Chapitre Deux [1/2]

2404 Mots
S’il y avait une chose qu'il fallait apprendre sur Morlane, c'était bien qu'elle ferait pas mal de choses pour une petite pièce ! La vie dans l'Ouest était si difficile que pour sortir son épingle du jeu, l'élémental de pluie s'était donné corps et âme. Il y avait de nombreux autres bars dans ce côté de la ville, mais c'était bien le seul qui n'offrait pas de prestation de p**********n. Marlane avait sans doute bien trop de scrupule pour s'autoriser des allures de proxénète, aidant les femmes , principalement des fées mutilées au bord du gouffre de s*******e se vergogne sous son propre toit. Pourtant le sexe vendait et attirait ! Mais la femme de pluie s'était trouvé un autre type de clientèle... Les mariés ! C'était sans doute un pacte muet pour toutes les femmes des alentours de laisser leurs maris boire un verre tranquille sans trop se faire de soucis. Marlane n'en restait pas moins honnête et savait parfaitement comment s'occuper de ses habitués. Lorsque Saria était arrivé et s'était proposé de travailler, la barmaid s'était montrée drastique ! Elle ne lui avait rien épargné durant sa formation, lui faisant rembourser chaque verre cassé... Puis la jeune femme s'était mise à danser ! C'était arrivé une fois par hasard, après une autre dispute avec Hanri. Évidement, voir l'humaine s'agitait au rythme des tambours imaginaire dans une tenue presque transparente, elle aurait pu s'inquiéter. Elle ne voulait surtout pas que son établissement perde de sa superbe ! Mais rien n'était qu'une vulgaire exhibition, bien au contraire, Saria réchauffait les coeurs et donnait du courage ! Les hommes tapaient, riaient, heureux de laisser vagabonder ailleurs les sombres pensées et tracas de la vie. Marlane n'avait pas vu de regard vicieux dans ces moments-là, les clients la regardaient comme ils auraient regardé une enfant qu'ils auraient vu grandir. Alors la propriétaire avait laissé un plat pour y laisser des offrandes, en récompense aux danses de Saria. Il n'y avait jamais eu aucune obligation de participation et parfois même elle avait pu retrouver divers petits cadeaux comme une épingle a cheveux usés ou un bracelet tressé main, spécialité des enfants de la ville. Ce soir-là, le panier semblait abandonné innocemment juste à côté de l'elfe et Saria n'eut aucun doute que la femme de pluie espérait une offrande plus généreuse pour ce client plus riche, mais il s'agissait en réalité plus d'une raison de pouvoir s'approcher de lui en cet instant. L'humaine expira doucement, regardant partout où pouvait bien se trouver sa patronne, mais devina bien vite qu'elle devait sans aucun doute "s'expliquer" avec son époux quelque part ! Alors la jeune femme prit son courage a deux mains, se retenant de jeter un coup d'oeil au-dessus d'elle et prit place naturellement derrière le comptoir, comme pour remplacer l'aubergiste momentanément absente... - Je vous sers quelque chose ? Demanda-t-elle innocemment en lui lançant un sourire qui se voulait rassurant et doux à la fois ? L'elfe ne l'avait pas quitté des yeux durant tout ce temps, la déshabillant d'un regard appréciateur qu'elle mettait un point d'honneur à ignorer. - Ça dépend, tu y serais toi à la carte ? Saria s'attendait à une demande aussi directe, après tout il ne s'était pas caché depuis qu'il était arrivé. Elle était aussi consciente qu'elle devait jouer finement, il n'était pas exclu qu'elle joue au jeu de la séduction si cela lu permettait d'avoir un indice sur la localisation des Elfs, mais elle n'avait cependant aucune envie de trop attirer son attention... Elle sourit alors doucement, se voulant joueuse sans savoir si cela avait l'effet escompté. - Vous n'êtes pas sans savoir que Marlane n'apprécie pas ce genre de carte - Effectivement... Mais je sais où aller pour échapper à la... juridiction de Morlane. Il parlait très lentement, captivant facilement son auditoire. Il n'était pas difficile d'imaginer cet homme en haut de l'échelle. Elle ne pouvait que comprendre le sous-entendu l'humaine lui lança un regard presque complice. Elle ne voulait surtout pas donner l'impression de rejeter sa proposition bien qu'elle se voulait inaccessible. Elle s'appuya alors sur le bois usé du bar, se plongeant dans son regard gris perçant. - Vous êtes un Elf ! S'exclama-t-elle, feignant la surprise. L'homme plissa son regard, la sondant d'un air hautain sans retenue. Il sourit ensuite, semblant satisfait. - Ça joue en ma faveur ! - C'est la première fois que je rencontre un elf ! Je pensais que... enfin de ce qu'on entend... Saria ne savait pas trop comment terminer cette phrase, bien qu'elle semblait évidente. Elle pensait sincèrement que l'Elf réponde à demi-mot malgré tout a sa question en suspend, mais il se contenta de la fixer en silence, attendant qu'elle se dépatouille avec sa maladresse évidente. - Enfin je ne voudrais pas paraitre arrogante, je pensais que les Elf vivaient entre eux... - Beaucoup en effet, mais pas tous ! La jeune femme remplit un verre pour l'un des clients qui lui faisait un signe, bien heureuse d'avoir les mains occupées. Tirer des informations finement était bien plus compliqué qu'il n'y paraissait et elle se fit violence que ce n'était pas son truc. Elle reprit cependant mentalement contenance, cherchant a en savoir plus sans paraitre insistante. - Je suis désolée, je ne voulais pas vous mettre mal à l'aise Elle osa lui lancer un sourire maladroit, et l'elfe sourit à son tour. - Quel est ton nom ? C'était une question rhétorique, tout le monde hurlait son prénom pour passer commande. Aussi elle se fit enjôleuse, lui lançant un regard appréciateur. - Si je vous le dis, vous me pardonnez ? - Comment refuser une telle proposition - Je m'appelle Saria ! - Saria, juste Saria ? Même pas un petit nom ? La jeune femme sut instantanément qu'il cherchait la même chose qu'elle et elle tenta de rester calme. - C'est ça, juste Saria, je suis orpheline ! Je n'ai pas d'autres noms et tout le monde m'appelle Saria. Et vous ? souffla-t-elle l'air de rien, s'excusant mentalement auprès de son père. - Urthel d'Esmereld, je suis le suivant de la noble Régence... C'était une façon bien étrange de se présenter et Saria fut certaine d'une chose... Si les régents de l'Ouest changeaient sans cesse, cet homme face à elle était l'une des causes principales. Il était bien plus dangereux qu'elle ne l'imaginait. Elle savait aussi que chacune de ses mimiques allait être soigneusement analysée par cet être froid et calculateur et qu'elle ne devait rien laisser passer. Heureusement, côtoyer un dragon, c'était aussi apprendre à reconnaitre les tics louches ! Bonne élève, elle feinta la surprise et l'admiration naïve. - C'est rare de trouver une personne de votre importance par ici ! Elle savait parfaitement que sa remarque semblait remettre en question son affirmation. Elle jouait avec le feu, mais la présence de Hanori juste au-dessus d'elle la rassurait. Si elle était certaine d'une chose, c'était bien que le dragon ne perdait pas une miette de cette conversation. Une nouvelle fois elle se retint de jeter un oeil vers la fenêtre du plafond et se lécha les lèvres. - Tu ne me crois pas ? - Qui sait ! répondit-elle en haussant les épaules d'un air désinvolte, je ne pensais pas trouver un non humain a un haut poste, encore moins un elf ! Instantanément, elle sut qu'elle avait touché une corde sensible. Piqué au vif, l'Elf se replaça sur sa chaise, lui lançant un regard à peine voilé de colère. Elle devait lui semblait bien hautaine, l'humaine qui osait le soumettre a sa condition de non humain et c'était tant mieux ! - À ton avis, d'où proviennent les sceaux si les elfes ne sont plus là ? Saria lui lança un regard incrédule. Cette question, elle ne se l'était jamais posé ! C'était si stupide de sa part qu'elle s'injuria mentalement. Comment était-elle passée à côté d'un détail aussi important ? Certes jusqu'ici elle n'était pas en quête de guerre contre l'esclavage des non humains, elle avait simplement oeuvré pour que ses amis vivent en paix. Mais il n'en restait pas moins qu'il était légitime de se poser cette question. Si les elfes étaient réellement partis vivre entre eux sans plus entrer en contact avec les autres espèces, d'où provenaient les sceaux elfiques actuellement ? - Vous voulez dire que c'est vous qui fournissiez les sceaux ? Elle n'avait plus besoin de feindre la surprise tant elle était réelle. Elle ne savait pas du tout comment on pouvait créer un sceau, les Elfs s'étant bien gardés de le dévoiler. Mais était-ce possible qu'un seul représentant de l'espèce puisse s'occuper fournir le produit mondialement parlant ? Elle manquait cruellement d'information à ce sujet... - Ah je pique ton intérêt on dirait ! Tu veux que je te montre ? Son regard se voila, glaçant le sang de la jeune femme. C'était une proposition avec de nombreux tranchants et elle n'était même pas certaine de pouvoir sortir indemne de ses griffes si elle prenait le risque. Tous ses sens l'alertaient et elle préféra les écouter plutôt que de prendre un risque si insensé. - Si vous voulez ramener une femme dans votre lit ce soir, pourquoi venir dans notre bar ? L'elfe dut sentir le changement de ton, car il se détendit sur sa chaise, sachant sans l'ombre d'un doute qu'il ne ramènerait pas sa proie. - Si je voulais une p**e, j'irais aux putes ! Cracha-t-il avant de vider son verre. L'homme paya d'un geste presque rageur, comme s’il estimait avoir perdu son temps et prit la porte sans même lancer un regard de plus vers l'humaine. Saria resta un moment surprise, perdue de cette fin de conversation peu banale. Une main se posa sur son épaule et Marlane, de retour depuis elle ne savait combien de temps la fixait comme pour s'assurer que tout aillait bien. La jeune femme sursauta et ses nerfs lâchèrent d'un coup. Comme ci le rôle qu'elle avait tenu jusque là venait de voler en éclat, Saria se mit a tremblait de toute part, un long et désagréable frisson la transperçant de part et d'autre. La femme de pluie fit une moue rageuse, laissant un faible nuage de pluie reprendre possession des lieux et la prise soudainement dans ses bras un moment, la laissant se calmer. - Va prendre l'air, ça te fera du bien ! Sans un regard de plus, l'élémental aux allures de dure à cuire la relâcha et reprit naturellement sa tache, le nuage à présents disparus. Mais Saria s'en fichait, elle voulait juste sortir se reprendre, à l'abri des regards. Elle n'attendit pas une seconde invitation pour suivre son conseil et elle se précipita presque par la porte arrière. La rue était noire, la nuit ayant pris totalement possession des lieux. La seule source de lumière était les étoiles, haute et rassurante dans le ciel. Immuablement la ou elles devraient être. La jeune femme tremblait encore un peu sans réellement comprendre pour quelle raison elle se trouvait à présent dans cet état. Elle fixa le ciel, soufflant pour récupérer le contrôle de ses nerfs lorsqu'un bras la tira derrière, l'attirant dans un antre de chaleur et de bien-être. Aussitôt dans ses bras, elle se calma, son corps à présent totalement ressemé. - Tu pourrais au moins te méfier ! Ne serait-ce qu'un peu ? Saria éclata de rire, à présent calmé. Elle ne voulait cependant pas reprendre de distance avec lui. Elle se tourna alors dans ses bras, et se logea contre lui, s'accrochant sans pouvoir s'en détacher. - Alors j'étais comment ? - Imprudente et parfaite ! Tu peux être fière de toi... Je vais devoir me méfier de toi maintenant. - Je ne te mentirais jamais à toi... souffla-t-elle d'une voix pleine de vérité Hanori souffla, posant son menton sur sa tête à elle, le regard perdu dans le vague. Cette petite soirée fut une torture pour le dragon qui n'avait eu de cesse de vouloir la rejoindre. Lui aussi avait besoin de ce contact pour se rassurer, mais comme à chaque fois qu'il se retrouvait trop proche d'elle, une petite voix lui chanta au creux de l'oreille qu'il ne devait pas. Il voulut alors se détacher d'elle, reprendre le contrôle, mais la jeune femme se montra ferme, s'accrochant encore a lui. - Non s'il te plait... Attends encore un peu... juste un peu... Il sentit son nez remonter contre sa poitrine et il hésita à baisser des yeux. Il savait que s’il osait se plonger dans son regard vairon, il ne pourrait se défaire de son emprise, mais d'un autre côté, elle semblait en avoir tant besoin qu'il ne put résister bien longtemps. Alors ses yeux noirs rencontrèrent les siens et il perdit pied. Son corps ne répondait plus du tout à ses craintes, mais plutôt a elle, cette femme si spéciale pour lui. Ses ailes se refermèrent automatiquement sur eux, les enfermant dans une intimité qu'il était impossible de percer. Le noir de la nuit les envahit tous les deux, mais leurs regards ne pouvaient se détacher l'un de l'autre. Il était clair qu'elle n'arrivait plus à réellement le distinguer bien que ses iris s'habituaient à l'obscurité, mais il n'en restait pas moins vrai qu'elle ne pouvait se soustraire à sa pression. Mue par une envie irrépressible de plus, Saria se redressa sur la pointe des pieds, cherchant a présent ses lèvres qu'elle désirait ardemment. Dès qu'elle se courba, Hanori ne put retenir un trés léger mouvement de recul sans pour autant se soustraire totalement et alors elle reprit pied avec la réalité. Avec une tendresse infinie, elle posa alors ses lèvres sur sa joue, tentant de lui souffler combien elle l'aimait. Elle fit mine de vouloir prendre quelques distances et les ailes du dragon s'ouvrirent naturellement sur son passage. Elle le voyait bien que son ami était désorienté mais elle savait aussi qu'elle ne pouvait rien faire pour l'aider en cet instant si ce n'est s'éloigner... - Je vais aller me reposer, je pense que c'est le mieux... Bonne nuit, Hanori, et merci pour ce soir ! Si le dragon n'avait pas été là, elle était à moitié certaine qu'elle n'aurait été aussi tranquille ! Marlane lui accorda le reste de sa soirée sans poser de questions et la jeune femme rejoignit bien vite ses draps, tentant de ne plus repenser aux lèves de Hanori...
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