Le pouvoir

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Manchester, Angleterre Aleksandar Vuk Ivan Petrović Cela fait plus d'un mois que je n'ai plus eu de nouvelles de mon vieil ami Curtis. Il fait profil bas à ce qu'il paraît. Renoncer ? Je ne crois pas non. Il est trop ambitieux pour cela. Je connais ce type de mec. Ils ne sont jamais rassasiés. Qui dans ce business l'est d'ailleurs ? Personne, je dirais. Ce n'est pas tant l'argent qui nous motive. Mais le pouvoir. Je suis trop tendu en ce moment. Son silence limite mes actions. Je dois pouvoir m'installer ici sans avoir à toujours guetter son prochain coup. Cette histoire traine beaucoup trop en longueur à mon avis. Alors j'aimerais bien savoir ce qu'il prépare depuis. Et avec Milan qui est dans sa bulle, je dois travailler double. Je rentre chez moi aux alentours de 14 heures. Ma demeure, un manoir digne d'un empereur moderne, se dresse sur les hauteurs comme un bastion, imposante et imprenable, dominant la ville avec élégance. Cette bâtisse, un bijou de l'architecture anglaise du XIXe siècle, au cœur d'un vaste domaine soigneusement cloisonné, mêle le charme classique à une opulence incontestable. Les hauts murs en pierre claire, striés de lierre, les vitraux colorés, dégagent une élégance intemporelle. Une grande allée en gravier mène à des portes en bois massif, encadrées de colonnes sculptées, imposantes comme l'entrée d'un palais. Une démonstration ostentatoire de richesse, de contrôle absolu... de pouvoir. A l'intérieur, tout respirait le luxe. Des lustres en cristal pendent de plafonds voûtés, éclairant des sols en marbre poli et des boiseries sombres et aussi aux finitions dorées finement travaillées, des tapisseries d'époque. Le grand salon, pièce maîtresse du manoir, s'articule autour d'une cheminée de marbre noir, ses flammes dansantes projetant des ombres mystérieuses sur les murs ornés de portraits. Chaque pièce est un hommage à la richesse et au goût : tapis persans, meubles d'époque, et tableaux de maîtres soigneusement disposés. Mais c'est l'arrière du manoir qui capte vraiment l'attention. Depuis les larges baies vitrées du salon, une vue spectaculaire s'offre à moi sur le jardin impeccablement taillé, un labyrinthe de haies, des fontaines anciennes et une terrasse où l'on devine la silhouette d'un bassin. La piscine quant à elle, s'étend comme une rivière miroitante. Son eau cristalline reflète les rayons de soleil qui percent à travers les nuages. Autour, des transats en teck et des parasols immaculés, elle semble se fondre avec l'horizon, et au-delà, c'est la ville de Manchester qui s'étale, un tapis de lumières et de toits enchevêtrés, jusqu'aux collines lointaines. Mais malgré l'apparence, le lieu n'avait rien de paisible. L'aura de ce manoir, à la fois somptueux et intimidant, reflétait parfaitement l'état d'esprit de son occupant. Je traverse le salon pour rejoindre ma chambre prendre une douche rapide. L'eau chaude est une délivrance, apaisant la tension qui alourdit mes épaules. Je ferme les yeux et laisse ma tête tomber légèrement en arrière, les gouttes ruisselant sur mon visage comme si elles pouvaient emporter mes soucis. Une fois propre et un peu plus léger, je me sèche, enfile une tenue simple mais élégante, une chemise noire légèrement déboutonnée, pantalon noir parfaitement coupé, et redescends à la salle à manger. La pièce est imposante, presque intimidante, dominée par une table en acajou massif pouvant accueillir une vingtaine d'invités. Elle fait face à une immense baie vitrée qui offre une vue envoutante sur la piscine miroitante et, plus loin, la ville qui s'étend à l'horizon. Les murs, décorés de moulures dorées, sont éclairés par les chandeliers qui surplombent la pièce. Je commence à manger, savourant un instant de calme. Mais ce répit est de courte durée. Mon téléphone vibre. C'est Kyra. Deux fois en une même semaine ? C'est plus que d'habitude. - Ton amour pour moi s'est décuplé rien que ce mois-ci petite sœur chérie, déclaré-je avec ironie. Il y a quoi Kyra ? Dois-je m'en inquiéter ? De l'autre côté de la ligne, sa voix éclate, joyeuse et enjouée : - Bonsoir Lexi ! Tu vas bien grand frère chéri ? Je fronce légèrement les sourcils. - Kyra, je ne rentrerai pas dans ton jeu. Je sens l'arnaque venir de loin. Je te connais trop pour ça. Cette histoire de rentrer à Manchester tu oublies. Maintenant si t'as besoin d'autres choses tu me le fais savoir ou du moins tu vois tout ça avec Milan. - Lexiii ! elle me supplie, sa voix prenant une note plaintive qui me fait presque sourire. - C'est non Aaliyah, je reste ferme sur ma décision. Un silence s'installe. Puis elle reprend, visiblement frustrée. - Hhmmmm ! D'accord. Ben je veux aller autre part qu'aux États Unis dans ce cas. Je ne tiens pas à passer mes vacances là-bas. Je vais devenir folle. Pourquoi pas la Belgique ? Avec Inaya on pourrait... - Je préfère que tu sois là-bas aux States Kyra. Je n'aimerais pas que tu te retrouves dans une ville que tu ne connais pas. Sans protection en plus. Elle réplique aussitôt, exaspérée : - Ben envoie Milan alors. Il me servira de garde du corps et je... - J'ai besoin de Milan à Manchester pour le moment. - Alors là non Alex, se plaint ma sœur. Non. Tu ne vas pas me pourrir la vie comme ça. Tu ne fous rien pour moi Alex. Rien. Même de ta présence, tu me prives. Pour tout ce qui me concerne c'est Milan qui s'en charge. Je n'ai que 21 ans. Bon sang, ce n'est pas une vie Lex. Je m'ennuie. Tu peux comprendre cela ? Sa voix se brise, et je l'entends étouffer un sanglot. - Juste une semaine Lex. Je ne t'en demande pas plus. Rien qu'une toute petite semaine. Tu me manques. Elle renifle. - Je ne vais pas mourir en seulement une semaine Alex. S'il te plaît frangin, s'il te plaît. Dis oui. Je ferme les yeux, massant mes tempes. Kyra peut être incroyablement persuasive quand elle s'y met. Sa voix tremblante, son chagrin palpable, réveillent une culpabilité que je m'efforce d'ignorer. Je soupire profondément. - D'accord. Je vais y réfléchir, dis-je d'un ton détaché, bien que je sache que ma décision est déjà prise. Je te mettrai au courant quand j'aurai pris une décision. Au cas où la réponse est oui, ce ne sera pas sans conditions. Un cri de joie résonne dans le téléphone, et je ne peux m'empêcher de sourire, malgré moi. - Merci Alex, elle murmure. Merci beaucoup grand frère. Je reste un instant silencieux, le téléphone toujours à l'oreille, l'écho de sa gratitude résonnant dans ma tête. Cette fille va me rendre dingue. Je sais que si je ne lui donne pas une réponse assez rapidement, elle va me coller comme la super glue. J'appelle Milan afin de tout mettre en place. Après tout elle a raison. Elle n'a que 21 ans et je lui impose ma vie. Sur ce point, elle a raison. Elle doit souffler un peu. - J'aurais besoin que tu accompagnes Kyra en Belgique la semaine qui vient, dis-je dès qu'il décroche. - Il n'y a personne d'autre pour s'en charger ? demande-t-il, sa voix empreinte d'un mélange de fatigue et de résignation. On pourrait lui envoyer Amir. - Il n'y a qu'en toi que j'ai confiance Milan. Je te confierai ma sœur les yeux fermés au bout du monde. Avec toi, elle sera en sécurité. Et je le sais. Tu ne dis jamais non quand il s'agit de notre sœur. Donc... Un long silence suit, puis il soupire. - Hmmm ok ! J'irai où tu voudras. Milan accepte, et c'est un poids en moins sur mes épaules. Sinon je ne vois pas à qui d'autre je pourrais confier ma sœur. Après avoir fini de discuter avec lui, je m'en vais m'affaler sur le canapé. Je fixe le plafond, perdu dans mes pensées, ressassant encore et encore les responsabilités qui me pèsent. Après quelques minutes interminables, je monte prendre mes clés et ressort en trombe. Une fois dehors, l'air froid me fouette le visage. Je suis retourné au club. Il me restait des directives à donner. Mais avant ça, je compte bien tirer un coup vite fait, histoire de me détendre un peu. Une fois au club, je monte directement dans le bureau du haut, un espace réservé aux affaires les plus confidentielles. Je referme la porte derrière moi et m'assois dans le grand fauteuil en cuir noir. Je prends mon téléphone et appelle Kiara. Le ton de ma voix ne laisse aucune place à l'interprétation. Quand je l'appelle ainsi, en cours de journée, elle sait pourquoi elle est là. Quelques instants plus tard, des coups résonnent à la porte. Je suis allé ouvrir. Kiara entre rapidement. Elle semble nerveuse mais aussi étrangement pressée. - Boss ! Tu... Euh je veux dire vous. Vous m'avez fait appeler. Je refermai la porte derrière elle, verrouillant d'un geste précis. - C'est exact, dis-je, mes yeux rivés aux siens. Tu sais ce qu'il te reste à faire. Elle acquiesce timidement, ses joues rougissant légèrement. Elle sait pourquoi elle est là. Elle le sait toujours. Ce moment entre nous, bien que furtif, est une échappatoire que je m'accorde. Un moyen d'éteindre, ne serait-ce qu'un instant, les flammes qui brûlent en moi. Je suis retourné m'installer à mon siège. Elle s'est rapprochée et s'est abaissé devant celui-ci. Elle me toucha mon service trois pièces à travers le tissu tout en me fixant avec des regards de braise. Elle m'ouvre la braguette et y enfonce sa main, me procurant des caresses à cet endroit en maintenant le contact eyes to eyes. Les circonstances peuvent changer tant de choses. Kiara qui tremble quand je donne un ordre, me regarde droit dans les yeux à chaque fois qu'on se fait plaisir. - Prend le dans ta bouche. Elle ne s'est pas fait prier pour m'offrir cette petite gâterie. Elle s'est appliquée avec soins. Après cette séance mon cerveau est automatiquement beaucoup plus réceptif maintenant. Kiara sait très bien s'y prendre. Pour ceux qui pensent avec leur engin elle aurait pu être la femme parfaite. Mais moi je ne pourrais pas me contenter de si peu. C'est trop... superficiel. De toute façon je n'ai pas encore prévu de me trouver une femme. Je n'ai pas à m'y attarder. La dernière fois a été la fois de trop. Kiara est sortie au même moment que moi. Sauf que l'on a pris chacun un chemin différent. J'avais quelques instructions à donner à Max pour ce soir, des détails à régler avant que la nuit ne prenne son rythme habituel. Donc je suis sorti le retrouver au coin réservé aux employés, où il devait m'attendre. On avait à peine commencé à discuter quand des agents en uniforme ont passé la porte d'entrée du club. Leur présence, si banale en apparence, attira immédiatement mon attention. De là où j'étais, je pouvais les voir déambuler dans l'enceinte du bâtiment vu que j'avais une vue sur presque tout. Ils fouillaient les environs, jetant des regards furtifs autour d'eux, comme des prédateurs en quête d'une proie. Sans perdre une seconde, j'ai dévalé les marches de l'escalier tranquillement pour les rejoindre. Quand j'arrivai au rez-de-chaussée, je m'approchai d'eux avec cette même sérénité glaciale qui faisait ma réputation. Je saluai chacun d'eux d'une poignée de main ferme, tout en scrutant leurs visages. Ils étaient au nombre de trois. - Que puis-je pour vous messieurs ? L'un d'eux, l'air légèrement embarrassé, me répondit d'un ton presque formel : - On peut voir le patron ? Il n'y avait aucune chaleur dans sa voix, juste une question qui trahissait une tentative d'autorité. Je me redressai légèrement, mes bras croisés sur mon torse, et un sourire imperceptible joua sur mes lèvres. - C'est moi, répondis-je en fixant ses yeux. Que se passe-t-il ? L'autre officier me tendit un morceau de papier, comme si cela justifiait la gravité de la situation. - On a reçu un appel anonyme d'à quelques mètres d'ici. La personne nous a prévenu qu'il se passe des choses pas nettes dans cet établissement. On voudrait y jeter un coup d'œil. Je laissai un silence s'installer entre nous, mes bras toujours croisés. Le regard du troisième agent se déplaça de façon furtive, cherchant sans doute à juger l'atmosphère, à détecter la moindre faiblesse. - Des choses pas nettes ? répétai-je, la voix plus basse, presque un murmure. Et vous avez un mandat pour ça ? Le silence s'épaissit encore. L'officier qui parlait en premier semblait presque jubiler. Avec une lenteur calculée, il tira un mandat de perquisition de sa veste et me le tendit. Un document officiel, aux allures légales, mais qui me laissait un goût amer dans la bouche. Je le pris, le feuilletai brièvement, et relevai les yeux vers eux. - Tout est en règle monsieur, dit-il avec un sourire crispé. Je laissai le mandat entre mes doigts, mon regard toujours aussi froid. L'odeur de l'intimidation commençait à se faire plus forte. - Bien, répondis-je simplement. Mais je suis sûr que vous comprenez qu'il est de mon devoir de m'assurer que tout soit... en ordre. Vous avez mon autorisation pour inspecter les lieux. Mais... Je marquai une pause, mes yeux se fixant sur l'un des agents qui semblait le plus nerveux. - Si vous dérangez qui que ce soit ou que vous cassez quelques choses, je ne serai pas aussi conciliant. Vous avez tout ce qu'il vous faut, alors profitez-en. Je n'attendis même pas de réponse. Je fis un geste de la main, indiquant la direction à suivre. Mon regard ne quittait pas leurs visages, gardant cette lueur menaçante d'un homme habitué à contrôler la scène. Les agents se dispersèrent sans un mot. Ils n'allaient rien trouver. Je doute qu'ils ne le savent pas. Leur présence dans cet endroit ne pouvait être qu'un avertissement. Un test. Et je savais déjà que leur visite ne finirait pas sans conséquence. Je me retournai lentement et fis signe à Max, qui observait la scène de loin. Ce soir, il allait y avoir des ajustements à faire, mais ce n'était qu'un autre jour dans ce monde où l'ombre et la lumière se mélangent toujours plus.
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