L'Omnipotence
Carmen
Le monde autour de moi sembla s'effondrer à mesure que Dante se leva lentement, comme un roi qui se prépare à délivrer son verdict. La pièce, qui semblait si vaste et imposante, devint soudainement étouffante. Ses gestes étaient mesurés, chaque mouvement calculé, et son regard, toujours aussi glacial, me transperçait, me rappelant ma propre impuissance.
Je me tenais là, la gorge serrée, le cœur battant à tout rompre, cherchant à comprendre ce qui allait suivre. Il m'avait dit que tout cela était une question de pouvoir, de sacrifice, et je sentais que ce moment marquerait un tournant décisif. J'avais cru jusqu'à maintenant qu'il n'avait pas d'autres options, qu'il ne pouvait pas aller plus loin. Mais Dante, lui, n’était pas du genre à se contenter de peu. Et il le prouvait chaque jour un peu plus.
"Tu veux voir l'étendue de mon pouvoir, Carmen ?" demanda-t-il, sa voix douce mais terriblement autoritaire. Il n'attendit même pas ma réponse. "Regarde bien. Parce que, dans ce monde, il n'y a que ceux qui possèdent le pouvoir qui dictent les règles. Et toi… tu n’as encore rien vu."
Il leva la main, d’un geste fluide, presque imperceptible. Mais alors que ses doigts s’élevaient, un changement se produisit. La température dans la pièce chuta soudainement, un froid glacial m’enveloppant comme un voile. J’eus l’impression que l’air devenait plus dense, plus lourd. Un frisson parcourut mon dos, et mes jambes faillirent céder sous le poids de ce qu'il venait de déclencher.
Dante se tourna lentement vers moi, un sourire imperceptible sur les lèvres. "C'est une des facettes de mon pouvoir, Carmen. Ce que tu ressens, ce froid qui te saisit, c’est l’étreinte de ma volonté. Je n’ai besoin que d’un geste, d’un mot, pour que tout se plie à ma volonté."
Je ne pouvais plus respirer normalement, ma poitrine se contractant sous la pression. Chaque instant qui passait semblait suspendu, comme si le temps lui-même obéissait à ses caprices. Tout en moi, mes certitudes, mes résistances, se brisaient sous l’intensité de cette démonstration de puissance.
Il fit un autre mouvement, cette fois plus grand, et une fissure apparut soudainement dans le sol, creusant un profond abîme juste sous mes pieds. Je reculai d’un pas, choquée par l’intensité de ce qu’il venait de faire. La pièce, autrefois solide, semblait se décomposer sous ses doigts.
"Je peux faire disparaître ce que je veux. Manipuler la réalité. Façonner ce monde à ma convenance." Il s’approcha de moi lentement, son regard toujours aussi inébranlable. "Et toi, Carmen… tu crois encore que tu peux m’échapper ? Que tu peux me résister ?"
Ma bouche était sèche. Le sentiment de terreur que je ressentais était palpable, mais au fond de moi, je refusais de montrer ma faiblesse. Je savais que c’était ce qu’il attendait. Il voulait me voir flancher. Il voulait voir si j'étais prête à tout abandonner pour garder un semblant de contrôle.
Je pris une grande inspiration, essayant de calmer ma respiration erratique. "Ce que tu fais… c’est de la manipulation. Ce n’est pas du pouvoir, Dante. Le pouvoir, c’est plus que ça."
Il sourit légèrement, comme si mes paroles étaient à la fois une déclaration naïve et une tentative de rébellion. "Le pouvoir, Carmen, ce n’est pas une question de moralité. Ce n’est pas une question de bien ou de mal. C’est une question de contrôle. Et dans ce monde, celui qui contrôle est celui qui est tout-puissant. Regarde bien ce que je peux faire."
Ses yeux se firent plus sombres, et d’un geste sec, il fit apparaître une projection dans l’air, une image floue, mais qui se précisait rapidement : celle de mes parents. Je les vis dans un lieu sombre, une pièce qu’ils ne connaissaient pas, attachés, les yeux écarquillés de peur, mais impuissants, incapables de réagir.
Je m’élançai en avant, mes mains tremblantes. "Non ! Dante ! Laisse-les !"
Il me retint d'un simple geste de la main. Je m'arrêtai net, une douleur lancinante traversant mon ventre. Je compris alors que tout ce qu’il venait de montrer n’était pas simplement une illusion. Il avait le pouvoir de manipuler les lieux, les personnes, de les enfermer dans des prisons invisibles que même leurs esprits ne pouvaient comprendre. Tout dans ce monde se trouvait entre ses mains.
"Tu vois, Carmen ?" dit-il d’une voix plus calme. "Tu crois encore que tu peux me résister, mais ce n’est pas ainsi que ça fonctionne. Tu veux sauver tes parents ? Tu veux les protéger ? Tu veux vraiment être forte ?"
Je le fixai, une rage brûlante se formant dans mes entrailles. Mais il continua, sans pitié.
"Tu veux savoir ce que ça fait de tout avoir entre ses mains ? De manipuler la réalité à sa guise ? Laisse-moi te montrer." Il leva de nouveau la main, et, cette fois, les images des parents disparurent, remplacées par d'autres : des souvenirs que j’avais oubliés, des scènes de mon passé, des moments que j’avais préférés ignorer. Des images de ma propre faiblesse, de mes erreurs, de mes regrets. Tout ce qui m'avait hantée, tout ce que j'avais tenté d'effacer, était là, devant mes yeux.
"Le vrai pouvoir, Carmen," dit-il doucement, "c’est celui de savoir tout contrôler. Et pour cela, il faut savoir regarder les failles, les fissures, et s’en nourrir."
Je voulais hurler, mais aucune parole ne sortit. La douleur était trop grande. Je savais que tout cela n’était qu’un avertissement. Il me montrait ce qu'il pouvait faire si je continuais à lui résister. Si je ne me soumettais pas. Ce n'était pas simplement un jeu. C'était la réalité crue de ce qu'il était capable de créer, de détruire, de manipuler.
Il se pencha alors vers moi, son souffle caressant mon visage. "Tu veux un choix, Carmen ? Tu veux sauver tes parents ? Alors tu sais ce que tu dois faire. Il n'y a pas d’autre issue. Soumets-toi, et tu pourras récupérer ce que tu as perdu. Sinon…" Il laissa sa phrase en suspens, mais je savais exactement ce qu’il signifiait.
Je fermai les yeux, essayant de maîtriser ma peur. C'était trop. Tout était trop. Mais dans ce silence, une pensée traversa mon esprit. Peut-être que tout cela n'était qu'une étape. Une épreuve pour me briser, me forcer à plier. Mais je ne voulais pas céder. Pas encore.
"Je ne suis pas comme toi," murmurai-je, ma voix faible mais déterminée. "Je ne suis pas une de tes marionnettes."
Dante resta silencieux un moment, avant de se redresser. "On verra combien de temps tu pourras tenir avant de briser." Il tourna les talons, me laissant seule avec cette ombre de pouvoir qu'il avait déployée. Et à ce moment précis, je compris que tout venait de changer. Le jeu venait de commencer, et il n'y aurait plus de retour en arrière.