Chapitre 5
J'arrive à l'hôpital un peu anxieuse. Je n'en reviens pas de ce que je suis en train de faire. Je n'aurais jamais pensé qu'un jour, j'aurais à donner de ma personne pour pouvoir sauver une parfaite inconnue.
Je suis enfin au bloc opératoire pour une ponction de la moelle osseuse.
- Vous avez compris, ça sera un micro prélèvement pour une biopsie, mais pas le prélèvement définitif. Nous devons nous assurer que votre moelle osseuse est saine.
- Oui, j'ai bien compris.
- ça sera juste un petit prélèvement sous anesthésie locale. Le prélèvement se fera sous anesthésie générale s'il a lieu.
- J'ai bien compris.
Le médecin fait la ponction et m'installe dans une chambre. Je sens que l'anesthésie se réveille. C'est un peu douloureux, mais ça reste supportable. Entre temps, je reçois un coup de téléphone de Guillaume qui me fait très plaisir. Il voulait s'assurer que j'aille bien. Je trouve ça très généreux de sa part. Le médecin vient me voir en fin de journée.
- Comment ça va ?
- J'ai un peu mal !
- C'est normal. On va vous donner des anti-douleur.
- Docteur ?
- Oui !
- Qu'est-ce-que ça dit ?
- Après l'étude de votre moelle, elle est saine et votre sœur va pouvoir recevoir la greffe.
- C'est une bonne nouvelle.
- Il faudra que vous reveniez dans dix jours pour le prélèvement définitif. Johanna doit avoir recours à une chimiothérapie intensive pendant dix jours pour détruire les cellules malades afin d'accueillir la greffe.
- D'accord !
- La famille vous dédommagera pour vos aller et retour.
- Je n'ai rien demandé.
- Toutefois, ça sera fait quand même !
- Je peux sortir quand ?
- Demain. Désolé de devoir vous faire subir encore une fois ça dans dix jours, mais cet examen était capital. Dans dix jours, ça risque d'être plus douloureux, car le prélèvement sera plus important.
- D'accord.
- Après, ça sera fini. Vous pourrez rentrer chez vous et reprendre votre vie. Je vous fournirai les coordonnées de l'un de mes confrères à Paris pour un petit suivi, mais ça sera peut-être deux visites. Une à un mois post-prélèvement et l'autre à trois mois.
- D'accord ! Je tiens à l'anonyma docteur.
- Oui, ne vous inquiétez pas. Je n'ai pas le droit de trahir l’anonymat si vous me le demandez.
- Très bien.
Une fois le médecin parti, j'en profite pour me rendormir un petit peu.
(CHANGEMENT DE NARRATRICE : JOHANNA)
Dans la journée, le médecin me reçoit dans son bureau.
- J'ai un donneur compatible pour vous.
- Ce n'est pas vrai ! (étonnée)
- Oui, une personne qui a de nombreux marqueurs communs et qui va pouvoir vous faire ce don.
- Mais c'est super ! C'est une bonne nouvelle.
- Oui !
- Mais je croyais qu'il n'y avait personne sur la liste !
- Nous avons élargie nos recherches à titre international. Le donneur vient de très loin.
- Mais c'est super ! Je pourrais rencontrer cette personne ?
- Malheureusement non ! Cette personne souhaite préserver l’anonymat.
- Pourquoi ?
- C'est son choix !
- Je ne peux pas avoir quelques renseignements au moins ? D'où elle vient par exemple ? Si elle est jeune ou pas ! Si c'est un homme ou une femme.
- C'est une femme, elle vient de Paris en France et elle a une quarantaine d'années. C'est tout ce que je peux vous dire.
- D'accord ! Paris ! Elle vient de la France juste pour me faire ce don. C'est très généreux de sa part.
- Oui, c'est vrai !
- Je peux vous poser une question ?
- Je vous écoute !
- Si je m'en sors, si la greffe fonctionne. Vous pensez que je pourrais reprendre mes fonctions ?
- Johanna ! Vous êtes une excellente chirurgienne et vous avez fait des miracles sur de nombreuses personnes. Je vous promets que si la greffe marche vous allez bientôt pouvoir refaire des merveilles avec votre bistouri !
La médecin m'explique ce qu'il va se passer. En rentrant chez moi, je passe un coup de téléphone.
- Allo !
- Salut Ron !
- Johanna !
- ça va ?
- Bien et toi ?
- Bien ! Enfin j'essaie. Ron ! J'ai bien fait une rechute.
- Oh non ! Ce n'est pas vrai !
- Normalement tout devrait bien se passer. Le médecin a trouvé un donneur pour une greffe de moelle osseuse. J'ai quatre-vingt pour cent de chance de m'en sortir.
- Je le souhaite et je l'espère de tout cœur.
- Tu te rends compte qu'il y a une chance sur un million de trouver quelqu'un de compatible. C'est une femme qui vit à Paris qui va me faire ce don !
- Paris ! En France ?
- Oui ! Cette femme vient de France pour me sauver la vie !
- Oui, c'est vrai que c'est une chance.
- C'est pour ça que ça ne peut que marcher. On ne peut pas avoir autant de chance pour que ça ne marche pas après.
- Tu as raison ! Tu recevras la greffe quand ?
- Dans dix jours. Je vais devoir faire de la chimiothérapie de manière intensive pendant dix jours pour éliminer les cellules malades.
- Bon courage Johanna.
- Merci, je vais en avoir besoin.
- J'aimerais venir te voir !!
- ça va aller Ron. Je vais devoir être en chambre stérile, mes cheveux risquent de tomber ! Non, je ne veux pas que tu me vois comme ça !
- Tu es sûr ?
- Si je guéris, je te promets de revenir vous voir à Chicago.
- Alors je t'attends et après on réglera certaines choses.
- Ron ! On ne va pas revenir là-dessus !
- Ne commence pas Johanna !
- D'accord ! A bientôt !
- Salut Johanna. Je t'embrasse.
- Moi aussi !
Je raccroche et retrouve un semblant d'espoir ! Et si je m'en sortais finalement ! Néanmoins, ce que je n'arrive pas à comprendre pourquoi cette femme souhaite absolument préserver son anonymat !? Je m'imagine de belles choses en me disant que si je m'en sors, je pourrais opérer à nouveau et peut-être cette fois-ci envisager sérieusement de faire ma vie. C'est vrai, j'ai trente-six ans et ma vie sentimentale c'est juste le néant. Je n'ai pas de mec, pas d'enfant et même pas un chat pour combler ma solitude. Tu parles d'une vie ! Pas étonnant que la maladie me court après ! Je pense d'ailleurs que je n'ai toujours pas annoncé à mes parents qu'ils m'avaient trouvés un donneur compatible. Pour ce soir, je vais juste appeler Mike, je n'ai pas envie de parler à mes parents. J'avoue que cette histoire de soeur cachée me glace encore le sang. Puis depuis je n'arrête pas de me poser des questions sur elle. Qui est elle ? Est-ce-qu'elle est encore vivante ? Est-ce qu'elle a bien évolué ? Je n'en sais rien et je pense que j'aimerais beaucoup savoir qui elle est, mais bon, je pense pas que ça soit une bonne idée d'essayer de la retrouver. Elle a plus de quarante ans, elle a fait sa vie sans nous.
Le lendemain, je rentre à l'hôpital pour le début de ma chimio. J'appelerais mes parents après ma première séance.
A suivre.