LETTRE XLIX RICA À USBEK À *** Étant l'autre jour dans ma chambre, je vis entrer un dervis extraordinairement habillé. Sa barbe descendait jusqu'à sa ceinture de corde ; il avait les pieds nus ; son habit était gris, grossier et en quelques endroits pointus. Le tout me parut si bizarre que ma première idée fut d'envoyer chercher un peintre pour en faire une fantaisie. Il me fit d'abord un grand compliment, dans lequel il m'apprit qu'il était homme de mérite et de plus capucin. « On m'a dit, ajouta-t-il, monsieur, que vous retournez bientôt à la cour de Perse, où vous tenez un rang distingué. Je viens vous demander votre protection et vous prier de nous obtenir du roi une petite habitation, auprès de Casbin, pour deux ou trois religieux. — Mon père, lui dis-je, vous voulez donc aller en


