À dix heures, Thérèse était seule dans la chambre, assise au pied du lit. Elle avait fait une longue prière et offert sa vie à Dieu en échange de celle de Raimond. La première partie de sa veillée s’écoula paisiblement. L’aspect du blessé était le même. Cependant, il commençait à parler tout haut. La potion, donnée régulièrement, semblait sans effet sur son agitation. Obsédé par le souvenir de l’horrible combat, il en retraçait, en quelques phrases brèves, les péripéties tragiques et Thérèse frissonnait, comme si l’acte épouvantable se passait devant elle. Elle sut ainsi comment Roquière, sûr de son coup, tirant dès le signal donné, avait abattu son adversaire. Elle put ensuite se figurer Ploërné couvert de sang, le bras droit pendant inerte, se relevant par un suprême effort de volonté.


