Quand il vit le prince devant sa porte, dans le costume du seigneur noir, le marquis resta sans voix. Il se força à reprendre ses esprits. Il invita le prince à entrer. Devinant que la situation était de la plus haute importance, il se dirigea vers son bureau. Il demanda à son secrétaire de ne laisser personne entrer. Ils s'assirent l'un en face de l'autre. Le marquis demanda :
- Votre Altesse, qu'est-ce qui vous amène ? Cela fait longtemps que vous n'êtes pas venu ! Mais dites-moi d'abord ce que vous faites avec le costume du seigneur noir sur vous !
- Et si je te disais que c'est moi le seigneur noir ?
- Je ne vous croirais pas, vous êtes trop gentil pour endosser pareil costume. Je ne vous vois pas du tout en train de débourser les amis de votre père en pleine nuit.
- Tu as raison, mais j'ai trouvé la cachette du seigneur noir ! S'emporta le prince. Elle se situe...
- Chut !!! Le coupa Maxim. Pas si fort ! Les murs ont des oreilles !
- Elle se situe dans une vieille maison laissée à l'abandon, dans des souterrains. Reprit le prince en chuchotant. Tu sais qui est derrière le masque du seigneur noir ?
- Euh ! Non, pourquoi ?
- Eh bien, moi, je le sais ! C'est cet imposteur de Carmain !
- Euh ! Votre Altesse ?
- Oui ?
- Il y a une chose dont j'aurais dû vous parler il y a longtemps !
- Et qu'est-ce que c'est ?
- Je... Euh, je me demandais pourquoi vous ne veniez plus me voir !
- Ne m'en veux pas Maxim ! Tu sais que depuis un certain temps, mon père se croit obligé de me gâcher la vie en voulant me marier avec une fille d'un des pays voisin. La dernière était une vieille fille !
- Elle ne pouvait pas être si moche que ça !
- Tu paries ! Elle avait plus de moustache que toi, les yeux qui se croisaient. En plus elle faisait une tête de plus que moi. Et ce n’est pas tout, elle parlait même pas français, elle devait avoir une quarantaine d'année, même mon père aurait pu se marier avec elle.
- Pauvre de vous, je suis sûr que vous auriez préféré que l'on vous propose votre cousine ! S'amusa Maxim
- Comment as-tu deviné ?
- Je n'ai aucun mérite, vous m'en parliez à longueur de journée avant que votre père ne vous estime en âge de vous marier.
- Ne parlons plus de ça, je suis ici pour autre chose. C'est à propos de ma cousine.
-Encore elle ? Vous ne pouvez donc pas tenir une conversation sans en parler.
- Maxim, ne m'interromps pas, s'il-te plaît, c'est déjà assez dur comme ça !
- Pardonnez-moi votre Altesse, veuillez continuer !
Le prince commença à raconter à son ami la situation. Pendant ce temps, le marquis remplissait deux verres d'alcool. Henri accepta celui qu'il lui tendait. Quand il eut fini de raconter sa rencontre avec sa cousine et le vieil homme, Maxim se leva. Il était élancé et musclé. Ses yeux gris fixent étaient la preuve qu'il réfléchissait intensément. Il se mit à tourner en rond comme un lion en cage, la comparaison aurait fait sourire Henri si la situation n’avait pas été aussi dramatique. Son ami avait toujours été un grand séducteur, mais il était aussi et avant tout, de très bon conseil et trouvait des solutions à toutes les situations.
- Votre Altesse, je préférerais que vous ne tentiez rien, jusqu'à ce que cette affaire ait été résolue. Ce matin, j'avais vaguement entendu parler d'une affaire d'enlèvement... Mais, j'y pense, Vous n'étiez pas à la campagne avec vos amis ?
- Si, mais je voulais t'en avertir, je sais que tu m’es toujours de bon conseil.
- Je pense que le mieux serait de ne pas attirer les soupçons. Faites comme si vous ne saviez rien, et retournez à votre partie de chasse à la campagne. Ne vous confiez à personne. Ah... Encore un détail, ne parlez à personne de l'affaire du seigneur noir. Conseil d'ami !
- Bien, je ferais tout ce que tu m'as dit. Fais attention à toi mon ami !
- De même pour vous Votre Altesse !