Prologue

762 Mots
Prologue Où Jean Failler reprend la plume et où Mary Lester se voit infliger un mois de congé avec solde. Pour le trentième récit de ses aventures et mésaventures, Mary Lester m’a instamment prié de reprendre la plume. Je m’étais bien juré de ne plus me mêler de sa vie, mais Mary a été plus éprouvée par son enquête à Brest qu’elle veut bien l’avouer. Ceux qui l’ont suivie au cours de ses pérégrinations du monastère de Landévennec au port de commerce de Brest savent combien cette affaire a été rude et comment elle s’est terminée tragiquement, dans la fureur et dans le sang. Un voyou est mort, trois autres ont été blessés et le lieutenant Fortin a failli perdre la vie; Mary elle-même a eu le cuir chevelu entamé par une balle. À deux centimètres près, elle aussi aurait eu droit à la médaille d’honneur de la police à titre posthume. Elle a eu beau faire la brave, on ne sort pas intacte d'une telle aventure. Je ne la sentais plus dans de bonnes dispositions pour écrire. Alors, je lui ai proposé mes services, qu’elle a acceptés avec empressement. Son patron, le commissaire Fabien, sur recommandation du psychologue de la police, l’avait mise en disponibilité pour un mois, ce qui, bien sûr, l’avait fait râler : — Je ne suis pas malade, que diable! avait-elle dit en apprenant cette mesure. — Ordre du médecin, avait tranché le commissaire Fabien. Reposez-vous, prenez du bon temps… — Du bon temps… du bon temps… vous en avez de bonnes, avait-elle grommelé. Puis elle s’était inquiétée : — Fortin est-il lui aussi en congé? Le commissaire Fabien avait eu un geste de la main pour évacuer la question : — Fortin, ce n’est pas pareil! Réponse qui avait fait croiser les bras à Mary : — Comment ce n’est pas pareil? avait-elle demandé avec indignation. Il a été plus gravement blessé que moi! Il était à l’article de la mort, souvenez-vous… — Je m’en souviens parfaitement, avait coupé le commissaire, agacé. Finalement, tout le monde sortait de l’hosto, dans ce commissariat : Fortin et Mary pour blessures, le commissaire Fabien à la suite d’un grave ennui de santé. Mais celui-ci avait repris du poil de la bête après son opération. Il avait arrêté le tabac, et ça se voyait. Il n’avait plus la mine terreuse des gros fumeurs, son teint s’était éclairci et son visage sérieusement remplumé. — Seulement, avait-il poursuivi, Fortin est un homme… — Et alors? Cette réponse, il l’attendait. Elle avait jailli comme la foudre des lèvres serrées de Mary Lester. — Mary, avait encore ajouté le commissaire, vous avez été touchée à la tête… — Je l’attendais, celle-là, dites tout de suite que je suis gaga! — Pff! avait fait le commissaire, ce que vous êtes… Il s’arrêta net. Il avait failli employer une expression triviale et ce n’était pas dans ses habitudes. Il rectifia le tir au dernier moment. — … Agaçante! Ses doigts impatients trituraient une cigarette fantôme. Il poursuivit : — Je prends n’importe qui dans ce commissariat et je lui annonce qu’il a un mois de repos, et il sera au comble du bonheur. Vous, vous faites la gueule! Comme elle ne répondait pas, consciente sans doute d’être allée un peu loin, le commissaire Fabien ajouta en ponctuant sa phrase de tapotements de l’index sur son sous-main : — Fortin anime un stage de self-défense à Saint-Malo. Il forme les jeunes recrues. Voilà qui l’éloigne un peu du terrain et qui le remet dans le bain. Elle demanda : — Il y est pour longtemps? — Tout le mois d’octobre. Ensuite, il reprendra ses fonctions au commissariat. Il la fixa de ses petits yeux bleus, inquisiteurs : — En même temps que vous. Là, vous êtes contente? Elle soupira : — Oui, patron. Puis elle lui sourit : — Merci! Elle ajouta d’une petite voix : — Excusez-moi, je me laisse parfois emporter… Le commissaire persifla : — C’est en partie ce qui fait votre charme, ma chère Mary. Tiens, elle était redevenue « sa chère Mary »! Elle retint néanmoins le « en partie », tandis que Fabien tempérait son propos : — Mais n’en abusez pas! Elle lui sourit plus largement : — Reçu cinq sur cinq, patron. — Magnifique, ironisa le commissaire, vous parlez comme un gendarme, à présent. Elle répondit, sérieuse comme un pape : — Ne vous l’ai-je pas déjà dit? J’exerce un métier qui porte aux mauvaises fréquentations. — Je ne le répéterai pas, assura le commissaire. Il fit quelques pas dans la pièce : — Qu’allez-vous faire de ces vacances? Il leva la main pour prévenir une réponse courroucée. —…Si je ne suis pas indiscret. — Je vais aller rendre visite à une amie qui s’est installée sur la côte nord. — Dans le Pas de Calais? — Non! Nous avons aussi une côte nord dans le Finistère! — À la bonne heure! Il lui tendit la main : — Revenez-nous dans un mois, et en pleine forme s’il vous plaît! Elle hocha la tête en serrant la petite main nerveuse du commissaire Fabien. — Si c’est un ordre… — C’est un ordre, assura Fabien. Et vous feriez bien de vous y conformer. Elle lui fit son plus beau sourire. — Entendu, patron.
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