Mars 1915Je reprends le cours de mes écritures, deux mois sans le moindre mot. Je reviens de l’enfer, des combats sanglants, des morts par milliers, et les survivants qui voient leur raison vaciller. On peut facilement les reconnaître, ils avancent comme des automates, ont le regard vide et le visage fendu d’un sourire béat. Cela fera huit mois que je n’ai plus revu mes raisons de vivre. Cela devient insupportable. Les hommes sont sales, pas rasés et de méchante humeur. Les ordres que serinent les petits lieutenants morveux sont ponctués en final, immanquablement, de : « b***e de péquenots », ce qui provoque dans les compagnies des invectives qui frôlent l’insurrection. Moi, je me suis blindé d’une carapace d’indifférence qui m’empêche d’être entraîné dans cette spirale d’insoumission, t


