Saria se frotta les yeux, fatiguée par une rude journée de lecture, une de plus. Cela faisait trois jours qu'ils étaient arrivés et comme l'avait affirmé Niga, personne n'avait fait le cas d'une fée avec ses ailes ou d'un dragon. Le village était si éloigné et si rude que tous se concentrait sur son propre sort que ces étrangers qui débarquait ainsi sans y être invités. Tant qu'ils s'occupaient d'eux même, ils n'en avaient que faire... La femme loup avait discuté avec plusieurs visages qui lui avait semblait familier et certain avait semblé la reconnaitre, mais semblait tout autant n'en avoir cure. Cependant cela ne semblait absolument pas déplaire à la femme qui semblait au contraire revivre son enfance comme un doux souvenir. Rien ne semblait pouvoir la déstabiliser de toute façon.
L'humaine soupira, son regard se perdant dans le ciel qui perdait peu à peu son intensité, laissant alors place à une pluie d'étoiles. Mais si la demoiselle de bonne famille était venue ici plutôt que de lire dans la bibliothèque du vieux Welmer. Le vieil homme n'était pas si sénile que cela, si on mettait de côté le fait qu'il marmonnait tout ce qui lui passait par la tête, il semblait au contraire d'une intelligence froide dont Saria se méfiait en réalité. Mais avec l'aide de son amie, le vieil homme se tenait à carreau, que Hanori soit là ou pas. Mais quoiqu'il en soit il aurait sans nul doute était plus simple pour elle de lire a la lueur d'une bonne lampe que d'un feu de bois, mais d'un autre côté, elle aurait manquée un autre spectacle.
À l'intérieur, elle n'avait que pu entrevoir une petite foule de plusieurs femmes et de quelques hommes rassemblés au centre du village. Dans ce hameau c'était sans nul doute bien inhabituel. Mais son regard n'avait en rien manqué de remarquer la raison très simple de cette curiosité...
Hanori, fier et puissant, s'était mis à la tache préparée le purificateur d'eau qu'ils avaient imaginé avec Niga. C'est sans aucun doute pour cette raison qu'il était présentement en train de souffler une énorme masse de verre encore sous forme liquide...
Le dragon ne s'était jamais réellement préoccupait du froid et se baladait la plupart du temps torse nu, bien qu'il mettait parfois un tee-shirt. Il ne craignait ni le froid ou, a contrario, les coups de soleil. Bref il ne s'habillait que selon son envie ! Mais c'était pourtant déjà arrivé que l'homme de feu transpire bien que légèrement. Saria ne savait si c'était son côté mi-humain qui ressortait ou si c'était commun chez les dragons, toujours est-il que son ex-amant s'adonnait à une bien étrange parade. Nul doute que la plupart des hommes étaient plus impressionnés et curieux de la prouesse, mais il était difficile de croire en la bonne foi des autres curieux...
Soufflant régulièrement une gerbe de flammes sur les braises bouillonnantes avant de reprendre le travail de son oeuvre en verre, Hanori était l'image même d'un fantasme ambulant, déployant une pluie d'hormones qu'elle espérait inconscientes. Ou bien était elle la seule à succomber à ses envies ? Devinant les murmures enthousiastes majoritairement féminins, elle en doutait !
- Tu peux être certaine qu'il le fait exprès ! C'est un animal de la pire espèce ! Aucune pudeur ou décence, les chiens se comportent mieux ! S'installa soudainement Vani en soupirant fortement
surprise par cette interruption, Saria reprit contenance, tentant d'ignorer son dragon de malheur. Face à sa véhémence, on aurait pu se poser des questions sur sa sincérité, mais dès que l'on croisait son regard rose, le doute n'existait plus, elle le trouvait repoussant, au mieux. Pendant une seconde l'humaine osa jeter un regard vers l'homme de feu, réduisant à néant sa propre pudeur. Fallait sans doute croire que Vani n'avait pas les mêmes goûts...
- Tu as appris quelque chose d'intéressant dans ce livre ? Demanda la fée, comme ci rien n'était.
- Ah ! Hé bien, rien de plus. C'est un plan, à n'en pas douter !
Sous ses airs de livre d'histoire des plus banals, il était clair pourtant qu'il réunissait tout ce qu'il fallait si on avait dans l'idée de reconquérir l'Ouest et même ce dont il fallait s'occuper en priorité une fois faits... Tout était minutieusement pensé pour la survie du peuple en alliant intelligemment les ressources que l'on ne pouvait qu’ici, le tout tourné d'une façon innocente. Saria ne doutait pas que sa mère eut réellement l'intention de mettre ce plan en marche, mais il fallait savoir pour cela lire entre les lignes, et ce n'était pas ici que l'on trouvait ce genre-là, si on mettait de côté le vieux Welmer...
- Tout le long, ma mère a pris soin de le dater. L'écriture change par intermittence, ce qui s'explique sans doute par le fait qu'elle l'a écrit avec cette Galadrielle et surtout...
Saria pris le temps de tourner respectueusement les pages, comme ci ces dernières refermaient encore des secrets de sa mère et s'arrêta a la toute fin, pointant quelque chose du doigt.
- La date... D'après ce que je sais, ma mère serait morte deux jours plus tard...
Vani ne dit rien, soupirant d'un air ennuyé. Elle prit un long moment pour réfléchir a cette nouvelle, comme ci elle tentait de faire entrer chaque pièce du puzzle a sa place.
- Il était déjà presque évident que ta mère était morte de manière bien suspecte, mais je dirais que cela le confirme.
- En effet... Et je dirais même qu'elle a été trahie... Que ce soit par Galadrielle ou bien par...
Elle jeta un regard évident vers la maison du vieil homme et Vani hocha la tête, semblant à nouveau réfléchir.
- Ce n'est pas à mettre de côté, mais je me demande ce qu'il aurait bien pu en gagner ! Cet homme n'a rien à part ses... livres...
- En effet, ses livres...
Vani se mordit les lèvres, soupirant bruyamment une nouvelle fois. Elle s'étira longuement, battant ses ailes comme pour les dégourdir.
- Hé bien, nous allons devoir faire attention a lui aussi alors ! Je vais le surveiller de près !
La fée se leva sans attendre le consentement de son amie et lui fit un signe de la main. Saria ne réagit pas, étonnée que la fée se porte volontaire elle-même pour quelque chose alliant l'ennuie a une dose non négligeable de danger et finisse par se lever elle-même, reportant son attention vers le dragon qui semblait remercier chaleureusement les spectatrices... Elle se demanda vaguement si elle devait intervenir, mais après tout, le dragon était libre ! Elle tourna alors les talons, rejoignant le bateau en silence, serrant contre elle, le livre de sa mère.
Le Léra était étrangement silencieux. Il y régnait sans cesse une telle atmosphère de vie qu'il était presque impossible de lui apprêter un tel calme. Pourtant, à présent qu'ils avaient fait escale, les marins préféraient tous dormir dehors, quitte à monter des tentes sur le sable froid de la nuit. L'immense bâtiment résonnait alors d'un sentiment de solitude légèrement pesant...
Mais la jeune femme ne se laissa pas envelopper par cela et se décida à prendre une bonne douche avant de rejoindre sa chambre, profitant du fait d'avoir la salle de bain pour elle seule. Elle attrapa en vitesse ses affaires de toilettes et s'appropria la cabine du fond, soupirant d'aise sitôt l'eau tiède coulant sur sa peau.
La journée n'avait pourtant pas été si chargée, presque banale, mais pourtant elle se sentait terriblement fatiguée. Que ce soit par son enquête et ses conclusions ou encore par le simple fait qu'elle imaginait sans mal son ex-amant transpirer avec une autre ce soir...
Elle laissa échapper une longue plainte remplie d'amertume qui fut bien vite remplacée par un soupir de soulagement lorsque l'eau s'infiltra dans ses cheveux. Elle passa doucement une main dans ses cheveux, ravie de se débarrasser de l'air marin qui s'incrustait inéluctablement sur sa peau et se tourna vers la porte de la cabine pour attraper le shampoing qu'elle concoctait elle-même et s'arrêta net.
Sur la grande porte se trouvait un grand miroir à présent presque totalement embué par l'eau pourtant tiède. Elle se regarda un léger instant, fixant son ombre abstraite aux formes presque indistinctes dans un espoir bien dérisoire d'apercevoir quelqu'un derrière.
Mais quoiqu'elle en pense, Hanori n'était pas là...
Elle ferma alors les yeux, tentant de redessiner du bout de ses doigts, le parcours imaginaire de ses mains si chaudes. Elle passa lentement sur ses seins, se remémorant la façon si particulière qu'il avait de les empoigner et elle ne put s'empêcher de sourire lorsqu'elle effleura doucement son ventre avant d'atteindre une zone bien plus intime.
Si le dragon n'était pas là alors elle pouvait bien s'accorder un peu de bon temps toute seule ! Qui le saurait de toute façon !
Hésitante, elle trouva cependant rapidement son objet de plaisir, chatouillant délicieusement le bord de ses sens. Un long frisson remonta des pieds à la nuque, amadouant ses oreilles d'une douce brise fraiche.
C'était si satisfaisant ! Elle qui de prime abord n'avait appris que par ce que le dragon avait bien voulu lui montrer, elle se sentait à présent libre de ses plus bas instincts, jetant son dévolu sur son plaisir personnel. Et c'est à l'instant très précis et elle se tortillait de plaisir qu'elle entendit d'une oreille distraite la porte s'ouvrir.
Elle ne pouvait ignorer le fait qu'il y avait une personne dans les vestiaires, aussi elle aurait sans aucun doute arrêté ses gestes. Mais d'une certitude absurde, elle savait qui était la personne qui était là.
Avec un sourire sournois, elle prit un malin plaisir à assouvir son plaisir, laissant son imagination décrire la surprise du dragon derrière la porte. Elle savait sans l'ombre d'une hésitation qu'il ne pouvait que sentir son excitation. Tout d'elle devait exploser partout dans la pièce, galvanisant les sens du dragon a ton apogée et rien que d'en être certaine, son plaisir n'en était que décuplé.
Pas un instant elle imagina quelqu'un d'autre derrière cette porte, subissant sans gène les assauts de son fantasme. Et elle se délectait de cette image, se laissant totalement aller a son plaisir, ravissant son bourgeon de plaisir d'une inattendue attention pourtant plus que bienvenu.
Légèrement essoufflée, elle laissa échapper un rire fier. Elle tendit l'oreille, tentant d'apercevoir une quelconque réaction. Mais rien !
Elle termina sa douche avec soin, reprenant peu à peu ses esprits, finissant par se demander si c'était bel et bien Hanori qui était entré, stressant légèrement de s'être laissé aller de la sorte. Et si c'était un membre de l'équipage ?
Quoiqu'il en soit, elle n'allait pas rester des heures là-dedans ! Elle était fatiguée et qu'importent les conséquences, elle n'en restait pas moins fière et forte. Mais sitôt le loquet de sa petite cabine tiré, que la porte s'ouvrit sur Hanori, l'air énervé.
A son air, ce qu'elle avait imaginé était totalement normal, preuve de plus la boss plus qu'évidente que formait son short ! Elle le voyait pourtant, sa bouche s'ouvrant et se fermant alors qu'il cherchait ses mots. Son amour propre a son paroxysme, elle le fixait d'un air amusé.
- Oui Hanori ? Tu voulais me... dire... quelque chose ? dit elle, le taquinant clairement
- Non, mais... qu'est ce que tu aurais fait si ça avait été quelqu'un d'autre ?!
- Sur le moment, qui sait ! fit-elle mutine
À nouveau, les lèvres du dragon tremblèrent de mots sans aucun doute crus qu'il valait mieux garder pour soi. Mais la demoiselle n'en avait pas fini avec cet homme infâme.
- Ne t'inquiète pas voyons, murmura-t-elle en souriant de toutes ses dents, je savais pertinemment que c'était toi...
Elle le regarda un moment avant de le contourner, ravie de voir l'effet qu'elle avait encore sur lui. Quoi qu'il en dise, il était littéralement bouffes par l'envie et elle ne pouvait que s'en délecter.
- Bonne nuit... glissa-t-elle triomphalement avant de fermer la porte de la salle de bain
Cette nuit-là, elle s'endormit facilement, rêvant encore et encore de cette idée presque absurde que l'homme qu'elle aimait finirait bien par lui revenir.