Monique… La construction d’un nouvel ancrage « J’aimerais que tu me racontes l’histoire de ta famille », dis-je à ma mère. J’accentue le possessif. Je ne dis pas « notre » famille. Dans cet instant ce n’est pas la mienne. La mienne, je la connais à peine. J’allume le dictaphone. « Tu te prends pour monsieur Nantley ? » Ma mère ironise pour cacher son embarras. Je sais qu’elle n’a pas envie de répondre, de se plonger dans des souvenirs qui lui sont douloureux, mais j’en ai un peu assez de toutes ces zones d’ombre. Elle tente une diversion en me proposant un café, suggestion que j’écarte en poussant le dictaphone vers elle : « Raconte ! » Elle a parlé une bonne demi-heure. J’ai fini par m’adoucir, j’ai accepté son café en signe de paix. Et j’ai retraversé le quartier avec un pot de confit


