Néopolis ne s’éveilla pas.
Elle bascula.
Les écrans géants, habituellement saturés de publicités et de flux d’informations, s’éteignirent tous en même temps. Une seconde de silence absolu. Puis une image unique s’imposa sur chaque façade, chaque terminal public, chaque montre connectée.
Le logo d’Helix Corp.
— C’est une prise de contrôle globale, cria un technicien dans le QG de la Résistance. Ils verrouillent les transports, l’énergie, les communications !
Les sirènes hurlèrent dans toute la ville.
Les trains s’immobilisèrent entre deux stations.
Les feux de circulation passèrent au rouge permanent.
Les drones de sécurité descendirent dans les rues.
Le chaos monta en quelques minutes.
— Elias Vorn ne fait plus semblant, dit Kael, livide. Il veut une démonstration de force.
Aïden se tenait immobile devant la baie vitrée. La ville s’étendait sous ses yeux, brillante et fragile à la fois.
Il la sentait.
La peur collective.
La confusion.
La colère qui montait comme une onde.
— Il utilise ECHO-PRIME, murmura-t-il. Pas totalement… mais assez pour plier la ville.
Selene le fixa.
— Si tu interviens maintenant, tout le monde saura ce que tu es.
— Je sais.
Lya s’approcha de lui.
— Aïden… si tu fais ça, il n’y aura plus de retour possible.
Il tourna la tête vers elle.
— Il n’y en a déjà plus.
Un nouvel écran s’alluma dans la pièce.
Elias Vorn apparut.
Pas une projection floue.
Pas une voix désincarnée.
Lui.
Debout dans une salle sombre, les mains croisées derrière le dos.
— Citoyens de Néopolis, dit-il calmement. Ceci n’est pas une attaque. C’est une correction.
Des images défilèrent : embouteillages, crimes, manifestations, effondrements sociaux.
— Votre ville est malade. Trop de liberté. Trop de chaos. Helix Corp apporte l’équilibre.
Kael frappa la table.
— Il parle comme un sauveur…
— Parce qu’il se voit comme tel, répondit Aïden.
Vorn sourit légèrement.
— Et toi, Aïden Kaël… si tu m’entends, tu sais que j’ai raison.
Aïden ferma les yeux.
— Il me sent aussi.
Lya serra sa main.
— Alors montre-lui qu’il se trompe.
Dehors, un drone descendit brutalement et projeta un faisceau lumineux sur une place bondée.
— Restez immobiles. Ordre d’Helix Corp.
Une femme cria.
Un enfant tomba.
Un tir de sommation claqua.
Quelque chose se brisa en Aïden.
Il inspira profondément.
— Ouvrez-moi un accès extérieur, dit-il calmement.
Kael hésita.
— Tu vas te montrer à tout le monde.
— Justement.
La Résistance activa une passerelle de diffusion indépendante.
— Une fois que tu commences…, dit Selene.
— Je ne m’arrêterai pas à moitié.
Aïden fit un pas en avant.
Et la ville l’entendit.
Pas une voix amplifiée.
Une sensation.
Comme si le bruit de fond s’apaisait soudain.
Les drones hésitèrent.
Les écrans clignotèrent.
Puis une nouvelle image remplaça celle d’Helix.
Aïden.
Debout. Calme. Le regard clair.
— Habitants de Néopolis, dit-il. Je ne suis pas Helix. Je ne suis pas votre maître.
Un murmure parcourut la ville.
— Je suis l’erreur qu’ils ont créée… et qu’ils n’ont jamais pu contrôler.
Vorn se figea devant ses écrans.
— Intéressant…, murmura-t-il.
Aïden continua :
— On vous dit que l’ordre vaut plus que votre liberté. Que votre peur justifie leur contrôle.
Les feux de circulation passèrent au vert.
Les trains redémarrèrent lentement.
— C’est faux.
Les drones reculèrent de quelques mètres.
— L’ordre imposé n’est qu’une prison propre.
Un à un, les drones se posèrent au sol.
Désactivés.
Dans les rues, les gens levaient les yeux, stupéfaits.
— Je ne vous dirai pas quoi faire, conclut Aïden. Je vous rends ce qu’on vous a volé.
Les écrans redevinrent neutres.
Le système d’Helix venait d’être court-circuité publiquement.
Au QG, le silence était total.
— Tu viens de déclarer la guerre au monde entier, souffla Selene.
— Non, répondit Aïden. À un seul homme.
L’image de Vorn réapparut.
Il applaudissait lentement.
— Magnifique. Tu as choisi le chaos visible plutôt que l’ordre invisible.
— J’ai choisi les gens.
— Alors tu as choisi la perte.
Son regard devint dur.
— À partir de maintenant, tout ce qui tombera sera de ta responsabilité.
La transmission coupa.
Lya posa sa main sur le bras d’Aïden.
— Tu vas bien ?
Il tremblait légèrement.
— J’ai senti chaque personne…, murmura-t-il. Leur peur. Leur espoir.
— Et ?
— Je ne pourrai plus jamais faire semblant de ne pas savoir.
Kael les rejoignit.
— Helix vient de placer une prime mondiale sur toi.
Aïden hocha la tête.
— Je m’y attendais.
Il regarda la ville, encore agitée mais libre.
— Ils me verront comme un danger.
— Et nous ? demanda Lya.
Il la regarda, intensément.
— Nous allons devoir devenir quelque chose de plus qu’une Résistance.
Un symbole nouveau apparut sur les écrans internes du QG.
Un simple mot.
ÉVEIL
Et quelque part, dans l’ombre, Elias Vorn souriait.
Parce que la partie venait enfin de devenir intéressante.