Chapitre 9 : L'Envers du Décor

1009 Mots
Élise Élise Je marchais côte à côte avec Damien, mais le silence entre nous était lourd, comme un poids que nous portions sans nous parler. Nous passions devant des rues désertes, où les pavés semblaient connaître nos pas sans jamais nous juger. Nous n’étions pas seuls, mais la ville autour de nous semblait appartenir à un autre monde, figée dans une lumière crépusculaire. Je sentais quelque chose d’invisible nous observer, mais je n’arrivais pas à déterminer si c’était la ville elle-même ou le passé de Damien qui nous traquait. Nous arrivâmes bientôt devant une vieille porte en bois, grise et usée par les années. Un simple auvent l’abritait, à peine capable de défendre les murs de la pluie battante. Damien posa une main sur la poignée, hésitant un instant, puis la tourna lentement. Il se tourna vers moi, son regard plus sombre que jamais. "Ce n’est pas un endroit pour les curieux, Élise," dit-il d’une voix basse, grave. "Tu n’es pas obligée de venir, tu sais. Tu n’es pas prête." Je m’arrêtai un instant, mon cœur battant plus fort que d’habitude. Il y avait dans sa voix cette nuance de prévenance, mais aussi une invitation à franchir une frontière que je n’étais pas sûre de vouloir franchir. Un frisson me parcourut, mais une impulsion irrépressible me poussa en avant. Cette voix, qui m’avertissait, n’était pas celle d’un homme cherchant à me protéger. C’était celle d’un homme qui me testait. "Je suis prête," répondis-je avec fermeté, bien que mon esprit fût empli de doutes. "Je veux voir." Damien hocha la tête, un sourire à peine perceptible sur les lèvres. Il poussa la porte et nous entraîna dans une pièce sombre, presque austère. L’intérieur sentait l’humidité, et l’air était lourd de poussière et de secrets anciens. Des étagères en bois soutenaient des objets divers et des livres aux couvertures usées, tandis qu’une table au centre semblait être le cœur du lieu. Autour de nous, des toiles étaient suspendues aux murs, des portraits, des scènes figées dans le temps, mais étrangement animées par une force presque surnaturelle. Je m’approchai d’un tableau particulier. C’était une œuvre sombre, presque perturbante. Une femme, les yeux vides, était dessinée dans un noir profond, son visage à peine éclairé par une lumière froide. Elle semblait avoir été capturée dans un instant de douleur. Mon visage se figea alors que j’observais les détails – les ombres sur son visage, l’expression figée qui semblait presque m’accuser. C'était comme si cette peinture m’avait appelée, m’avait attirée dans ses bras froids, prête à me dévoiler des secrets enfouis depuis longtemps. "Qui est-elle ?" demandai-je, ma voix tremblant malgré moi. Damien s’approcha, posant doucement une main sur mon épaule. "C'est une partie de mon passé, Élise. Une partie que j’ai laissée derrière moi. Mais elle n’est pas aussi morte que j’aimerais qu’elle le soit." Je le regardai, intriguée et terrifiée à la fois. "Pourquoi me montrer ça ?" Il me fixa, son regard chargé d’une douleur contenue, avant de répondre d’une voix basse : "Parce que tu dois comprendre. Tu veux savoir ce qu’il y a dans mon monde, mais tu n’as aucune idée de ce que cela implique. Ce tableau... c'est ce que j’étais. C’est ce que j’ai perdu." Je me détournais de la toile, la gorge nouée par l’intensité de ses mots. J’avais l’impression que chaque mot qu’il prononçait me percutait avec une force brute. Damien, cet homme mystérieux, semblait toujours aussi distant, mais maintenant, à travers la douleur dans sa voix, il devenait plus réel, plus humain. Je le voyais tel qu’il était vraiment, avec ses failles et ses blessures, et cela me donnait envie de comprendre. Mais à quel prix ? "Et maintenant ?" demandai-je, mes yeux cherchant les siens dans cette obscurité quasi totale. "Qu’est-ce que tu veux de moi ?" Damien s’approcha lentement, son regard se faisant plus perçant. Il prit une profonde inspiration, comme pour se préparer à une vérité qu’il n’était pas certain de vouloir dévoiler. "Je veux que tu comprennes pourquoi je fais ce que je fais. Pourquoi je t’ai attirée ici, pourquoi je t’ai laissée pénétrer dans mon monde. Parce qu’au fond, Élise, il n’y a pas de retour en arrière. Une fois que tu as vu ce que j’ai à te montrer, il n’y a pas de place pour l’ignorance. Ce que j’ai fait, ce que je continue à faire, c’est plus que des choix. C’est une nécessité." Je frissonnai sous ses mots. "Tu veux me lier à toi, c’est ça ? Me rendre complice de ce qui se cache dans les ombres de ta vie ?" Damien me fixa intensément, sans répondre tout de suite. "Ce n’est pas une question de complicité. C’est une question de survie. Si tu veux vivre, Élise, si tu veux sortir de ton passé, il faut accepter de regarder ce que tu crains le plus. Tu as les yeux pour voir ce qui se cache, mais es-tu prête à voir la vérité, même si elle est dévastatrice ?" Il se recula, comme si le poids de ses paroles était trop lourd pour être supporté à cet instant. "Je t’ai conduite ici pour une raison. Si tu choisis de continuer, il n’y a pas de retour en arrière." Je me tenais là, figée, prise entre la peur et la curiosité, entre la volonté d’aller de l’avant et la crainte de ce que j’allais découvrir. J’avais l’impression d’être au bord du gouffre, et chaque décision que je prendrais désormais me ferait basculer dans l’inconnu. Mais je n’avais pas l’intention de reculer. Pas cette fois. "Je veux savoir, Damien," dis-je d’une voix calme mais déterminée. "Je suis prête." Dans le silence qui suivit, il m’offrit un léger sourire, presque imperceptible. Puis, d’un geste lent, il tourna une clé cachée dans un tiroir du bureau. Un bruit sourd résonna alors, comme une porte qu’on ouvrait dans l’obscurité. "Alors, viens," dit-il, "le voyage ne fait que commencer." Et je, le cœur battant, franchis une nouvelle étape dans ce monde obscur et mystérieux. Un monde où l’amour et la douleur s’entrelacent.
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