L’anneau ou le chant du monde

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L’anneau ou le chant du mondeC’est ainsi qu’à l’aube, Salomon se réveilla avec un magnifique anneau qu’il n’avait jamais vu de sa vie et n’avait pas passé lui-même à son doigt. Or cet anneau, formé de deux triangles inversés, portait aux angles quatre pierres précieuses : une émeraude, un saphir, un rubis et un diamant. Célèbre depuis lors sous le nom de sceau de Salomon, il donnait à celui qui le portait, une puissance quasi infinie. L’émeraude, verte, donnait puissance sur la terre entière, la nature. Par elle, il pouvait demander à la mer de s’ouvrir de nouveau, aux montagnes de courir comme des agneaux. Le saphir, bleu profond comme le ciel, donnait puissance sur les étoiles et toutes les lois naturelles qui président à l’ordre du monde. Par lui, il pouvait changer le déterminisme, les étoiles de place, mettre l’étoile Polaire au sud, et le monde à l’envers. Le rubis, rouge comme le sang, donnait puissance sur le vivant. C’est pourquoi il pouvait comprendre le langage de tous les vivants : humains, animaux, depuis la fourmi jusqu’à l’éléphant, et nature vive, depuis l’herbe jusqu’à la pierre. Par lui, il pouvait s’entretenir avec tout le vivant, et les fleurs des champs. Le diamant, enfin, transparent, donnait puissance sur l’invisible. Par lui, il pouvait communiquer avec les anges et commander aux esprits et aux génies, les purs comme les impurs. On raconte qu’il sortit prendre l’air matinal sur la terrasse de sa chambre, et entendit le chant du monde. Et voici : les oiseaux ne gazouillent pas, ils appellent leurs petits ou discutent entre eux. Le vent ne souffle pas, mais conte les récits et donne les nouvelles du bout du monde aux arbres immobiles, ses amis. Même les fourmis, si actives, menaient leur train du matin au son de la fanfare, et leur reine sur la fourmilière houspillait les retardataires. Le roi perçut aussi des basses profondes et lentes qui lui donnèrent l’impression de sentir la planète Terre tout entière autour de lui : l’écorce terrestre communiquait avec les étoiles. Quelle merveille ! Il comprenait tout. Marchant dans les allées, il écouta le babil incessant des fleurs ; découvrit que chaque arbre est un vaste monde et s’émerveilla de la vie qui s’y déployait ; salua chaque oiseau du jardin, qui lui répondirent tous. Alors, subjugué, le jeune roi éclata de rire, tendit les bras vers eux et se mit à courir en tous sens, imitant leur vol, s’imaginant un des leurs, le cœur habité par le grand désir de voler qu’ont tous les hommes. Les oiseaux virent son ouverture, son amour de la vie et l’aimèrent à cause de tout cela. C’est pourquoi, le considérant comme un grand arbre de la forêt des hommes, ils vinrent se poser sur lui. Et c’est ainsi que Salomon se retrouva, pour la première fois, avec des colombes dansant autour de sa tête et une huppe posée sur son doigt, comme un joyau. Alors il éclata de rire, et son rire s’entendit d’un bout du monde à l’autre. Depuis ce jour, ses grands amis furent Benaïah parmi les hommes et cette huppe parmi les oiseaux.
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