12

828 Mots
12 — Quoi ? — T’es sourde ou quoi ? J’ai dit : p****n, marche ! Il crie, me faisant sursauter légèrement. Je sors par la porte, mes jambes tremblantes peinent à marcher sans que je tombe. Je vais trop lentement au goût de Carter, alors il attrape mon poignet et commence à me tirer dehors. Mon poignet va être couvert de bleus. Ryan est déjà garé dehors, adossé à la voiture, les bras croisés. — Tu l’emmènes où ? demande-t-il. — Te mêle pas de ça. Carter me soulève et me jette sur le siège passager. Je manque de me cogner la tête contre le plafond de la voiture. — Doucement avec elle, lance Ryan en s’approchant, faisant face à Carter, torse contre torse. Carter esquisse un sourire désagréable, comme un avertissement. Ryan comprend le message et a l’intelligence de reculer. — Bon garçon, ricane Carter. Et Ryan, débarrasse-toi des corps. Il prend place sur le siège du conducteur. Je regarde Ryan, qui me fixe droit dans les yeux. Je baisse le regard, n’osant plus le regarder. La voiture se met en route. Je m’enfonce dans le siège et j’essuie les larmes qui commencent à s’accumuler sous mes yeux. J’ai envie de crier ou peut-être de m’arracher les cheveux, mais je ne veux pas qu’il sache qu’il a gagné. — Il a tué quelqu’un ? je demande, cherchant à comprendre. — Détends-toi, ton petit copain serait même pas capable d’écraser une mouche. — Alors pourquoi il bosse pour toi ? je lâche, confuse et nerveuse. — Je l’ai trouvé à Hawaï. Il avait besoin d’argent, alors je lui ai donné du boulot. — Quel genre de boulot ? je demande en me tournant enfin vers lui. Il garde les yeux sur la route tout en tournant le volant. — C’est pas tes putains d’affaires. Je croise les bras sur ma poitrine, j’abandonne l’idée de l’interroger et je me tourne vers la fenêtre. Le reste du trajet se passe dans un silence presque total. Il ne parle pas, la radio est éteinte. Honnêtement, je ne sais même pas où je vais. m***e, je devrais probablement poser la question. Et s’il m’emmène dans un trou paumé juste pour me tuer ? Non… il ne ferait pas ça. Ou peut-être que si ? — On va où ? — Quelque part, répond-il sèchement, sans vraiment me donner de réponse. — Et “quelque part”, c’est où ? je repose la question, en espérant une réponse plus claire. — Cabo. — Cabo ? p****n de Cabo ! J’ai une vie, des amis, une famille et une mère ultra-contrôlante ! je m’énerve. — Tu crois vraiment que ta mère ne sait pas ce que je fais dans la vie ? Ou où tu vas ? — Ma mère a essayé de fuir son passé, pas de le revivre avec toi, je marmonne, assez fort pour qu’il entende. — Ton père et moi, on est deux hommes très différents. On gère les affaires autrement. — Ouais, toi tu préfères tuer des gens dans ta cuisine. — Et ton père, lui, il faisait ça dans le dos de ton mec, balance-t-il avec un sourire sarcastique. J’ai toujours su que mon père avait des affaires douteuses, mais jamais il n’a impliqué ma mère ou moi. Il nous a protégées de ce monde. — Ramène-moi à la maison, je chuchote. Il m’ignore, levant les yeux vers le ciel orageux. — On va devoir passer la nuit à l’hôtel. — Essaie pas de changer de sujet, Carter. Il m’ignore encore. Je peux pas rester dans une chambre d’hôtel avec lui, seule. Regarde ce qui s’est passé la dernière fois qu’on était seuls. J’ai trahi ma mère. Et lui aussi. Je me renfonce dans mon siège en faisant la moue. Pourquoi Dieu me fait toujours ça ? Je vois l’enseigne lumineuse de l’hôtel 6 de l’autre côté d’un petit immeuble. Le grand numéro du diable brille. Il gare la voiture près de l’entrée. Je lève les yeux vers la pluie qui inonde le ciel. J’ai ni veste ni parapluie. — Comment tu veux que je descende, là ? Il pleut ! — Facile. Tu ouvres la portière et tu sors, répond-il d’un ton blasé. Putain d’arrogant. J’ouvre la portière et je cours jusqu’à l’intérieur de l’hôtel, manquant de glisser sur le sol trempé. Carter entre lentement, sous la pluie. Tout le monde me regarde bizarrement, sûrement parce que j’ai failli me ramasser comme une m***e. — Une chambre pour une nuit, dit-il à l’homme de la réception. Le réceptionniste se met rapidement à taper sur son clavier. Une seule chambre ? — Je dors pas avec toi. Je croise les bras sur ma poitrine. Il fait exprès de me faire ça, pour me prouver un point tordu. Ses yeux s’illuminent d’une curiosité malsaine. — Aimperturbablemuse-toi bien à dormir dehors, alors, dit-il en souriant. Un éclair frappe dehors. Je sursaute. Même la f****e nature est contre moi.
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER