Permission1915. Une permission, enfin, dix jours loin des canons, des charniers, des collines défoncées, des aboiements d’hommes hagards, de la boue, de poux et des rats. Matthieu a sombré et peut-être déliré dans le compartiment bondé de bidasses. Il a appris par un télégramme de sa mère, distribué sur le quai avant le départ de cette petite gare de nulle part, que Blaise est tombé au champ d’honneur dans l’Aisne. Sur le quai, il en est encore si hébété qu’il chancelle, fatigue aidant, sous son havresac et il a presque du mal à reconnaître cette jeune fille au grand chapeau, à l’élégante robe lilas à pois blancs serrée à la taille, qui l’attend et lui ouvre les bras. Ils s’assoient dans un café de la gare, à la terrasse, et se prennent les mains, les caressant, se regardant longuement sa


