— Dr Vega ? pensa Alinna, profondément troublée. Comment est-ce possible que je n’aie jamais entendu parler de l’admission de Maïa ?
Un grondement lointain résonnait dehors, comme si un orage approchait, quand la discussion prit une tournure inattendue. Le professeur Miller, visiblement surpris lui aussi, fixa Maïa.
— Vous connaissez personnellement le docteur Vega ?
Maïa esquissa un sourire discret, presque calculé.
— On peut parler de concours de circonstances. Ma mère l’a soutenu financièrement jusqu’à la fin de ses études. Lorsqu’il a enfin percé, il lui a promis de lui rendre la pareille. Depuis, il conseille nos entreprises et accepte toutes nos demandes.
Un frisson parcourut l’échine d’Alinna. Dans son enfance, elle avait grandi sous la protection de Mme Dwayne. Une fois devenue indépendante, elle s’était présentée à elle sous l’identité de « Dr Vega », uniquement pour exprimer sa gratitude, cachant son véritable nom. Depuis des années, elle aidait discrètement les sociétés de Mme Dwayne, sans jamais rien demander en retour. Pourtant, Maïa parlait d’elle comme d’un simple outil à leur service. C’était totalement faux.
Et malgré tout, Miller semblait convaincu.
— Le docteur Vega enseigne actuellement quelque part ? demanda-t-il.
— Pas encore, répondit Maïa avec assurance. Mais j’ai promis au doyen de l’inviter à Solaria.
— C’est une excellente nouvelle ! s’exclama Miller. Puis, se tournant vers Alinna : Vos recherches rejoignent exactement les siennes. Je pourrais vous présenter. Avec son soutien, votre entrée en troisième cycle reste envisageable.
Maïa afficha une mine inquiète.
— Vous en êtes certain, professeur ? La famille Leroy finance une grande partie de nos projets. Ils investissent des sommes colossales chaque année…
Miller haussa les épaules.
— Le docteur Vega est extrêmement recherché. Heddon, Oxford, plusieurs groupes privés tentent de l’attirer. S’il accepte de collaborer avec nous, aucun mécène ne pourra rivaliser.
Maïa soupira, faussement résignée.
— Il n’accepterait que pour ma mère. S’il s’agissait de moi, il nous soutiendrait sans hésiter. Mais Alinna est la fille illégitime de mon père et s’oppose à ma mère… Alinna, veux-tu que je lui en parle malgré tout ?
— Ce n’est pas nécessaire, répondit Alinna d’une voix froide.
Elle força ensuite un sourire à l’intention du professeur.
— Ne vous inquiétez pas. Je n’ai jamais eu l’intention de poursuivre un doctorat.
Miller en fut profondément affecté. C’était lui qui avait remarqué son talent et insisté pour qu’elle vise plus haut. Il n’imaginait pas une telle conclusion.
Les yeux humides, il déclara :
— Dans ce cas, je vous préparerai une recommandation professionnelle.
Line ricana avec dédain.
— Inutile. Elle a offensé M. Leroy et croit encore pouvoir faire carrière ici ? Elle se berce d’illusions.
Miller se redressa, choqué.
— Je refuse de croire qu’à Solaria, une carrière puisse être détruite pour une querelle personnelle ! Alinna, si vous n’avez aucune opportunité, je vous engagerai comme assistante.
Une vague de chaleur envahit Alinna.
— Professeur, ce n’est qu’un malentendu entre M. Leroy et moi. Tout sera clarifié très bientôt. Ne vous inquiétez pas.
— Dans ce cas, revenez me voir, répondit Miller, soulagé. Ma porte vous restera ouverte.
Elle croisa son regard empli d’espoir.
— Je vous le promets. Je reviendrai.
Elle s’imagina un instant enseigner à Solaria.
Mais Maïa, les poings crispés, bouillonnait. Pourquoi Miller accordait-il autant de crédit à Alinna, alors qu’elle-même excellait dans tous les domaines ? Était-il, lui aussi, influencé par son apparence ?
Sa jalousie éclata.
— Alinna, comptes-tu encore provoquer M. Leroy ? Il est marié ! Ce que tu fais est honteux…
La voix de Poppy jaillit, chargée de colère.
La gifle partit sans avertissement.
La joue d’Alinna brûla sous l’impact. Devant Miller, Line venait de la frapper sans la moindre retenue.
Elle la désigna du doigt.
— Espèce d’ingrate ! Tu as oublié les règles de cette famille ! Va t’excuser immédiatement auprès de ta sœur et jure de ne plus jamais approcher les Leroy !
La chaleur qui animait Alinna s’éteignit instantanément, remplacée par un froid tranchant. Line ne l’avait jamais prise au sérieux. Pour elle, Alinna restait cette enfant docile, silencieuse, terrifiée devant Maïa.
Si elle ne comprend que la violence, pensa-t-elle, alors je n’hésiterai plus.
Maïa observait la scène avec satisfaction. Elle se souvenait de l’époque où Alinna encaissait sans jamais répondre. Mais depuis leurs retrouvailles à l’université, cette version d’elle avait disparu.
Elle souriait encore quand Alinna s’avança lentement.
Elle crut à des excuses.
Elle se trompait.
Alinna leva brusquement la main et frappa Maïa, une fois à droite, une fois à gauche.
Deux claquements secs retentirent.
Le silence tomba aussitôt. Maïa chancela, sidérée.
— Alinna Dwayne ! hurla Line. Comment oses-tu ?!
Mais Alinna se retourna lentement. Son regard était glacial, presque inhumain. Une aura oppressante se dégageait d’elle.
Line recula, pétrifiée.
— Qu… qu’est-ce que tu comptes faire ? Je suis ta mère ! Tu lèverais la main sur moi ? Tu es monstrueuse !
Alinna répondit d’une voix tranchante :
— Tu n’as jamais été une mère. N’attends donc aucune dévotion de ma part.
Elle fixa Maïa.
— Continuez à juger ma vie, et je ferai subir à Maïa bien pire que ce que vous m’avez fait endurer.
Puis elle se tourna vers Miller et s’inclina profondément.
— Merci pour tout, professeur. Je tiendrai ma promesse.
Elle quitta la pièce sans se retourner.
Ce n’est qu’une fois la porte refermée que Line se précipita vers Maïa.
— Mon trésor, elle t’a fait mal ? Quelle humiliation…
Maïa, les joues brûlantes, tremblait de rage.
— Comment a-t-elle osé ? D’où lui vient cette assurance ?
Poppy murmura, encore sous le choc :
— M. Leroy s’intéresserait-il vraiment à elle ? Impossible… Elle est mariée. Comment pourrait-il aimer… quelqu’un de déjà utilisé ?
Maïa partageait ce doute, mais l’image du visage d’Alinna s’imposa à elle.
Un malaise sourd s’insinua dans son esprit.
Quant au professeur Miller, encore figé, son regard glissa vers Poppy.
Était-ce réellement la mère d’Alinna ?
Il crut discerner, entre elle et Maïa, une ressemblance troublante.
Alors qu’Alinna franchissait le portail de l’université, son téléphone vibra.
C’était Samuel.
— Patronne, j’ai compris ! Je sais pourquoi Nohan affirme être marié… sans se rendre compte que c’est avec vous !