Belleville : misère et pauvreté, ivraie et bon grainUne fille de seize ans et un garçon de quatorze allongés dans la poussière sur le bord d’une piste. Ils ont soif et sont hébétés, visages couverts de cendres. C’est Félicité, c’est moi, il y a très longtemps, au siècle passé. Près du grand fleuve. Les ruines de notre village fument. Où est notre maman ? Nous avons soif. Félicité n’a pas réalisé ce qui s’est passé, elle s’accroche à l’espoir, à ce qui en est le signe tout-puissant : la lumière du soleil qui distribue des rayons encore doux à travers les flamboyants. Moi, je me sens aveuglé, mes poumons sont encore emplis de l’odeur âcre des fumées, les convulsions qui m’ont pris tout à l’heure ralentissent, ce qui me ramène à la conscience douloureuse. Je sais, je comprends tout. Je voud


