La solitude pensante

948 Mots
Élise ouvrit un tiroir et en sortit une vieille photo. Elle et Antoine, souriants, enlacés, le soleil couchant illuminant leurs visages. C’était un été, un de ces moments où tout semblait simple, où aimer Antoine ne signifiait pas se battre contre ses démons. Elle effleura du bout des doigts le visage rieur de son mari, celui qui lui manquait tant. Elle entendit un bruit derrière elle. Antoine venait de rentrer. Elle se précipita vers lui, dissimulant la photo derrière son dos comme une adolescente prise en faute. — Tu es là. Antoine leva un sourcil, un peu surpris. — Ben oui, où veux-tu que je sois ? Elle sourit faiblement. — Je pensais juste… que tu rentrerais plus tard. Il haussa les épaules et se laissa tomber sur le canapé. — J’avais pas envie de sortir ce soir. Ce n’était rien. Une simple phrase, un constat banal. Mais pour Élise, c’était une victoire. Il était là. Avec elle. Peut-être que ce soir, ils pourraient parler. Peut-être qu’il se souviendrait de ce qu’ils avaient partagé. Elle alla chercher deux verres et une bouteille de vin. — Ça te dit qu’on boive un verre ensemble ? Comme avant ? Antoine la regarda, puis soupira. — Élise… Son ton était las, agacé. — Juste un verre. Il la fixa un instant avant de tendre la main. — OK. Elle se pressa de remplir son verre avant qu’il ne change d’avis, un mince espoir battant dans sa poitrine. Ils trinquèrent en silence. Elle le regardait, cherchant un signe, un geste qui prouverait qu’il était encore là, quelque part, sous cette fatigue et cet ennui. — Tu te souviens de ce voyage en Espagne ? demanda-t-elle doucement. Antoine haussa un sourcil. — Quel voyage ? Elle rit, un peu nerveusement. — Celui où tu t’es perdu dans les ruelles de Barcelone et où on a fini par manger dans ce minuscule restaurant familial… Il fronça les sourcils, essayant de se rappeler. — Ah ouais… Peut-être. Son cœur se serra. Il ne se souvenait pas. Ou pire : il s’en fichait. Elle but une gorgée de vin pour masquer sa peine. — C’était un beau moment. — Si tu le dis. Il vida son verre d’un trait et se leva. — Je vais me coucher. Élise le regarda disparaître dans la chambre, ses mains serrées autour de son verre. Elle voulait croire que ce n’était pas perdu. Que quelque part, sous cette indifférence, il y avait encore l’homme dont elle était tombée amoureuse. Mais chaque soir, il lui échappait un peu plus. Victor – Un mur de silence Ce soir-là, Victor n’en pouvait plus. Des mois, peut-être des années qu’il contenait cette frustration, qu’il évitait la confrontation par peur du rejet total. Mais ce soir, il n’y arrivait plus. Camille était encore sur son téléphone, assise sur le canapé, les jambes repliées sous elle. Son regard glissait sur l’écran, absorbé par des conversations qui n’étaient pas avec lui. Victor prit une profonde inspiration et s’avança. — Camille, on peut parler ? Elle ne leva pas les yeux immédiatement. Il attendit, sentant déjà l’agacement dans sa posture. — Parler de quoi ? demanda-t-elle finalement, la voix neutre. — De nous. Cette fois, elle posa son téléphone sur l’accoudoir du canapé, mais sans grand enthousiasme. — Victor, qu’est-ce que tu veux que je dise ? Il serra les poings pour se donner du courage. — Je veux comprendre. Comprendre pourquoi tu es là sans être là. Pourquoi tu ne me regardes plus, pourquoi tu ne me touches plus. Camille haussa les épaules. — Je n’ai rien à dire. Cette réponse le blessa plus qu’un cri, plus qu’une dispute. — Rien ? répét a-t-il, incrédule. Tu n’as vraiment rien à dire ? Elle soupira, visiblement fatiguée de cette conversation avant même qu’elle ne commence. — Victor, on tourne en rond. Tu es malheureux, je suis malheureuse. Pourquoi est-ce qu’on doit toujours en parler ? — Parce que j’essaie encore ! lança-t-il, la voix tremblante. J’essaie de nous sauver, mais toi, tu t’en fiches ! Elle le regarda enfin, et ce qu’il vit dans ses yeux le foudroya. Ce n’était pas de la colère. Ni de la tristesse. Juste… de l’indifférence. — Je suis fatiguée, Victor. Elle reprit son téléphone et recommença à faire défiler son écran. La conversation était terminée. Et pour la première fois, Victor se demanda s’il était encore un mari ou juste un colocataire qu’elle tolérait par habitude. --- Élise – Des mots sans poids Assise en face d’Antoine, Élise jouait nerveusement avec la nappe du bout des doigts. Ils venaient de finir le dîner, et elle sentait que c’était le moment de parler. — Antoine, tu m’avais promis d’essayer. Il poussa un soupir, s’appuyant contre le dossier de sa chaise. — J’essaie, Élise. — Tu dis ça à chaque fois… mais rien ne change. Il haussa les épaules. — Ce n’est pas si simple. — Ce n’est pas si compliqué non plus. Elle s’humecta les lèvres, cherchant les bons mots. — Je ne te demande pas d’arrêter du jour au lendemain. Mais… montre-moi que tu veux vraiment changer. Antoine passa une main dans ses cheveux, l’air las. — Je vais faire des efforts, promis. Elle le fixa, cherchant un signe de sincérité. — Tu le penses vraiment ? — Bien sûr. Mais sa voix était creuse. Elle voulait le croire. Elle avait besoin de le croire. Mais elle savait déjà. Elle savait que demain, ou le jour d’après, il rentrerait encore ivre. Qu’il s’excuserait. Qu’il promettait à nouveau. Et elle continuerait d’espérer. Parce qu’abandonner signifiait admettre que son amour ne suffisait pas à le sauver. Et ça, elle n’était pas prête à l’accepter.
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