le vide derrière les lunettes noires

577 Mots
Camille resta quelques secondes plantée dans l’entrée, la main encore suspendue au bouton de son manteau qu’elle venait d’ôter. Le bruit de la porte qui se referma doucement derrière Victor résonna comme un coup de tonnerre silencieux. Pas de dispute. Pas d’accusation. Pas même un soupçon de jalousie. Juste un « D’accord. Bonne journée. » Elle enleva ses lunettes de soleil et les posa sur la table basse. Son regard croisa celui d’Aïcha, qui passait avec une assiette vide. — Besoin de quelque chose, madame ? demanda la bonne, polie comme toujours. — Non… Non, merci Aïcha, répondit Camille en s'asseyant au bord du canapé. Un silence pesant retomba sur la pièce. Camille prit son téléphone et revint sur les messages de la veille. Ceux de son amant. Les photos, les blagues, les mots doux… « Tu me manques déjà », « J’ai aimé chaque seconde », « Vivement notre prochain week-end ». Elle relut les messages sans sourire. Tout lui semblait soudain creux. Mécanique. Elle se leva et entra dans la chambre. Le lit était intact. La pièce impeccablement rangée, comme si Victor n’y avait laissé aucune trace. Comme s’il avait cessé d’exister ici. Elle s’approcha de la commode, prit un petit miroir et observa son visage de près. Belle, maquillée, fraîche… mais son regard semblait plus vide que d’habitude. Elle se parla à elle-même, à voix basse : — Tu voulais de l’air, du frisson, de l’indépendance… Et maintenant quoi ? Il ne pose plus de questions. Il ne s’énerve même plus. Tu lui es devenue indifférente ? Elle se laissa tomber sur le lit, le regard figé au plafond. Un instant, elle ferma les yeux et pensa à Victor, à leurs débuts… à l’époque où il lui écrivait de longues lettres, où il riait fort à ses plaisanteries, où il la regardait comme si elle était la seule femme sur terre. Elle secoua la tête. Trop tard, peut-être. Trop d’habitudes mortes. Trop de gestes oubliés. Puis, comme pour se défendre contre ce flot de souvenirs, elle attrapa son téléphone et envoya un message rapide à son amant : > Camille : Tu dors encore ? J’aurais besoin de parler un peu. Ce matin est étrange. Elle fixa l’écran. Pas de réponse immédiate. Camille soupira et s’allongea doucement sur le lit vide, dans cette maison propre, rangée, froide… où l’homme qui l’aimait n’attendait plus rien d’elle. Parfait. Voici le chapitre suivant, centré sur Victor et Lyna, dans la continuité du matin après le message tendre de Lyna. 8h30 – Devant la boutique de Lyna Victor passa par la boutique avant d’aller au bureau. Il la trouva déjà installée, en train de placer quelques mannequins près de la vitrine. Lorsqu’elle le vit, ses yeux s’éclairèrent immédiatement. — Tu es venu ! dit-elle en s’approchant. — Je voulais te voir avant de commencer la journée. Et sentir un peu de paix. Lyna rougit légèrement. Elle lui prit la main quelques secondes, puis l’invita à entrer. Elle lui servit un petit café dans l’arrière-boutique, parfumé à la cardamome. — Tu sais, Victor… J’ai l’impression de respirer quand je suis avec toi. Et pourtant je ne te connais que depuis peu. — C’est pareil pour moi. Tu me rends… vivant. Ils se regardèrent longuement, sans mot inutile. Puis Victor se leva. — Je vais être en retard si je reste trop. Mais je repasserai… peut-être ce soir ? — Je t’attendrai, dit-elle doucement, un sourire au coin des lèvres.
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