Éloïse passa le reste de la journée incapable de se concentrer. Les mots du professeur glissaient sur elle sans laisser de trace, tandis que son esprit revenait sans cesse à Adrien.
Je ne devrais pas être ici… pas près de toi…
Ces phrases tournaient en boucle dans sa tête.
À la sortie des cours, le ciel était couvert. Un vent frais annonçait la pluie. Éloïse ajusta sa veste et sortit de l’académie, le cœur encore agité. Elle s’attendait presque à revoir Adrien devant le bâtiment… mais il n’était pas là.
Une étrange déception l’envahit.
— Éloïse !
Elle se retourna.
Lucas avançait vers elle, sourire confiant aux lèvres.
Lucas Morel.
Il faisait partie de sa vie depuis longtemps. Trop longtemps, peut-être.
Grand, sportif, toujours impeccable, il attirait naturellement l’attention. Ils s’étaient rencontrés un an plus tôt à l’académie et, depuis, il ne cachait pas son intérêt pour elle.
— Tu pars déjà ? demanda-t-il.
— Oui… j’ai un peu mal à la tête.
Lucas la regarda avec attention, comme s’il cherchait quelque chose sur son visage.
— Tu es bizarre aujourd’hui. Il s’est passé quelque chose ?
Éloïse hésita.
— Non, rien d’important.
Il sourit, mais son regard se fit plus sérieux.
— Tu sais que tu peux tout me dire.
Ces mots, pourtant bienveillants, la mirent mal à l’aise. Avant qu’elle ne puisse répondre, la pluie commença à tomber doucement.
— Viens, je te raccompagne, proposa Lucas.
Elle accepta par politesse.
Une présence dérangeante
Ils marchaient côte à côte sous le parapluie de Lucas. Le silence était pesant. Éloïse sentait son regard se poser sur elle à plusieurs reprises.
— J’ai vu le type avec qui tu parlais ce matin, dit-il soudain.
Éloïse se figea légèrement.
— Quel type ?
— Le brun. Devant l’académie.
Il marqua une pause.
— Tu le connais ?
Elle chercha ses mots.
— Je l’ai rencontré… hier.
Lucas hocha lentement la tête.
— Fais attention à lui.
— Pourquoi ? demanda-t-elle, surprise.
Lucas s’arrêta net sous la pluie.
— Parce que ce genre de gars ne traîne jamais là par hasard.
Éloïse fronça les sourcils.
— Tu parles comme si tu le connaissais.
— Disons que… j’ai déjà entendu parler de lui.
Un frisson parcourut Éloïse.
— Parler de lui comment ?
Lucas hésita, puis répondit :
— Adrien Delacroix n’est pas quelqu’un de simple. Sa famille est impliquée dans des affaires… compliquées. Des histoires d’argent, de pouvoir.
Le nom résonna dans l’esprit d’Éloïse.
Delacroix.
— Tu racontes n’importe quoi, murmura-t-elle.
— J’aimerais, répondit Lucas. Mais crois-moi, ce type traîne des problèmes. Et toi… tu n’as rien à faire là-dedans.
Ils reprirent la marche, mais quelque chose s’était brisé.
La vérité commence à émerger
Le soir, Éloïse n’arrivait pas à dormir. La pluie frappait doucement la fenêtre. Les paroles de Lucas s’entrechoquaient avec celles d’Adrien.
Si je te dis la vérité, tu pourrais être en danger.
Elle se leva et alla regarder son téléphone. Aucun message. Aucun appel.
Elle soupira, puis décida d’écrire :
Adrien… on doit parler. Vraiment.
Quelques secondes plus tard, son téléphone vibra.
Retrouve-moi demain, 19h. Pont Saint-Louis. Viens seule.
Son cœur manqua un battement.
Une mise en garde
Le lendemain, alors qu’Éloïse quittait l’académie, Lucas l’attendait à nouveau.
— Tu sors ce soir ? demanda-t-il.
— Oui… pourquoi ?
Il la regarda droit dans les yeux.
— Ce type, Adrien… il va te détruire si tu le laisses entrer dans ta vie.
— Tu te trompes, répondit-elle avec plus de fermeté qu’elle ne l’aurait cru.
Lucas serra les mâchoires.
— Je dis ça parce que je tiens à toi.
Éloïse baissa la voix.
— Peut-être… mais ce n’est pas à toi de décider pour moi.
Il recula légèrement, blessé.
— Très bien. Mais ne dis pas que je ne t’ai pas prévenue.
Le rendez-vous
Le pont Saint-Louis était presque désert à cette heure-là. Les lampadaires projetaient une lumière dorée sur l’eau sombre. Éloïse arriva la première, le cœur battant.
Adrien apparut quelques minutes plus tard.
Il n’avait plus ce sourire tranquille. Son visage était fermé, tendu.
— Tu es venue, dit-il simplement.
— Oui. Et cette fois, tu vas me dire la vérité.
Il posa ses mains sur la rambarde du pont, regardant l’eau.
— Ma famille contrôle des choses… qu’elle ne devrait pas. Des entreprises, des gens. Des vies.
Éloïse sentit son souffle se couper.
— Et toi ?
— Moi, je voulais fuir tout ça. Mais on ne quitte pas les Delacroix aussi facilement.
Il se tourna vers elle.
— Si quelqu’un découvre que je me rapproche de toi, ils utiliseront toi pour m’atteindre.
— Alors pourquoi me revoir ? demanda-t-elle, la voix tremblante.
Adrien la regarda intensément.
— Parce que malgré tout… je n’arrive pas à m’éloigner de toi.
Le silence fut brisé par des pas derrière eux.
Éloïse se retourna brusquement.
Lucas se tenait là, à quelques mètres.
— Je savais que tu viendrais, dit-il froidement.
Adrien se redressa, méfiant.
— Éloïse, éloigne-toi de lui, ordonna Lucas.
— Arrête ! cria-t-elle. Vous n’avez pas le droit de décider à ma place !
Les deux hommes se regardèrent, la tension palpable.
Éloïse comprit alors une chose essentielle :
son cœur venait de se placer au centre d’un conflit bien plus grand qu’elle.
Et ce n’était que le début.