La désobligeanteCALAIS
Un homme mécontent de lui-même a du moins cet avantage de se trouver fort traitable, et disposé à conclure promptement un marché. L’étiquette et l’usage veulent qu’un voyageur en France et en Italie se munisse d’une chaise de voyage, et la nature toujours propice à nous offrir nos convenances me fit parcourir de l’œil la cour de l’auberge dans l’intention de louer ou même d’acheter quelque meuble de cette espèce et convenable à mes projets.
Une vieille Désobligeante, délaissée dans un coin de cette cour, captiva ma pensée à la première vue. Je m’acheminai vers elle, je me blottis dedans au moment même, et la trouvant passablement en harmonie avec mes goûts et mes besoins, je priai le garçon d’appeler M. Dessein, le maître de l’auberge. J’appris que M. Dessein était en ce moment aux vêpres, et me souciant fort peu de me rencontrer avec le franciscain que j’aperçus de l’autre côté de la cour s’entretenant avec une dame qui venait d’arriver à l’auberge, je tirai entre lui et moi le rideau de taffetas, déterminé que j’étais à écrire mon voyage. Je pris ma plume et mon encre, j’en écrivis la préface dans la Désobligeante.