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930 Mots
15Elle avait vu une porte. Une porte en bois épais et un escalier qui descendait en pente raide dans un sous-sol sombre. C’était quoi, ça ? Une vision prémonitoire ? Un souvenir personnel ? Cette main de femme, c’était la sienne ? Qu’est-ce qu’elle aurait été faire dans cette cave ? Et qu’y avait-il en bas ? Ces questions restaient pour l’instant sans réponse. Elle tenta donc de se focaliser sur les images qui lui étaient venues à l’esprit pour en analyser les détails et essayer de déterminer ce qui avait bien pu arriver. Elle avait constaté que la main gauche de la femme portait une alliance. C’est ma main ? C’est moi cette personne ? Je suis mariée ? Malheureusement, elle ne sut même pas répondre à cette simple question. * Le temps passa. Mais peut-être pas aussi lentement qu’elle le percevait dans son ennui et son extrême solitude. Elle ne ressentait toujours rien physiquement, mais ses sentiments s’exacerbaient après la longue période où ils avaient semblé anesthésiés. Maintenant, elle sentait brusquement le désir monter en elle. Des phantasmes érotiques féminins attisaient de plus en plus ses sens et sa libido finit par se déchaîner. Elle rêva dans un premier temps de corps nus enlacés, puis d’expériences beaucoup plus chaudes. Elle s’était vue faire l’amour dans la nature, être attachée les yeux bandés sur le lit d’un hôtel de luxe et… S’envoyer en l’air avec deux hommes en uniformes qu’elle avait déshabillés l’un après l’autre pour découvrir leurs torses musculeux sur lesquels elle avait plaqué ses seins. Mmmmh ! Elle fut très étonnée par ses réactions. C’était un peu comme si des rêves érotiques, qu’elle ne s’autorisait pas habituellement à faire, se révélaient soudainement après avoir brisé tout rempart de pudeur. La partie raisonnable de son cerveau semblait s’être mise en veilleuse pour laisser son côté animal s’exprimer. Le désir qui montait en elle ne s’accompagnait toutefois pas de sensations physiques. Il était purement intellectuel. Mais Dieu que c’était bon ! * Une fois passé son moment de délires érotiques, elle se demanda quel âge elle pouvait avoir. Elle était bien incapable de le dire, mais avait l’intuition qu’elle était relativement jeune. Pas une très jeune femme, certes, car elle ressentait une certaine expérience en elle. Un vécu important. Elle estimait que ses pensées n’étaient évidemment pas celles d’une ado, ni celles d’une vieillarde, d’ailleurs. Elle n’avait pas un langage désuet, ni un dialecte argotique de banlieue. Elle conclut donc qu’elle avait dans les trente ans et qu’elle venait d’un milieu citadin de classe relativement aisée. Elle était, par ailleurs, étonnée d’avoir la connaissance de tas de trucs qui ne devaient servir à rien dans sa vie quotidienne. Genre : E = (p2/2m) + V (r). C’est vachement utile, ça, pour faire ses courses ! Elle en avait souri intérieurement, puis s’était replongée dans ses réflexions. Bon, trêve de plaisanterie, revenons à mon raisonnement. Elle supputait avoir fait des études supérieures. Son niveau intellectuel correspondait grosso modo à une fac ou une école d’ingénieur. Elle ne se sentait pas avoir la vocation littéraire et, encore moins, l’âme d’une gestionnaire. Elle se voyait, en fait, dans le domaine scientifique. D’ailleurs, des tas de mots techniques lui venaient progressivement en tête. Des mots sophistiqués à racine grecque ou latine et des noms de produits chimiques bizarres. Elle estima donc être médecin ou pharmacienne. Quelque chose comme ça. Mes loisirs ? Elle ne savait pas trop. Elle n’était a priori pas du genre à aimer se balader ou faire des boutiques. Le cinéma, la lecture ou la musique ne paraissaient guère l’intéresser. Pourtant tout le monde a des hobbies… Il ne lui semblait pas que ce soit pour elle. Ce n’était pas qu’elle n’aimait rien, mais elle avait le sentiment que son travail ou sa vie de famille avaient dû lui prendre tout son temps. Elle avait peut-être été une droguée du boulot qui essayait, en plus, d’être une mère modèle et une épouse parfaite. Et à part ça ? Pas grand-chose… … Si, quand même… Elle ressentait parfois d’étranges sensations. Des impressions bizarres. Dans ces moments fugaces, elle éprouvait un malaise profond qu’elle ne pouvait expliquer, mais qui lui semblait lié à des événements qu’elle avait réellement vécus. * Elle comprit que ce n’était pas vraiment de la fatigue qui l’avait accablée, mais ce sommeil qui la prenait parfois avec la force d’un tsunami lui paraissait purement artificiel. La drogue qu’avait dû lui administrer l’homme qui s’était penché sur elle était sans doute un somnifère puissant, mélangé à quelque chose d’autre dans le genre barbiturique ou Valium, voire un hypnotique. Elle se dit que cela expliquerait ses phases d’angoisse suivies de périodes euphoriques où elle se mettait à plaisanter sur ce qui lui arrivait. Ou alors je suis tout simplement une foldingue… Elle eut la vision d’infirmiers qui l’assommaient à coup de neuroleptiques ou d’antipsychotiques. C’était peut-être entre deux médicaments abrutissants qu’elle faisait ainsi des crises de délire. Elle se vit même enfermée dans une cellule sans fenêtre avec une camisole de force et passant ses journées à se taper la tête sur des murs capitonnés. Je suis folle, en fait. J’imagine tout ça dans mon esprit fêlé. Si ça se trouve, je suis qu’une grosse timbrée enfermée dans un asile. On m’a cloîtrée, dans une cellule sans lumière, complètement shootée avec des calmants et je délire un max dans ma camisole en me bavant dessus ! Triste sort, ma vieille ! Pas la peine de chercher des explications compliquées. T’es sacrément dingue, c’est tout ! Malade mentale ! * Son état d’esprit avait une fois de plus changé. Alternant périodes dépressives et euphoriques, il présentait toutes les caractéristiques des troubles d’humeur de la cyclothymie. J’étais comment, avant ? Avant d’être là où j’en suis, je veux dire. Belle ? Moche ? Quelconque à pleurer ? Elle s’imagina avec un visage de madone, une belle poitrine et des jambes interminables au galbe parfait. Faut pas rêver, quand même… Elle devait être tout simplement banale. Comme la plupart des gens. Et puis, était-elle coquette ? Aimait-elle s’habiller à la mode, se maquiller ? Elle n’en avait pas l’impression. Ce n’était pas quelque chose qui évoquait en elle un plaisir. Physique commun, mal fringuée et pas maquillée, je devais être tarte ! Finalement, c’est peut-être mieux que je ne me souvienne de rien…
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