***VOIX EXTERNE***
Suite à l'appel de sa sœur il y a deux jours, Vieux Maguette, le frère de Ndeye Lisoune, lui avait promis de venir passer un après-midi chez elle et le voilà.
Il avait ressenti l'urgence dans la voix de sa sœur et savait qu'il devait intervenir pour aider sa nièce, Amina, à recadrer son comportement.
Avec une détermination empreinte de responsabilité, Vieux Maguette avait pris la décision de jouer son rôle d'aîné dans la famille, se positionnant en tant que figure paternelle, à l'image de leur défunt père.
Après avoir échangé mené une discussion sur plusieurs sujets avec sa sœur et partagé un déjeuner préparé avec soin par Fifi, ils s'installèrent tous au salon, prêts à aborder le principal sujet qui les préoccupaient. Cependant, il y avait une absence notable : Amina n'était nulle part en vue.
Et pourtant, Vieux Maguette avait spécifiquement appelé sa nièce et l'attendait avec impatience. Mais le temps s'écoulait et elle ne montrait aucun signe de présence.
Fifi, qui était assise en tailleur sur le sol, préparant le thé, sentait l'agacement grandir en elle. Elle décida donc de se lever et d'aller la chercher une seconde fois.
Lorsqu'elle entra dans la chambre, elle la trouva allongée sur son lit, dans une position très peu convenable, en train de jouer sur son téléphone. Son attitude puérile ne fit qu'accentuer la déception de Fifi, qui tenta de garder son calme malgré sa lassitude.
—Amy, viens répondre à Tonton Vieux, lui dit-elle, espérant que sa nièce réagirait enfin à son appel.
Mais Amina ne daigna même pas lui accorder un regard. Elle continuait de jouer et commença même à chantonner, ignorant complètement l'urgence de la situation.
Fifi sentit alors sa colère monter en elle et décida de réitérer sa demande avec plus de fermeté.
—Amina, je te parle là. Réponds à Tonton Vieux ! S'exclama-t-elle avec une pointe d'exaspération.
Cette fois-ci, Amina interrompit ce qu'elle faisait, soupira agacée, puis leva les yeux vers sa grande sœur. Son regard était empreint de dédain, et elle se leva de manière brusque pour sortir de la chambre. Mais Fifi ne la laissa pas faire, attrapant son bras pour la retenir.
—Qu'est-ce qu'il y a maintenant ?! Demanda-t-elle en retirant sa main avec impatience.
—Est-ce que tu pourrais changer de short et mettre quelque chose de plus long ?
Le commentaire de Fifi sembla faire rire légèrement Amina, qui la repoussa d'un geste brusque avant de se diriger vers le salon.
Avec une insolence démesurée, elle s'affala sur l'un des fauteuils, croisant les jambes et plaçant un coussin entre elles. Sa tenue choquait sa mère, qui lui lançait des regards assassins.
—Qui m'a appelée ici ? Fit-elle, d'un ton provocateur.
—Eh, surveille ton langage ! Nous ne sommes pas tes égales, répliqua Vieux Maguette, consterné par son comportement irrespectueux.
—Tu vois, c'est ce que je te disais. Elle ne respecte personne, et sa façon de parler, n'en parlons même pas. Ça me dépasse de plus en plus. Si seulement j'avais encore la force, je n'hésiterai une seconde à la corriger, soupira Fifi, exprimant sa frustration face à l'évolution de sa nièce.
—Weuh meité xalei (Comme si tu parlais à une fillette), se moqua Amina en roulant des yeux.
Ils la regardèrent tous, stupéfaits par son comportement.
—Tu penses qu'on ne peut pas le faire ? Et bien sache que si. Moi personnellement, je peux le faire, mais dafa ame loumay sétt (je prends juste en compte le respect que je dois à tes deux parents). Tu as beaucoup changé, je ne te reconnais plus. Où est passée la jeune fille gentille, respectueuse et pleine de valeurs que je connaissais ? Dis-moi, où est-ce qu'elle est passée ? Regarde-toi avec tes vêtements si impudiques et ton corps rempli de tatouages, comme si tu étais un animal. Je suis sûr que là où ton père repose, il n'est pas content de toi. Personne ne l'est d'ailleurs, et je veux que tu changes, lui dit-il d'un ton impératif, exprimant sa déception et son désir de voir Amina retrouver ses bonnes valeurs.
Pendant qu'il délivrait son monologue chargé d'émotions, Amina soutenait son regard avec une intensité déconcertante. Ses yeux ne vacillaient pas, donnant ainsi l'impression qu'elle l'écoutait religieusement, comme si elle prenait en compte ses remontrances et ses mises en garde.
Cependant, sa réaction dédaigneuse et grossière prouvait le contraire.
-J'espère que t'as fini de parler, lui lança-t-elle grossièrement.
La mère d'Amina, choquée, s'empressa de réprimander sa fille en criant son nom.
—AMINA !!!
Mais celle-ci ne sembla pas être affectée par les reproches de sa mère et continua à répondre avec insolence.
-Thieuy mane di Sall nguari lamtoro guiss na bouné wayé biii meussoumako guiss si adouna (Alors là, si ce n'est pas de l'hypocrisie pure et dure, je me demande ce que c'est ! Je n'ai jamais vu une chose pareille), répliqua-t-elle avec mépris. Premièrement, tes conseils, tu peux te les garder. Je n'ai besoin de l'aide de personne, surtout pas venant de toi. Deuxièmement, je me fiche de ce que tu penses de mes vêtements ou de mes tatouages. Je ne te juge pas, donc tu n'as pas le droit de le faire. Enfin, je n'ai de compte à rendre à personne. Guiss ngua nouma mél tay yéne la (Si je suis comme ça aujourd'hui, c'est à cause de vous). Alors arrêtez de jouer avec moi en vous donnant des airs de saints et de dévotion. Je ne suis la folle de personne, et que ça soit clair.
Elle leur balaya à tour de rôle d'un regard appuyé, cherchant à leur transmettre son message sans avoir à prononcer un mot de plus.
Puis, se levant, elle se dirigea d'un pas résolu vers la sortie. Mais avant qu'elle ne franchisse le seuil, la voix de son oncle retentit derrière elle.
—Attends un instant ! Interpella-t-il d'une voix ferme, arrêtant Amina net dans sa démarche.
Que veux-tu ? De l'argent, hein ? Dis-moi combien tu en veux, et on te le donne.
Ndeye Lisoune voulut intervenir, mais son frère leva la main pour lui en dissuader. Amina esquissa un mince sourire, secoua la tête et sortit de la pièce sans un regard derrière elle.
***AMINA SALL***
Le léger sourire qui s'était dessiné sur mon visage en entendant la proposition de ce guignol m'accompagna jusqu'à mon retour dans ma chambre.
Lui répondre ? Oh que non !
L'idée même de lui répondre me semblait ridicule. En réalité, je n'avais aucune intention de le faire. Il pouvait aller se faire voir avec ses principes, son argent et tout le reste.
Leur pensée selon laquelle l'arrivée de cet homme ou cet argent pourrait m'arrêter était complètement erronée. Guissouma kéne kouma meuneu téré déf limay déf (Je ne vois personne qui peut m'empêcher de faire ce qui me chante !).
Ce qui me dérangeait le plus, c'était que MA propre famille ne semblait pas remarquer mon mal-être. Au lieu de chercher des médiateurs ou des conseillers ailleurs, ils ne faisaient aucun effort.
Particulièrement ma mère.
Les jours, les semaines et les mois passaient, mais elle ne voyait en moi que de l'insolence et de la rébellion, sans chercher à comprendre les véritables raisons derrière mon changement. Or, le problème résidait en moi.
Le problème avec moi ne résidait pas dans des paroles douces.
Le problème avec moi ne résidait pas dans des liasses de billets.
Le problème avec moi ne résidait pas dans le fait d'avoir une maison luxueuse.
Le problème avec moi ne résidait pas dans le fait que je n'avais pas d'amis.
Le problème avec moi ne résidait pas dans la mort de mon père.
Le problème avec moi ne résidait pas dans le fait que je sois vidée de sentiments.
Mon problème à moi n'était pas avec cette effrontée de Yama, ma mère, ni avec Fifi, ni même avec mon imbécile de frère.
NON !!!
Toutes ces choses n'avaient rien à voir avec mes maux ! C'était bien plus profond.
Le véritable problème résidait au plus profond de moi, dans mon cœur qu'ils qualifiaient d'ailleurs de sombre et étroit. Mais ils ne savaient pas.
Une douleur atroce me rongeait le cœur depuis longtemps, et le pire, c'est que je n'arrivais pas à m'en débarrasser.
J'avais beau essayer, mais c'était plus fort que moi. Et une seule chose, ou plutôt une seule personne, pouvait me soulager.
À cette pensée, je n'ai pas hésité une seconde de plus. J'ai enfilé une robe longue, attrapé ma pochette et mes lunettes, puis je suis sortie. Il fallait que j'y aille.
[....]
Après plusieurs minutes de route, j'arrivai enfin à ma destination. Les rues familières défilaient devant moi, tandis que je réglais le paiement du chauffeur. Je me dirigeai d'un pas déterminé vers la maison, sachant que j'allais devoir faire face à une conversation difficile.
En franchissant le seuil de la porte d'entrée, je tombai presque littéralement sur elle. Les bras chargés de vêtements, elle se tenait là, les sourcils froncés et les yeux emplis d'une expression mêlée de déception et de colère. Je pouvais presque entendre les reproches sur le point de s'échapper de ses lèvres.
Mais avant qu'elle ne puisse dire un mot, je pris l'initiative de m'expliquer.
—Je sais, et tu as parfaitement raison sur toute la ligne, dis-je d'une voix empreinte de sincérité. Je t'avais promis de venir, mais j'ai eu un imprévu de dernière minute. Donc...
Elle me coupa la parole, agacée.
—Et donc, tu as décidé de m'envoyer de l'argent et un texto pour compenser ta promesse non tenue, comme toujours. C'est ça, non ? Conclut-elle d'une voix sarcastique teintée de colère.
Au lieu de lui répondre immédiatement, je choisis de garder le silence, reconnaissant la justesse de ses paroles.
—Tu vois, tu n'as aucune réponse face à cela, continua-t-elle. C'est parce que je te connais. Je te connais bien, alors tu n'as pas besoin de t'inventer des vies que tu n'as pas. Khamnani nak que feine mom da nguakoy sango diko diwo wayei dél dosé (Bien vrai que mentir fait partie de tes vices, mais pas dans cette situation quand même).
—D'accord. Cette fois-ci, je te fais la promesse...commençai-je, mais elle m'interrompit en levant le doigt en l'air et en le secouant de gauche à droite.
—Non, s'il te plaît, dit-elle d'un ton ferme. Ne fais pas de promesses qui, une fois que tu franchiras cette porte, s'envoleront comme de la poudre. Arrête de promettre tout court.
Elle me tourna le dos et commença à s'éloigner dans le couloir. Je la suivis, espérant pouvoir rétablir la confiance qui s'était érodée entre nous.
—Roseline, toi aussi... tentai-je de dire, mais elle arriva devant la porte de la chambre et l'ouvrit avant que je puisse finir ma phrase.
Je jetai un regard à l'intérieur et la vis couchée sur le lit, recroquevillée sur elle-même, semblant fragile et vulnérable.
—Si tu as besoin de moi, je suis au salon, déclarai-je d'une voix douce, mais elle ne m'écouta pas et partit sans attendre de réponse.
Je pénétrai dans la chambre, m'approchant doucement du lit où elle se trouvait. Mon cœur se serra en la voyant dans cet état de détresse.
—Salut, lui dis-je avec douceur, cherchant à établir un contact.
Un silence de mort régnait dans la pièce, seulement interrompu par les reniflements provenant d'elle. J'enlevai alors mes chaussures et m'assis avec précaution sur le bord du lit.
—Hey, pourquoi tu pleures ? Tu as mal ? Lui demandai-je, espérant qu'elle trouverait la force de me répondre.
Elle resta silencieuse, ses yeux larmoyants fixés sur moi.
—Réponds-moi s'il te plaît. Qu'est-ce qui t'arrive ? Insistai-je, ma voix trahissant mon inquiétude croissante.
Enfin, elle se tourna vers moi, ses yeux emplis de tristesse.
—Pourquoi tu ne m'amènes pas avec toi ? À chaque fois, tu viens me promettre que tu vas m'amener, mais tu n'en fais rien. Ou bien tu as honte de moi ? Murmura-t-elle d'une voix tremblante.
—Non, rien de tout ça !!! M'écriai-je presque, sentant l'urgence de lui faire comprendre la vérité. Jamais j'aurais honte de toi. Jamais, tu entends ? Il se passe juste que...
Je cherchai désespérément une excuse qui la rassurerait, mais aucune ne me vint à l'esprit. Roseline avait raison de dire qu'à force de mentir, on finit par oublier la voie de la vérité, et dire quelque chose de plausible ne devenait plus chose aisée.
Pendant ce temps, elle me fixait intensément, attendant une réponse. Son regard empli d'attente et de vulnérabilité me poussait à abandonner les mensonges et à embrasser la sincérité.
Je pris une profonde inspiration, décidé à lui dire la vérité, aussi difficile soit-elle.
—Je suis en train de régler quelques soucis, mais je te promets que bientôt, tu vas être avec moi, et tout cela ne sera plus qu'un mauvais souvenir, déclarai-je, cherchant à apaiser ses craintes. Ne te rappelles-tu pas de ce que je t'avais dit ?
Elle hocha la tête positivement, ses larmes commençant à se calmer légèrement.
—Voilà. Il faut juste que nous ayons encore un peu de patience, ajoutai-je doucement, effaçant par ricochet ses joues mouillées du bout de mes pouces.
Je pris sa tête délicate entre mes mains et la posai délicatement sur mes cuisses, fermant les yeux pour ressentir ce moment de réconfort.
***VOIX ?!?***
Le bras croisé, je me tenais debout devant la fenêtre de ma chambre, captivé par le paysage urbain qui s'étendait devant moi. La tranquillité de la scène fut interrompue par l'arrivée d'une voiture, qui se gara avec une précision chirurgicale devant la demeure.
Elle en sortit, sa démarche assurée trahissant une intention déterminée, avant de disparaître à l'intérieur de la maison.
Quelques instants plus tard, la porte de ma chambre s'est ouverte, me faisant virevolter pour lui faire face.
—As-tu amené ce que je t'avais demandé ? Demandai-je, impatiente.
Elle a levé les yeux avant de daigner me répondre avec un brin de sarcasme :
—Wow, quel accueil chaleureux !
—Réponds-moi. Insistai-je.
—Ouais, ouais ! Mais sérieusement, je peux jurer qu'il y a un vice qui manque dans ta tête. Alors, tu comptes toujours te venger d'eux ?
—Ce n'est pas une question pertinente, donc pas besoin de répondre à cela. Donne-moi les papiers, je n'ai pas beaucoup de temps, dis-je en tendant la main.
Elle m'a remis un classeur d'un bleu nuit profond. Je l'ai pris et j'ai commencé à feuilleter les documents un par un, laissant apparaître un sourire espiègle sur mon visage.
—Parfait ! Tu as fait un excellent boulot, comme d'habitude d'ailleurs.
—Je sais ça, lâcha-t-elle sans une once de modestie.
Un regard appuyé de ma part suffit à déclencher un éclat de rire de sa part, m'entraînant avec elle dans cette complicité contagieuse. Cependant, son expression se fit sérieuse.
—Mais sache que ça n'a pas du tout été facile, je te le dis. J'ai dû user de tous les moyens pour corrompre le gardien de l'entreprise, qui, soit dit en passant, est d'une loyauté et d'une résistance à toute épreuve. Mais tu me connais, j'ai dû mobiliser mes connaissances et mes ressources pour dénicher des informations hautement confidentielles le concernant, afin de le faire plier et obtenir les doubles clés des bureaux.
Mon visage s'éclaira d'un sourire malicieux en réponse à sa remarque.
—L'impossible n'est pas ton fort, c'est un fait que je connais bien, répliquai-je avec un clin d'œil complice.
—Tu as intérêt à bien garder ces cartes précieuses qui te permettront de les détruire, ainsi que toute leur famille. S'il te plaît, conserve-les avec soin et assure-toi que personne ne mette la main dessus.
—Ne t'en fais pas, tu ne me le diras pas deux fois. Je sais l'importance de ces cartes et je les protégerai comme ma propre vie.
Après une pause, elle m'a lancé un regard chargé de préoccupation.
—En tout cas, si j'étais toi, j'abandonnerais cette idée de vengeance. Ces gens sont puissants, et ça pourrait tourner au vinaigre. Je ne veux pas te voir blessé.
J'ai pris une profonde inspiration avant de lui répondre avec fermeté.
—C'est vrai, mais n'oublie pas tout ce qu'ils nous ont fait, à ma famille et à moi. Xana nak lo bone bone, do insensible si lolou (Même si tu es trop méchante, tu ne peux pas rester insensible face à cela ?). Tu peux me laisser tomber, mais moi, je vais leur rendre la monnaie de leur pièce, et même leur donner un bonus.
Elle a soupiré et secoué la tête, mais un léger sourire a éclairé son visage.
—Pfff ! Bon, puisque personne ne peut te faire entendre raison, sache au moins que je suis et serai toujours avec toi. Quoi qu'il arrive, je serai là pour te soutenir.
Un sentiment de gratitude m'a envahi, et j'ai répondu sincèrement :
—Merci, vraiment.
Nous avons continué à discuter pendant encore une heure, échangeant des idées et des stratégies, avant qu'elle ne s'en aille.
Plus que quelques temps, et je commencerai à les démanteler un par un. Oh, que j'ai hâte de voir tout cela se concrétiser !
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À suivre.....