Cosmos était perdu dans les sensations qui parcouraient son corps. Tout en lui était tourné vers la femme élancée qu’il tenait au creux de ses bras. Du haut de son mètre quatre-vingt-huit, il ne la dépassait que de quelques centimètres. Ses longs cheveux noirs tombaient dans son dos comme une cascade soyeuse. La tentation de les empoigner afin de l’empêcher de s’éloigner de lui fut trop forte pour qu’il y résiste. Il frissonna alors que ses mains agrippaient ses larges épaules, ses ongles s’enfonçant dans sa chair ferme avant de venir s’enfouir dans ses cheveux en bataille.
Un petit gémissement échappa à Cosmos tandis qu’il reculait afin de plonger dans les yeux argent foncé de Terra. Ses yeux noisette brillaient de frustration, de désir et d’agacement de voir que des émotions inconnues venaient effriter les défenses qu’il avait érigées au cours d’une vie passée à être différent.
Il avait créé une image très élaborée de lui-même qu’il projetait au monde. Même s’il était considéré comme un play-boy intello par ceux qui lisaient les journaux, les magazines people et les tabloïds, il était tout le contraire. Il était peut-être né avec une cuillère en argent dans la bouche, mais ça ne se voyait pas.
Ses parents s’étaient fait beaucoup d’argent grâce aux différents brevets qu’ils avaient développés et à cet égard, il était exactement comme eux. Il avait également obtenu son doctorat à l’âge de vingt-deux ans. Il avait modifié l’entrepôt où il vivait près de la rivière et l’avait conçu comme une maison-labo afin d’habiter un endroit banal qui attirerait peu l’attention et lui permettrait de suivre sa véritable passion.
L’image qu’il avait créée correspondait à ce qu’il voulait laisser croire au monde. Même Clochette, sa meilleure amie et ancienne colocataire, ignorait quatre-vingt-dix pour cent de ce qu’il faisait. C’était plus sûr pour elle, ou du moins, ça l’avait été avant qu’un immense guerrier prime de Baade ne lui fasse tourner la tête.
Il utilisait l’idée fausse, soigneusement conçue, de Cosmos Raines pour cacher son travail. À l’âge de seize ans, il avait commencé à construire la coquille extérieure qui lui servirait de couverture. À présent, ses sociétés richissimes étaient dirigées par des hommes et des femmes parmi les plus intelligents et les plus mortellement dangereux au monde.
Au cours des six années passées, il avait sélectionné chacun d’eux avec le plus grand soin avec l’aide d’ASIA. Son désir de faire bouger les choses dans le monde ne venait pas des héros de b****s dessinées, mais de ses propres expériences, qui lui avaient appris la dure réalité de la vie. Depuis sa plus tendre enfance, il était la cible de kidnappeurs. D’abord, des gouvernements et des fous un peu partout dans le monde avaient voulu utiliser ses parents, et par la suite, c’était ses propres capacités qui avaient attisé la convoitise ; voilà bien longtemps qu’il avait surpassé ses parents.
Les journaux et les institutions académiques proclamaient que son intelligence dépassait celle d’Einstein. Cosmos se moquait royalement que ce soit le cas ou non. Tout ce qu’il savait, c’était qu’il avait reçu un talent spécial et qu’il comptait l’utiliser au service du bien. Il se montrait prudent avec les contrats militaires qu’il acceptait.
Un groupe d’hommes et de femmes de premier ordre supervisait cette division de sa société pour lui. Chacun d’entre eux lui devait sa vie ou celle d’un proche. Jamais il n’avait demandé de paiement ; ceux qu’il avait aidés s’étaient portés volontaires. Il en avait accepté la plupart, mais en avait refusé d’autres en fonction des informations qu’il possédait sur eux. Il leur avait demandé loyauté et confidentialité, et en échange, ils n’auraient plus jamais à s’inquiéter pour leur sécurité financière.
Cosmos prit une profonde inspiration en sentant les douces mains qui lui caressaient la nuque.
— On…, commença-t-il.
Il ferma les yeux de frustration quand il fut interrompu par la seule personne au monde qu’il aurait juré être plus intelligente que lui.
— Oh, bien, tu es sorti de ton trou, pépia une voix joyeuse avec bien trop de gaieté. Bonjour, Terra, ma chérie. Tu as bien dormi ?
Le ton légèrement amusé de la femme tapa sur les nerfs de Cosmos. Terra recula d’un pas et laissa ses mains retomber le long de son corps avant de se tourner vers la minuscule femme, un sourire amusé aux lèvres.
— Bien le bonjour à toi, Tilly. Angus est réveillé ?
— Oh Seigneur, oui. Il devrait revenir de sa promenade d’un instant à l’autre. Et si je préparais le petit-déjeuner ? Angus adore manger un bon petit-déjeuner. Il dit que ça lui donne l’énergie pour survivre à une journée avec moi, dit Tilly avec un sourire entendu. Cosmos, va prendre une douche, mon chéri. On dirait que tu n’as pas dormi de la nuit.
Celui-ci rouvrit les yeux et fusilla du regard la mère de Clochette.
— C’est le cas. Je suis rentré tard et j’avais du travail au labo. On a eu un petit problème la nuit dernière. Qu’est-ce que vous faites là, Angus et toi ? Je croyais que vous étiez toujours sur Baade ? grommela-t-il avant de rougir en voyant Tilly hausser un sourcil. Désolé.
Il se passa une main sur la nuque puis jeta un coup d’œil aux joues pâles de Terra.
— Ta famille va bien, la rassura-t-il d’une voix hésitante devant son air inquiet.
Tilly s’approcha et posa une main sur le bras de Cosmos.
— On y était. Je voulais venir pour savoir ce qui s’était passé. Personne ne nous disait rien sur Baade. Va prendre ta douche, l’encouragea-t-elle doucement. Je vais préparer quelque chose à manger et tu pourras nous raconter ce qui s’est passé après. Angus sera revenu d’ici là.
Elle tourna les talons et se dirigea vers le petit coin cuisine.
Cosmos la regarda disparaître dans l’autre pièce, puis il traversa le vaste salon et marqua une pause à l’entrée du couloir qui menait à sa chambre. Se retournant légèrement, il vit que Terra n’avait pas bougé et fixait sa main gauche. Avec un juron étouffé, il revint vers elle.
Il prit doucement sa main, fit courir son pouce sur les cercles complexes qui l’ornaient, et les observa pendant un moment. Puis il prit son menton baissé dans son autre main et l’inclina jusqu’à ce qu’elle soit forcée de le regarder. Il lui sourit avant de déposer un petit b****r sur ses lèvres.
— Tout ira bien, lui promit-il.
Elle lui adressa un sourire qui reflétait son incertitude.
— Je sais, murmura-t-elle. Va te rafraîchir. Je vais aider Tilly à préparer le repas.
Cosmos hocha la tête, tourna les talons et reprit la direction du couloir. Son esprit fusait dans toutes les directions ; il aimait et détestait à la fois quand il faisait ça. C’était comme si toutes ses terminaisons nerveuses essayaient de travailler en même temps et que les informations étaient traitées en quantités exponentielles. Il devait vraiment arrêter la caféine ; ça n’aidait jamais, surtout lorsqu’il était épuisé.