— Génial, et je peux savoir ce qui te fait croire que ça me fait plaisir ?
Brett est le grand frère d’Aurélie, il est aussi à l’université, mais les options, qu’il a prises depuis le lycée, l’ont fait partir sur un autre territoire, et il ne rentre que rarement. Ce type me hait du plus profond de son cœur depuis toujours, et je ne sais absolument pas pourquoi.
— Tu aurais pu me prévenir plus tôt, je serais allée passer l’été ailleurs !
— Sympa pour moi, se vexe-t-elle.
À juste titre, j’admets.
— Aurel, Brett me déteste, il ne peut pas me voir en peinture !
— Rhô, arrête ! Tu ne l’as pas vu depuis plus d’un an, il a évolué.
— Est-ce qu’il sait que tu organises mon anniversaire, dans sa maison, le jour où il rentre ?
— Non, il le verra en arrivant. C’est aussi ma maison après tout, dit-elle avec un sourire machiavélique qui me donne des frissons.
Je jure que cette fille aime être au cœur des emmerdes, ce n’est pas possible autrement.
— Depuis quand aimes-tu autant le danger ? Si la fête est gâchée, ce sera ta faute, la préviens-je.
Vu la tête qu’elle affiche, j’ai presque l’impression qu’elle s’en réjouit d’avance. A bien y réfléchir, ce ne serait pas la première fois.
Notre petit-déjeuner tout juste terminé, Nathan et Jason débarquent avec les bras bien chargés.
— Joyeux anniversaire Mac ! s’exclame Jason en me tendant les bras après avoir posé deux enceintes.
— Jace ! On avait dit, pas avant ce soir ! s’énerve Aurélie pendant que j’accepte l’étreinte chaleureuse de mon ami.
— Désolé, poupée, j’avais oublié, dit-il d’un air absolument pas désolé qui me fait rire.
Il rit aussi et m’embrasse sur le front, puis je me fais extraire de ses bras par ce que je suppose être Nate.
— Salut sexy bébé, murmure-t-il à mon oreille en refermant ses bras sur moi.
J’adore qu’il m’appelle comme ça, mais je ne veux pas qu’il le fasse.
C’est dangereux…
— Nate, je t’ai dit mille fois de ne pas m’appeler comme ça, chuchoté-je pendant qu’Aurélie et Jason se disputent.
— Je m’en fiche, je veux le faire tant que je peux encore. Et avec un peu de chance, ce soir tu seras à moi.
— L’espoir fait vivre, ris-je. Et puis, tu ne crois pas que tu le saurais déjà ?
— Pas nécessairement.
Bien sûr, il pense que mes gènes de loup retiennent le lien, comme entre deux loups. Ils ne se trouvent qu’une fois que les deux compagnons ont atteint leur majorité, soit vingt ans.
— Si tu le dis. Maintenant, laisse-moi aller m’habiller.
Il ronchonne, embrasse mon cou et me relâche. Je m’échappe sans me retourner. J’aimerais pouvoir lui expliquer pourquoi il ne peut pas être mon compagnon, ça me fait mal de lire autant d’espoir dans ses yeux, mais encore une fois, je ne peux pas, je n’ai pas le droit, j’ai fait une promesse.
***
Les garçons finissent de décharger la voiture quand Aurélie et moi sortons, prêtes pour une journée intense de préparatifs.
— Le vol de Brett est annulé, il ne va pas pouvoir rentrer aujourd’hui, est en train de dire Nate à Jace.
— Sérieux, vous étiez au courant ? Pourquoi est-ce qu’on n’a pas prévu de faire la fête ailleurs ? m’énervé-je.
— Pourquoi ? demande innocemment Jace. Tu ne veux pas le voir ?
— Non, pas vraiment ! Ce type a envie de désolidariser ma tête de mes épaules chaque fois qu’il me voit !
— Pourtant, il était déçu de ne pas être là ce soir, il avait l’air impatient de te voir, lui.
Nate n’arrive pas à retenir un grognement.
— Pff, n’importe quoi, répliqué-je pour faire bonne figure alors que mon traître de cœur bondit de joie et s’effondre en même temps.
Oui, je sais, l’image est particulière.
— Bah, il est peut-être conscient qu’il est possible que tu sois sa compagne, rajoute Jace.
— Plutôt crever, réponds-je en écho au nouveau grognement de Nate, mais une douleur sourde vibre au creux de mon estomac et remonte dans ma gorge.
— Arrête d’agir comme si Mac t’appartenait déjà, gronde Jace à Nate.
— C’est l’hôpital qui se fout de la charité là ! me moqué-je de lui, ravie qu’il m’offre un détournement d’attention.
— De quoi tu parles ? demande-t-il soudain mal à l’aise.
— Peut-être que Nate est le compagnon d’Aurélie, le provoqué-je en croisant les bras.
Tombant instantanément dans mon piège, il grogne, furieux.
— Et maintenant, tu vois de quoi je parle ? lui demandé-je, moqueuse.
Il pâlit et se trémousse, gêné. Comme à chaque fois que je le taquine sur le sujet, il aimerait dire quelque chose, je le vois, mais il reste muet.
— Ne me mêle pas à vos conneries, râle Aurel qui est rouge comme une pivoine.
Elle se détourne pour aller fouiller dans un carton de décorations, Jace se concentre sur la disposition des enceintes, et moi, je commence à ranger tout objet personnel de Christine et Léonard qui pourrait ne pas survivre à la soirée.
Je sens un corps se presser contre moi et devine aussitôt que c’est Nate, avant même de sentir ses mains sur mes hanches et ses lèvres dans mon cou.
— Ai-je rêvé, ou tu m’as défendu ?
— Pourquoi est-ce que ça t’étonne ?
— Parce que tu réfutes constamment l’idée que l’on soit compagnons.
— C’est faux ! me défends-je. J’essaie juste de nous préserver d’une déception.
C’est vrai, j’aurais adoré être la compagne de Nate, mais sachant que ce ne sera pas le cas, je fais tout mon possible pour qu’il ne s’accroche pas à cette idée, même si la plupart du temps, j’échoue lamentablement.
— Donc, tu n’es pas complètement écœurée par l’idée d’être avec moi ?
— Bien sûr que non, idiot. Et celle qui l’est ne te mérite pas. Mais tu dois te faire à l’idée que nous ne le sommes probablement pas.
— On verra bien, déclare-t-il avec un sourire en coin.
Il attrape mon menton, me vole un b****r et se retourne comme si de rien n’était.