais peut-être que c’est pour ça qu’ils ont besoin de quelqu’un comme moi pour tenir la barre.
— Excellente attitude. Ils ont vraiment mis tout ça derrière eux et se concentrent sur l’avenir. Ce poste est la chance d’une vie. Personne n’imaginait que la place de directeur revienne à quelqu’un d’extérieur à la famille.
Amelia prit une grande inspiration, étonnée d’arriver à éviter de prononcer le nom de David Young.
— Je suis d’accord. C’est une excellente opportunité. Je suis impatient d’être à cet entretien et de vous rencontrer enfin en personne.
— Super. Je suis aux Bahamas actuellement pour rendre visite à de la famille, mais nous nous verrons à Rentals la semaine prochaine. Bonne nuit, Stephen.
— Je vous souhaite de merveilleuses vacances. Bonne nuit.
Amelia raccrocha et fixa la porte de sa chambre un instant. Elle avait le sentiment de marcher sur le bord d’une falaise. Cette collaboration avec Market Deal était cruciale pour la réussite de son entreprise, et elle avait promis à Joyce qu’elle assurerait la première mission que MD leur avait donnée. Mais elle connaissait aussi personnellement les désastres qu’avait infligés MD et savait comment Lucas se sentirait quand il apprendrait qu’elle travaillait pour eux. Cela allait saboter ses espoirs romantiques, mais elle se rappela qu’une relation éventuelle avec Lucas ne se poursuivrait pas à long terme. Il voulait le côté physique, mais sans l’engagement émotionnel. Oui, elle mettait en danger leur amitié, mais elle savait que celle-ci pourrait être raccommodée. Si besoin, elle pourrait demander à George de parler à Lucas et lui dire que cette histoire avec Market Deal était purement professionnelle. Un proche n’aurait aucun mal à accepter cela.
Elle ouvrit la porte et retourna dans la pièce principale. Lucas essuyait l’un des plats peints à la main qu’elle avait utilisés.
— Tadaaa..me revoilà. Je suis désolée.
— Mais non, ne sois pas désolée. Je n’aurais pas dû me comporter bizarrement. Tu as des choses à faire. J’ai compris.
— C’est gentil. J’apprécie.
Lucas posa l’assiette propre et s’appuya contre le comptoir de la cuisine.
— Il est sympa ?
— Quoi ?
— Le gars à qui tu parlais. Vous aviez l’air plutôt copains. Je me suis dit que vous deviez être rien que tous les deux au bureau.
L’espace d’un moment, Amelia eut du mal à comprendre la question qu’il lui posait, mais elle réalisa qu’il y avait une petite chance que Lucas soit jaloux. Cela semblait tellement incongru par rapport à sa personnalité que ça ne semblait pas coller. Il pouvait avoir toutes les femmes qu’il voulait. Et il l’avait repoussée la fois où ils s’étaient embrassés.
— C’est un type super, en fait. Très intelligent. Et charmant aussi.
— Ah ouais ? Il pourrait y avoir quelque chose entre vous ?
Peut-être qu’il n’était pas jaloux, mais juste curieux, ce qui la rendait à la fois nerveuse et euphorique.
— Je déteste te décevoir, mais non. Il s’agit tout juste d’une recrue. Rien de plus que ça.
— Oh. D’accord.
Elle le fixa un moment et il la regarda aussi. Mon Dieu, elle éprouvait un désir urgent de lui montrer la raison pour laquelle un homme comme Stephen Gray n’était pas ce qu’elle voulait. Si seulement elle pouvait plaquer Lucas contre ce comptoir et l’embrasser jusqu’à l’oubli, passer les mains dans ses cheveux et lui montrer combien elle avait envie de lui. Elle voulait tout lui dire : qu’elle avait rêvé de lui des centaines de fois et qu’il fallait qu’il sorte de sa vie. Être aussi proche de lui et savoir qu’elle ne pouvait rien faire mettait à l’épreuve le peu de résolution qui lui restait. Cependant il lui fallait tenir le coup. Il n’était pas question qu’elle fasse le premier pas.
— Je devrais peut-être y aller, dit Lucas, qui détourna finalement le regard. Et arrêter de t’embêter.
— Tu ne m’embêtes pas, Lucas. C’est amusant. Je pourrais parler avec toi toute la nuit.
Elle fit de son mieux pour cacher le ronronnement doux dans sa voix qui indiquait qu’elle voulait secrètement l’attirer dans sa chambre.
— J’ai besoin d’une bonne nuit de sommeil si on va randonner demain.
Demain. Amelia était impatiente d’y être. Le lendemain, elle aurait une autre chance de montrer à Lucas qu’elle était une femme. Il en avait connu tellement, alors pourquoi pas elle ? Pourquoi ne pourrait-elle pas au moins y goûter ?
— Très bien je suis d’accord pour la randonnée.
Il se décolla du comptoir et se dirigea vers la porte qui donnait sur la terrasse. Amelia le suivit, tourmentée et attirée par tout chez lui.
— Merci pour le dîner. Il était super.
Il passa les mains dans ses cheveux épais avec un air quelque peu partagé. Cela la consolait. Elle était elle-même déchirée.
— Avec grand plaisir.
Il se pencha et déposa un petit bisou sur sa joue. Cela arriva si vite qu’elle n’eut pas le temps de saisir ses bras, de le tirer vers elle ou simplement de regretter que ce ne soit pas un vrai b****r. Cela ne fit qu’accroître son désir d’avoir tout ce qu’elle ne pouvait pas obtenir.
— À demain matin.
— Ouais. Compris.
Elle ne s’arrêta pas de le fixer jusqu’à ce qu’il disparaisse dans la nuit sur la plage déserte. Elle se sentait mal à l’idée de le voir partir sans lui en avoir donné plus, mais elle avait toujours ressenti ça avec Lucas. Le désir ne disparaîtrait peut-être jamais. Cette question n’allait peut-être jamais avoir de réponse. Néanmoins, elle désirait au plus profond d’elle qu’il finisse par avoir le cran d’être celui qui leur permettrait de sortir de cette impasse. A ce rythme-là, elle n’allait pas pouvoir tenir bien longtemps.
***
Lucas fut réveillé par les rayons du soleil, alors que les idées n’avaient pas encore fini de bouillonner dans sa tête. Rien qu’à l’idée de passer la journée avec Amelia, il était excité. Faire de la plongée avec une amie semblait sympa et il s’amusait bien trop rarement. Mais, la veille, il l’avait vraiment échappé belle. Il avait eu tellement envie d’embrasser Amelia qu’il avait proposé de nettoyer la cuisine… Et ce n’était pas ce qu’il aimait faire le plus.
Pourquoi diable ne succombait-il pas ? Par le passé, il avait toujours été un mec direct et jamais timide. Sa plus grande peur était que George les découvre, même si, selon toute probabilité, Lucas et Amelia pouvaient faire ce qu’ils voulaient sans craindre les conséquences. Sauf que la culpabilité allait le ronger à mort. La trahison était pour lui l’un des pires actes possibles. La confiance pour lui est et demeure quelque chose de très sacré. Il l’avait appris à ses dépens quand il était adolescent et que sa famille s’était déchirée. Tout ce sur quoi il comptait (la stabilité de sa famille et, plus important encore, le mariage de ses parents) avait été chamboulé. Il avait réalisé alors à quel point il avait besoin de pouvoir avoir confiance en quelqu’un ou quelque chose. Mais ce devait être à double sens : on devait pouvoir lui faire confiance. Céder à son désir pour Amelia donnerait à George toutes les raisons du monde de se sentir trahi. Il n’avait jamais entaché leur amitié et ne voulait pas commencer aujourd’hui.
Sauf qu’il supposait beaucoup de choses. Le fait qu’Amelia l’ait embrassé une fois ne voulait pas dire qu’elle voulait recommencer. Elle avait pris cet appel la veille et semblait vouloir prendre ses distances. Elle avait dit que c’était pour le travail, mais Lucas n’était pas convaincu. Pourquoi se cacher dans une autre pièce et fermer la porte ? Elle était recruteuse, pas agent du FBI sous couverture. À l’évidence, un nouveau mec s’intéressait à elle, ce qui n’aurait absolument pas dû le surprendre. Ou peut-être que c’était elle qui s’intéressait à lui. Il pouvait l’imaginer aussi.
Ressaisis-toi, Lucas. Ressaisis-toi, bon sang. Amelia était son amie. La veille, ils avaient partagé un dîner amical. Aujourd’hui, ils partaient à l’aventure. C’était censé être amusant. Platonique. Rien de plus.
Il se passa sur le corps de la crème solaire, enfila son short de bain et rejoignit Amelia à son bungalow. Elle était sur sa terrasse, encore au téléphone. Il lui fit signe et, même si elle lui retourna le geste, elle se leva précipitamment de sa chaise longue et enfonça un doigt dans son oreille libre avant de rentrer. Peut-être que c’était encore pour le travail. Il n’avait pas réalisé qu’Amelia était aussi occupée, mais cela allait bien avec sa personnalité. Il y avait quand même une chance que ce soit un homme. Ce serait une explication plausible. Il traîna près de la piscine le temps qu’elle finisse sa conversation, en prenant de grandes respirations et en admirant la mer qui léchait la plage.
— Salut. Excuse-moi, dit Amelia en ressortant.
Elle avait opté pour son sarong de la dernière fois et, à travers le tissu fin, il devinait qu’elle portait le même bikini.
Il priait pour trouver la force. Énormément de force.
— Tout va bien ? Ce n’était pas George qui t’embêtait encore ?
Elle afficha un sourire radieux qui le calma, mais lui provoqua un frisson.
— Non. Même s’il m’a rappelée hier soir. Il n’arrête pas de me dire de surveiller la météo. Et de me méfier de toi.
Lucas regarda vers le ciel.
— Encore une magnifique journée au paradis. Et je pense qu’on a démontré hier soir qu’on n’a pas de souci à se faire pour quoi que ce soit d’autre.
— On est d’accord ? Il faut vraiment qu’il trouve un passe-temps.
— Je pourrais le calmer et lui dire de bosser, mais je me suis promis de ne pas rallumer mon téléphone tant que je suis ici, dit Lucas en lui jetant un regard appuyé. Peut-être que tu devrais essayer de faire pareil.
Après un bref regard sur son téléphone, elle hésita.
— Tu sais quoi ? Je pense que c’est une bonne idée. J’ai déjà parlé à mon associée aujourd’hui, et honnêtement je crois que ça fera du bien à George de ne pas pouvoir nous joindre pendant quelques jours. Le laisser se poser des questions sur ce qui se passe.
Elle agita les sourcils avec un air taquin.
Lucas sentit son estomac se nouer. Il ne voulait pas que George s’inquiète, mais il ne pourrait pas l’empêcher, avec ou sans contact téléphonique avec sa sœur.
— Prête ?
— Oui. Mon oncle a fait déposer de l’équipement de plongée pour nous il y a une heure.
Elle attrapa deux sacs en filet qui étaient posés sur le sol de la terrasse à côté de la porte.
— Il me faut juste un léger coup de main pour appliquer de la crème solaire sur mon dos avant qu’on aille dans l’eau. Et je suis sûre que toi aussi.
En effet, c’était la seule zone que Lucas n’avait pas pu atteindre. Il envisagea d’accepter la possibilité d’attraper un coup de soleil, mais on ne plaisante pas avec le cancer de la peau.
— T’as raison.
Il suivit Amelia dans son bungalow, où un flacon de crème SPF 50 était posé sur le comptoir de la cuisine.
— Je vais m’occuper de toi en première position. Retourne-toi, dit-elle.
Lucas déglutit en pensant qu’ils allaient « s’occuper » l’un de l’autre, mais suivit la directive d’Amelia. Il l’entendit verser de la crème dans ses mains et, même s’il s’y attendait, il tressaillit quand elle le toucha.
— C’est froid ? demanda-t-elle en commençant à étaler la crème sur son dos et ses épaules.
— Non. Non. C’est parfait.
Il dut se résoudre à clore ses yeux pour essayer d’oublier la sensation agréable de ses mains sur sa peau. C’était ce qu’il avait désiré, même un instant, le soir où elle l’avait embrassé. Ils étaient alors tout habillés. Mais pas cette fois. Non seulement ils étaient presque nus, mais en plus ils étaient seuls et toute une journée ensoleillée les attendait. Il essaya de se calmer, mais cela le poussa à se concentrer encore plus sur ses sensations physiques. Les mains d’Amelia étaient magiques et descendaient sur son dos jusqu’à sa taille. Il l’entendit encore déposer de la crème dans ses mains avant de l’essuyer en cercle dans le creux de son dos.
— Tu es prêt à partir, dit-elle en lui tendant le flacon. À moi.
Il se retourna et constata qu’elle avait retiré son sarong. Il se retrouvait donc face à elle avec ce minuscule bikini noir. Elle pivota à cent quatre-vingts degrés pour lui montrer son dos et rassembla ses cheveux pour les remonter sur sa tête. Il fit de vains efforts pour avoir des pensées chastes, mais c’était impossible. Chaque cellule de son être voulait dénouer son haut et embrasser sa nuque, prendre sa main et l’emmener dans sa chambre.
Lorsqu’il la toucha à l’épaule pour un tout premier contact, ce fut assez innocent. Sa peau était incroyablement douce et encore plus nacrée avec la crème, mais il pouvait faire avec. Le second contact, au milieu de son dos, provoqua une augmentation indéniable de la tension dans son corps. L’attache de son maillot de bain était juste là, à quelques millimètres de ses doigts, et tout chez elle l’invitait à aller plus loin. Mais au troisième contact, dans le bas de son dos, juste au-dessus de son bas de bikini… ce fut aussi sensuel que ce que Lucas avait imaginé hier quand il s’était fait plaisir tout seul pour se soulager.
— N’oublie pas un seul endroit, dit-elle en regardant par-dessus son épaule.
Il n’y avait pas de danger. Il n’allait pas manquer le moindre centimètre carré. Impatient de partir en randonnée et de découvrir la plongée, et surtout de se sortir de cette situation, il termina aussi vite mais aussi consciencieusement que possible.
— Et voilà.
— Merci. Laisse-moi juste prendre un chapeau.
Elle s’en alla puis revint quelques secondes plus tard.
Ils s’en allèrent dehors puis s’éloignèrent de leurs bungalows en suivant la plage. Au début, leur randonnée ressemblait à une promenade tranquille sur le sable, mais la côte devint rapidement rocheuse par endroits ; ils durent marcher avec de l’eau jusqu’aux genoux, voire jusqu’à la taille pour les passages les plus délicats. Parfois, ils pénétraient dans les terres et rejoignaient des chemins dans la forêt.
— Bien sûr, tu sais où tu vas ? demanda Lucas, qui suivait Amelia sur un sentier étroit sous les arbres dont l’ombre était plus que bienvenue. On n’a pas vu une seule personne ni une habitation depuis qu’on est partis.
— Ouais. Je connais ce parcours comme ma poche. Je te garantis. George et moi l’avons fait une centaine de fois quand nous étions gamins.
— Le complexe appartient à votre famille depuis si longtemps que ça ?
— Oui. À la base, il appartenait à mes grands-parents, mais c’était un peu plus rustique. Les bungalows n’étaient pas aussi luxueux. Ils n’étaient pas aussi bien équipés qu’aujourd’hui. C’est ma tante et mon oncle qui en ont fait ce que c’est aujourd’hui.
Devant eux, Lucas vit le soleil percer à travers les arbres.
— C’est par là qu’on va ?
Elle se retourna et lui adressa un grand sourire, celui qui l’empêchait de garder les idées claires.
— Ouais.
— Super.
Lucas observa les alentours dès qu’ils sortirent des bois et se retrouvèrent à nouveau sur la plage. À sa droite, la côte était encore rocheuse, avec une colline raide et couverte de végétation dense. Puis il regarda vers l’eau et repéra une minuscule île. Elle devait se trouver à une distance d’environ quatre ou cinq terrains de football. Il y avait trois palmiers, mais aucun autre signe de vie.
— Il s’agit de quoi ?
— C’est là qu’on va, si ça te dit de nager un peu. George et moi l’avons baptisée Mako Island.
— Comme le requin ? Parce que j’étais plus d’humeur à rencontrer de jolis petits poissons tropicaux colorés, aujourd’hui. Pas trop à tomber nez à nez avec des spécimens aquatiques mangeurs d’hommes.
Amelia éclata de rire.
— George était à fond sur les requins quand on lui a donné ce nom, mais ne t’inquiète pas. Je n’ai jamais rien vu d’effrayant par ici.
— Très bien. D’accord.
— Ça prendra environ vingt minutes pour l’atteindre, mais c’est facile et on aura une belle vue tout le long. Contente-toi de me suivre.
Lucas acquiesça et se retint de dire que, s’il la suivait, ce n’était pas l’océan qui lui offrirait un beau panorama mais Amelia.